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Classée site protégé en 1929, la palmeraie est en état de dégradation avancée

Une composante de l'identité de Marrakech en péril




Classée site protégé en 1929, la palmeraie est en état de dégradation avancée
Paysage botanique d'exception au Maroc, la palmeraie de Marrakech constitue une partie intégrante de l'histoire de la ville, qui ne cesse de lui conférer une identité distinguée, contribuant pleinement à sa renommée internationale.
Déclarée monument historique depuis le début du siècle dernier, la palmeraie de Marrakech présente également la particularité d'être le seul groupement naturel de palmiers situé au Nord des montagnes de l'Atlas.
Installée à l'époque de la dynastie des Almoravides, plus précisément sous le règne du Sultan Youssef Ibn Tachafine, fondateur de la ville, sur une superficie totale de 16.000 ha au départ, cette palmeraie se veut, en outre, un espace emblématique et insolite qui a joué un rôle écologique et paysager important, un rempart contre la désertification et un refuge pour la biodiversité. Classée « site protégé » par Dahir du 25 mars 1929, la palmeraie de Marrakech est située sur la partie est de la ville, et est délimitée au nord par l'Oued de Tensift, au sud par la route nationale n°8, à l'est par Oued Taroumit et à l'ouest par Oued Issil. Les caractéristiques écologiques de la palmeraie sont identifiées à travers la relation entre climat, sol et végétation.
C'est dire que la palmeraie reçoit des précipitations moyennes annuelles entre 200 et 350 mm, les températures sont plus élevées en été et atteignent 33°C en moyenne, alors qu'en hiver, elles sont plus basses et tournent autour de 7°C. Cet écart joue généralement en faveur du développement des palmiers. Le nombre de jours de soleil dépasse 200 j/an, alors que les vents dominants sont du secteur ouest à nord-ouest, tandis que le climat est surtout influencé par des vents chauds et secs.
     Quant à la végétation au sein de la palmeraie, elle compte plus de 250 espèces végétales et elle est organisée autour du palmier dattier. Celui-ci forme des groupements symbiotiques avec le pistachier de l'Atlas qu'on trouve souvent entremêlés.
    Le palmier s'associe également à l'oléastre, le jujubier et le gommier, selon le type de travail du sol et la disponibilité en eau. Sur les bords des oueds, le palmier retrouve le tamarix, l'atriplex halimus et le jonc en sous-étage.
   Actuellement, ces formations floristiques sont fortement déséquilibrées, ce qui affecte sérieusement la régénération naturelle du palmier et son développement. Pour ce qui est de la faune de la palmeraie, elle est très diversifiée et les études menées dans ce site ont pu énumérer 19 espèces de mammifères, 64 espèces d'oiseaux qui nichent dans la zone et 28 espèces de reptiles. Toutefois, les perturbations constantes de cet écosystème affectent de manière directe cette diversité biologique par la destruction des habitats, le dérangement et la prédation des espèces animales. La palmeraie était, auparavant, une zone de culture traditionnelle. L'existence de nombreuses « Khatttaras » (fosses pour la mobilisation et la préservation d'eau) prouve qu'avant l'installation des exploitations modernes autour de Marrakech, la palmeraie constituait dans la plaine d'Al Haouz, l'essentiel des terres agricoles exploitées intensivement. La rentabilité des cultures pratiquées n'est pas élevée.  Actuellement, le nombre de parcelles non cultivées ne cesse d'augmenter; cela est particulièrement dû à la spéculation dont les objectifs inavoués sont plutôt l'urbanisation et l'habitat de luxe plutôt que la conservation.  En vue de préserver ce patrimoine d'une qualité exceptionnelle et d'une valeur écologique incontestable, plusieurs textes juridiques ont été promulgués notamment en 1929, 1945, 1963, 1969 et 1995. Toutefois, aucun de ces textes n'a pu être appliqué avec rigueur, d'autant plus que les textes législatifs et réglementaires des Eaux et Forêts ne peuvent être appliqués étant donné que les palmeraies ne font partie ni du domaine forestier, ni des biens susceptibles d'être soumis au régime forestier.   Afin d'avoir un constat réel de l'état actuel de la palmeraie, il a été procédé à une stratification des peuplements de palmiers pour identifier des zones homogènes. L'interprétation d'une image satellitaire Spot de l'année 2004 a permis, en tenant compte de critères relatifs au degré de dégradation, d'identifier trois zones distinguées :
Zone conservée : Elle s'étend sur une superficie de 1.087 ha et où le palmier croît avec une bonne densité. Cette zone concerne les terrains agricoles irrigués, les enceintes des résidences et les hôtels.
Zone dégradée : d'une superficie totale de 1.360 ha, cette zone concerne des terrains qui ne sont plus cultivés, et où les palmiers ne sont plus entretenus et le dépérissement prend de plus en plus de l'ampleur.
Zone très dégradée ou dénuée : d'une superficie de 508 ha, cette zone comprend les terrains où la densité des palmiers est très faible, avec une forte mortalité.
Quant au statut juridique des terres de la palmeraie, il est très diversifié. Généralement on distingue les « melks » (propriétés privées) : 2.137 ha (72 %), les terres habous (431 ha, soit 15 % du total), le domaine privé de l'Etat (305 ha, soit 10 % du total) et le domaine forestier (81 ha, soit 3 %).
   Le statut juridique des terres revêt une grande importance, eu égard aux possibilités d'intervention et aux mécanismes de mise en œuvre de tout programme de développement. Cependant, au stade actuel, ce statut  ne constitue nullement un obstacle à la plantation des palmiers, vu que la sauvegarde de la palmeraie augmenterait la valorisation des terrains qui font déjà partie du périmètre urbain.

Mohamed RAMI
Mardi 10 Février 2009

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