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De quelle innovation ou création peut-on se prévaloir au niveau des IDE ?

Le même taux d’investissement, les mêmes secteurs cibles et les mêmes investisseurs


Hassan Bentaleb
Vendredi 17 Juin 2022

De quelle innovation ou création peut-on se prévaloir au niveau des IDE ?
83 milliards de dollars est le volume des investissements directs étrangers (IDE) enregistré en 2021 au niveau des pays africains. Un niveau record par rapport à 2020 qui a enregistré  39 milliards, soit une hausse de 113%.

Il s’agit de la troisième plus forte évolution après celles enregistrées en Europe (+171%) et en Amérique du Nord (+145%), selon l’édition 2022 du rapport sur l'investissement dans le monde publié jeudi 9 juin, par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

La répartition des flux d’IDE par sous-région fait ressortir que l’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et l’Afrique de l’Ouest ont vu leurs flux d’investissement augmenter durant l’année écoulée. En Afrique centrale, les flux sont restés stables, tandis que l’Afrique du Nord a enregistré une baisse de 5% (9,3 milliards de dollars).
 
Nuance

Qu’en est-il du cas de notre pays ? Le Maroc fait partie des pays où les flux d'investissement ont augmenté de 52% pour atteindre 2,2 milliards de dollars en 2021, tandis que l'Egypte a vu ses IDE reculer de 12%, à 5,1 milliards de dollars. 

Toutefois, Hicham Attouch, professeur d’économie à l’Université Mohammed V de Rabat, estime qu’il faut nuancer les chiffres en relation avec le Maroc,  en particulier ceux relatifs à la hausse des IDE. « Si ces chiffres démontrent que le Maroc reste avantagé malgré un contexte de crise, cela ne veut pas dire qu’il y a une hausse effective au niveau du volume des IDE destinés à notre pays », tranche-t-il. Et de poursuivre : « On peut parler plutôt d’un retour à la normale ou aux niveaux d’avant-Covid-19. Et cela signifie que notre pays demeure attractif grâce aux grands chantiers lancés depuis le début des années 2000 et nos relations de bon voisinage avec les pays du Golfe et ceux de l’UE, notamment la France et l’Espagne ».

Notre interlocuteur estime, par ailleurs, que toute lecture de ces chiffres reste incomplète tant qu’elle se limite à n’analyser que les statistiques relatives aux IDE entrants. « Le décryptage de ceux sortants donne une idée plus claire sur l’évolution de ces IDE », a-t-il noté. Et d’expliquer : « L’analyse de ces derniers indique qu’il n’y a pas de reprise et qu’ils restent fortement liés aux IDE entrants. Nous sommes face à une dynamique d’émetteur/récepteur ».

En effet et en détail, le volume des IDE entrants a passé de 2,1 milliards de dollars en 2016 à 2,6 en 2017 et à 3,5 en 2018 avant de chuter de nouveau à 1,7 milliard de dollars en 2019 et à 1,4 en 2020. L’année 2021 a enregistré  une reprise estimée à 2,1 milliards de dollars. L’évolution des IDE sortants a été fortement impactée par cette dynamique. Ils sont passés de 580 millions de dollars en 2016 à 1,02 milliard en 2017, à 782 millions en 2018 et à 893 millions en 2019. Une baisse a été constatée en 2020 et en 2021 avec respectivement 458 et 506 millions de dollars.
 
Classique

Que peut-on dire de ces investissements étrangers au Maroc ? Pour Hicham Attouch, nous sommes toujours dans le schéma classique au vu de la nature de ces IDE, des secteurs cibles, de la répartition géographique et des montants investis. « Au niveau des secteurs, ces IDE ciblent encore ceux de l’automobile, du tourisme et du BTP.

A noter également que ces projets d’investissement demeurent mal répartis au niveau du territoire national puisqu’ils sont concentrés au niveau de l’axe Tanger-Casa», nous a-t-il précisé. Et de souligner que «ces IDE s’inscrivent toujours dans le cadre des stratégies déjà mises en place auprès des investisseurs traditionnels. Bref, il n’y a rien de nouveau ni au niveau de la nature des investissements ni au niveau des investisseurs. Il s’agit purement et simplement d’IDE classiques ».

Selon la CNUCED, les plus gros détenteurs d'actifs étrangers en Afrique sont les investisseurs européens, avec en tête ceux du Royaume-Uni (65 milliards de dollars) et de la France (60 milliards de dollars).

A l’échelle mondiale, les investissements directs étrangers se sont établis à 1.580 milliards de dollars l’an dernier, en hausse de 64% par rapport à l'année précédente. Les Etats-Unis (367 milliards de dollars), la Chine, y compris Hong Kong (322 milliards), Singapour (99 milliards), le Canada (60 milliards) et le Brésil (50 milliards) ont été les cinq premières destinations des investisseurs étrangers.
 
Négatif

A ce propos, notre source a affirmé que le bilan gouvernemental en matière d’IDE reste négatif puisque l’Exécutif n’a pas déployé des efforts notables pour attirer les investissements et sa touche est inexistante. « Nous sommes dans la continuité du processus initié par les précédents gouvernements puisque nous n’avons pas dépassé les 2 milliards de dollars et nous sommes encore et toujours dans la perspective des métiers mondiaux du Maroc », a-t-elle relevé. Et de conclure : « Nous sommes loin de l’innovation et de la création. Autrement dit, nous sommes loin des dynamiques de transformation de l’économie mondiale en quête de nouveaux territoires et de nouveaux produits».
 
Menaces

A souligner que la CNUCED soutient toutefois que la guerre en Ukraine et l'évolution de la Chine vers un régime plus autocratique pourraient freiner la reprise des IDE dans le monde. «La guerre en Ukraine - en plus des effets persistants de la pandémie de Covid-19 - provoque une triple crise alimentaire, énergétique et financière dans de nombreux pays du monde. L'incertitude des investisseurs qui en résulte pourrait exercer une forte pression à la baisse sur les IDE mondiaux en 2022 », a-t-elle averti.

La hausse des cas de Covid-19 en Chine, avec de nouveaux confinements dans des domaines qui jouent un rôle majeur dans les chaînes de valeur mondiales, pourrait encore réduire les nouveaux investissements de création dans les industries à forte intensité de main-d’œuvre.
Par ailleurs, les hausses des taux d'intérêt attendues dans les pays industrialisés dans un contexte marqué par l’envolée de l'inflation devraient ralentir le marché des fusions et acquisitions, et freiner la croissance du financement de projets internationaux. Au mieux, les flux d'IDE à l’échelle mondiale resteront stables en 2022. Au pire, ils déclineront.

Hassan Bentaleb


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