Comment Marco Rubio incarne la politique de Trump au Venezuela


Libé
Mercredi 7 Janvier 2026

Enfant de la communauté cubaine à Miami, Marco Rubio rêvait de la chute du régime communiste de la Havane. Au sein du gouvernement de Donald Trump, le secrétaire d'Etat américain affronte désormais les Etats de gauche d'Amérique latine et savoure le succès de l'opération au Venezuela.

Le premier chef de la diplomatie américaine latino aura la lourde charge de dessiner l'avenir de Caracas, capitale d'un pays qui regorge de pétrole, après la capture de Nicolas Maduro par les forces américaines samedi.

Cela fait des années qu'il juge illégitime le dirigeant vénézuélien. En 2023, alors qu'il était sénateur, il demandait déjà de nouvelles sanctions contre le Venezuela, réclamant une "transition démocratique du pouvoir".

Aujourd'hui, le secrétaire d'Etat de 54 ans dit qu'il est "prématuré" de parler d'élections. Donald Trump estime que les Etats-Unis, qui convoitent les ressources pétrolières vénézuéliennes, doivent "d'abord remettre le pays sur pied".

Au Venezuela, "Marco Rubio voit une opportunité et est prêt à renoncer à certaines de ses positions sur les droits de l'Homme, la démocratie et le rôle des Etats-Unis comme garans de la stabilité mondiale dans le but de détrôner Maduro et, potentiellement, le régime communiste de Cuba", analyse Brett Bruen, un ancien diplomate américain au Venezuela.

Le pays d'Amérique latine fournissait à Cuba près de la moitié de ses besoins en pétrole.
"Si je vivais à la Havane et que je faisais partie du gouvernement, je serais inquiet, ne serait-ce qu'un peu", a lâché le secrétaire d'Etat quelques heures après la capture de Nicolas Maduro.
Quand Donald Trump a nommé Marco Rubio secrétaire d'Etat, la base MAGA du président américain a grincé des dents.

Les deux hommes s'étaient affrontés lors de la primaire républicaine pour l'élection présidentielle de 2016. Donald Trump s'était alors moqué de son rival, l'appelant "petit Marco", ce dernier ayant suggéré que le magnat de l'immobilier avait un pénis anormalement petit.

De la vieille histoire aujourd'hui, tant Marco Rubio est devenu un rouage essentiel du gouvernement, avec la double casquette de secrétaire d'Etat et de conseiller à la sécurité nationale, une première depuis Henry Kissinger, dans les années 70.

Ce cumul des fonctions l'oblige à rester la plupart du temps à la Maison Blanche aux côtés de Donald Trump, au lieu de parcourir le globe à l'image de plusieurs de ses prédécesseurs.
"On pense à Rubio comme à la personne +normale+ de l'administration Trump, celui à qui on peut parler", estime un diplomate d'un pays allié des Etats-Unis, sous le couvert de l'anonymat.

"Mais, évidemment, la priorité numéro un pour lui, c'est Trump", ajoute-t-il.
Pendant plus de 14 ans comme sénateur, Marco Rubio était plutôt apprécié par ses collègues, qui l'ont confirmé unanimement début 2025 au poste de secrétaire d'Etat.
Il a depuis gagné la confiance de la base MAGA en révoquant les visas de milliers d'étrangers, dont des étudiants qui ont manifesté dans des universités américaines contre Israël et la guerre menée à Gaza.

Des démocrates regrettent depuis de l'avoir confirmé à son poste. Répondant aux critiques lors d'une conférence de presse de fin d'année, le chef de la diplomatie a estimé qu'être en désaccord avec le président était "stupide, vraiment".

Pourtant, le ton agressif de Donald Trump sur l'immigration allait à l'encontre de ce qu'écrivait le natif de Floride en 2012, dans son autobiographie "An American Son" ("Un fils de l'Amérique"): "Je ne supporte pas d'entendre les immigrants être présentés comme une invasion de sauterelles, et non comme des êtres humains."


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