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De Kaboul à Paris, le long chemin des interprètes afghans




De Kaboul à Paris, le long chemin des interprètes afghans
Ils ont servi l’armée française et parfois porté les armes avec elle face aux talibans. Menacés par la progression des insurgés jusqu’aux portes de Kaboul, les anciens interprètes afghans voient progressivement leur droit à une protection reconnu.
Deux fois victime d’un attentat, Zainullah Oryakhail est arrivé en France en famille le 7 janvier : début 2018, ce jeune père de 30 ans a dû quitter son village à 38 km au nord de Kaboul, peu à peu cerné par les talibans, pour gagner une pièce unique et glacée dans un faubourg de la capitale afghane. Il y survivait comme beaucoup de ses pairs de petits boulots, avec la peur au ventre.
Zainullah, interprète d’un bataillon français de 2009 à 2013, parfois armé d’un Famas - le fusil d’assaut français -, a bénéficié d’une mesure exceptionnelle: alors que les ministères concernés (Défense, Affaires étrangères, Intérieur) restaient sourds à ses appels, le conseil d’Etat a ordonné mi-décembre sa mise à l’abri “immédiate” ainsi que celle de cinq autres déboutés de 2015 au nom de la “protection fonctionnelle” que l’Etat doit à ses employés étrangers.
La plupart n’ont pas eu cette chance. Qader Daoudzai, interprète pour les Français de 2010 à 2012 dont la demande de visa avait été rejetée en 2015, est mort le 20 octobre dans un attentat, laissant une veuve enceinte et trois orphelins à Kaboul. Yusefi Z. a été grièvement blessé et son beau-frère tué mi-janvier à Kaboul où il se terre toujours.
Alors que l’Afghanistan s’enfonce dans la violence et que les talibans contrôlent ou menacent plus de 40% du territoire, ceux qui servent ou ont servi les armées étrangères sont particulièrement exposés car considérés comme des “traîtres”. De 2001 à 2014, 770 “personnels civils de recrutement local” (PCRL) ont travaillé avec l’armée française comme interprètes, chauffeurs, magasiniers...
Lors des trois vagues successives de relocalisation, 73 ont reçu un visa en 2013; 100 en 2015 et 51 en 2018, soit 224 au total, selon leur association et le décompte de Brice Andauer et Quentin Müller, co-auteurs d’une enquête parue cette semaine (“Tarjuman, une Trahison française”, Bayard). Les autorités voient les choses sous un angle différent: “On ne peut pas dire que la France n’a rien fait”, relève-t-on au ministère des Armées. “Après trois campagnes (de relocalisation), près de 800 ex-employés et membres de leur famille ont rejoint ou vont rejoindre la France”, fait valoir une source du ministère à l’AFP.
“Une troisième mission a eu lieu à Islamabad, du 15 novembre au 15 décembre, pour instruire de nouveaux dossiers et en réexaminer (à la) demande du président de la République, en tenant compte de la dégradation de la situation ces douze derniers mois à Kaboul et en Kapisa”, province afghane dont l’armée française avait la charge, précise-t-elle.
La délocalisation dans la capitale pakistanaise se justifie par la fermeture des services consulaires à Kaboul, suite à un grave attentat en mai 2017.
A l’issue de cette mission, 218 visas long séjour ont été accordés à d’ex-employés et leur famille. Mais pour Quentin Müller, la France a “abandonné” ceux qui furent “ses yeux et ses oreilles au combat”: “Elle les a traités comme des migrants ordinaires qui voudraient profiter du système français”, s’insurge-t-il.
Brice Andauer dénonce “un processus volontairement opaque et discret, des refus non motivés: moins de 5% ont été rejetés au motif d’une +menace à la sécurité intérieure+ alors que, tous les six mois, leurs contrats étaient renouvelés après enquête. De plus, les talibans afghans n’ont jamais prôné le jihad global!” relève-t-il.
Aujourd’hui, ils seraient encore près de 550 à pouvoir réclamer une protection, même si un nombre indéterminé, à bout de patience et surtout de confiance, a préféré gagner clandestinement les pays voisins.

Lundi 11 Février 2019

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