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Casablanca mon amour, il te manque tant de choses !

Pourquoi Dar El Beïda est si mal considérée en termes de qualité de vie.




Selon une enquête sur la qualité de vie, réalisée par Mercer, une firme américaine de conseil en ressources humaines, en santé prévoyance, en talent, en retraite et en investissements, la capitale économique Casablanca serait mondialement classée à une modeste 124ème place.
Maigre lot de consolation, en Afrique, cette position se traduit par une présence dans le top 10, plus précisément 8ème, devancée par Port-Louis, la capitale de l'île Maurice, Cape Town et Johannesburg en Afrique du Sud, ainsi que la cité de Victoria aux Seychelles. Mais le plus étonnant, c’est que la plus grande ville marocaine est précédée par Tunis, positionnée à la 6ème place en Afrique et 114e dans le monde.
Conduite à une fréquence annuelle, l’étude qui a consacré Venise comme la meilleure ville au monde en termes de qualité de vie, a pour objectif de permettre aux multinationales et aux autres organisations de rémunérer équitablement les collaborateurs auxquels elles confient des missions à l'international, comme cela est décrit sur sa plateforme Internet.
Pour en arriver à ce résultat, l’instigateur de ce classement recensant 231 villes, s’est basé sur plusieurs critères dont on peut citer, le réseau de transports en commun, l’approvisionnement en électricité et eau potable, les services de téléphonie, la criminalité, mais encore la gestion des déchets et le climat, la fluidité du trafic et l'offre de vols internationaux des aéroports locaux.
L’information qui pourrait paraître anodine en d’autres temps, est aujourd’hui accompagnée de doute quant à sa fiabilité, alors que le Maroc concourt à l’obtention de l’organisation de la Coupe du monde 2026, face aux Etats-Unis, pays d’origine de la société Mercer.
Même si cette dernière affirme que la plupart des données ont été analysées entre les mois de septembre et novembre 2016 et feront l'objet d'une mise à jour périodique permettant de prendre en compte les changements survenus dans l'intervalle, tout en soulignant qu’elles ne sont en aucun cas destinées à servir de fondement à des investissements ou à des activités touristiques à l'étranger, force est de constater que le timing de la publication est pour le moins curieux. Néanmoins, la vérité est que cette théorie du complot ne résiste pas à l’épreuve des faits.  
A commencer par le réseau de transports en commun. En dépit des lignes de tramway qui constituent une considérable avancée, on est obligé de constater que les autres moyens de transport offerts aux quatre millions d’habitants que compte Casablanca se révèlent souvent être un calvaire journalier pour la grande majorité d’entre eux. En effet, et en attendant le plan de restructuration des transports en commun, lequel n’interviendra pas avant 2020, les 600 bus et 16.000 taxis de première et deuxième catégories, soit dit en passant un nombre bien en deçà par rapport à la demande, sont caractérisés par une qualité de service qui laisse à désirer dans le meilleur des cas. Dans le pire, on constate d’une part, la circulation de plusieurs bus bondés, sans vitre et rongés par la rouille, et d’autre part, des taximen peu courtois, faisant la loi et constituant un danger permanent sur la voie publique par leur conduite inconsciente. De plus, au regard de leur vétusté et état mécanique, on se demande encore comment ils ont pu passer le contrôle technique. Un contrôle dont certains seraient outrageusement exempts. Sans parler, que dans une ville en pleine expansion, où les immeubles pullulent, le manque de développement des infrastructures routières devient de plus en plus problématique, notamment au niveau de la fluidité du trafic, comme c’est le cas sur la route reliant Errahma à Casablanca.
Ladite étude s’est également basée sur le niveau de criminalité. D’après le classement référence, «Crime index for country 2017» de la plate-forme Numbeo, le niveau de la criminalité à Casablanca, classée à la 94e position sur 334 villes analysées au niveau mondial, est modéré, à l’instar du pays qui affiche un indice de criminalité de 54,57 et un indice de sécurité de 45,43.
Par ailleurs, si l’approvisionnement en électricité dans la métropole économique est dans l’ensemble stable et ne souffre d’aucune défaillance, ce n’est pas vraiment le cas de la qualité de l’eau. Souvent décriée, la qualité de l’eau consommée par la population est continuellement remise en question, obligeant les autorités à affirmer plus de que raison que l’eau potable n’est entachée d’aucune impureté, à l’image de la dernière sortie du chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani. En tout cas, les marques proposant des bouteilles en format cinq litres, s’en frottent les mains.
Toujours dans le cadre écologique, la gestion des déchets est également entachée de plusieurs manquements. Entre l'option de résiliation du contrat de la gestion déléguée des déchets ménagers avec la société "SITA Blanca", dictée par "la nécessite de mettre fin à la dégradation de la propreté" à Casablanca, selon les dires de l'adjoint au maire de Casablanca chargé de ce secteur, Mohamed Haddadi, et le manque de sensibilisation de la population quant aux tris de ses déchets, difficile de contester la position de la métropole économique dans le classement de Mercer sur ce point-là.
Cependant, plusieurs éléments auraient pu jouer en faveur de Casablanca, et notamment les services de téléphonie. Ceux-ci qui comptent au Maroc près de 42 millions d’abonnés, offrent une large et stable couverture dans la métropole économique, au même titre que les services Internet mobile ou ADSL, même si par moments, la vitesse de ces derniers diminue drastiquement. Une note positive, qui s’ajoute à celle du climat de Casablanca, doux et ensoleillé, plus de huit mois sur douze.
En somme, à la lumière de l’ensemble de ces éléments, la position de Casablanca au classement Mercer peut paraître sévère mais sûrement pas injustifiée.

Chady Chaabi
Mardi 17 Avril 2018

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