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Brider les ONG ! La trop injuste prétention du ministre de la Justice


​Hassan Bentaleb
Vendredi 27 Mai 2022

Brider les ONG ! La trop injuste prétention du ministre de la Justice
Quelle mouche a piqué le ministre de la Justice ? En effet, personne n’arrive à comprendre comment Abdellatif Ouahbi ambitionne d’initier un projet de loi visant à empêcher les organisations de la société civile de porter plainte contre des élus suspectés de gaspillage et de dilapidation des deniers publics.

Transparency Maroc (association marocaine de lutte contre la corruption) fait partie des composantes de la société civile qui ont accueilli avec une grande surprise et inquiétude les déclarations du ministre de la Justice.

Pour cette ONG, les propos du locataire du département de la Justice n’ont rien d'anodin. « Cette annonce n’a rien d’improviste et de stupide puisqu’elle émane d’un homme politique qui est à la fois président d’un parti politique et avocat. Un homme qui assimile parfaitement les dispositions constitutionnelles, les lois, les accords et les conventions internationaux et qui pratique la politique depuis plus de 30 ans. Donc, nous ne sommes pas face à un jeune novice déboussolé une fois désigné dans un poste de responsabilité », nous a indiqué le secrétaire général de Transparency Maroc Ahmed Bernoussi. Et de poursuivre : « Il s’agit d’un acte politique prémédité dont les vraies intentions résident dans le fait de protéger les élus du PAM impliqués dans des affaires jugées ou en cours de jugement devant les tribunaux ».

Le SG de Transparency Maroc soutient que les déclarations du ministre de la Justice ne reflètent en aucun cas une position individuelle mais celle de tout un gouvernement. «Le silence des autres composantes de la majorité gouvernementale signifie qu’elles partagent les mêmes intentions et prouve qu’il y a un accord concernant cette volonté de faire taire la société civile », nous a-t-il affirmé.

Pis, le SG considère la déclaration du ministre de la Justice comme un nouvel indicateur confirmant l'absence de volonté politique du gouvernement pour lutter contre la corruption. Cela se rajoute, selon lui, aux indicateurs antérieurs qui se sont manifestés par le retrait de la Chambre des représentants du projet de loi qui complète et modifie le Code pénal comprenant l’incrimination de l'enrichissement illicite, suivi du retrait du projet de loi réglementant l'occupation temporaire du domaine public de l'Etat.

«En effet, depuis son instauration, le nouveau gouvernement a multiplié les actes allant dans ce sens.
Prenez le cas du projet de loi qui complète et modifie le Code pénal comprenant l’incrimination de l'enrichissement illicite qui a été retiré de la Chambre des représentants alors que ce texte a fait l’objet de débat entre les parlementaires pendant six ans. Pire, le gouvernement a retiré le projet de loi sans proposer un autre. Idem pour le projet de loi réglementant l'occupation temporaire du domaine public de l'Etat qui a été également retiré du Parlement alors que tout le monde est conscient du chaos et de l’anarchie qui sévissent dans le secteur. Bref, nous sommes face à des décideurs politiques qui cherchent à préserver le statu quo », nous a-t-il expliqué. Et de noter que « dans son programme, le gouvernement a évoqué la question de la moralisation de la vie publique ainsi que la lutte contre la prévarication. Mais, jusqu’à présent, aucune mesure ou acte précis n’a vu le jour. Il y a absence totale d’un programme pertinent, alors que sept mois après l’installation du nouveau gouvernement, ces choses-là devaient être tirées au clair. Le retrait des deux projets de loi en dit long sur cette volonté de lutte contre la prévarication. Pour nous, il est certain que l’objectif est de retarder l’édification de la démocratie et de l’Etat de droit au Maroc ».

Un communiqué de Transparency Maroc, publié récemment, a indiqué que lesdites déclarations interviennent dans un contexte caractérisé par la corruption systémique généralisée dans notre pays et par le gel de la stratégie nationale de lutte contre la corruption. Elles constituent également une violation des principes stipulés dans la Constitution concernant le rôle de la société civile en matière de participation citoyenne et d’appui aux valeurs de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption et son rôle de suivi et d’évaluation des politiques publiques.

« Ces déclarations constituent une violation flagrante des exigences des conventions internationales ratifiées par le Maroc, y compris la convention des Nations unies contre la corruption qui affirme, à travers son article 13, la participation des organisations non gouvernementales dans la prévention et la lutte contre la corruption, y compris par la sensibilisation du public à l'existence, aux causes et à la gravité de la corruption et au danger qu'elle représente », a précisé le communiqué.

Transparency Maroc condamne et déplore toutes ces déclarations qui expriment l’indifférence du gouvernement face au problème de la lutte contre la corruption, voire l’encouragement de ses bénéficiaires. Elle considère ces déclarations comme une atteinte au principe de reddition des comptes et de redevabilité sapant les efforts entrepris par la société civile en matière de lutte contre la corruption face à l’indifférence du gouvernement.

En tant qu’acteur de la société civile, Transparency Maroc confirme sa détermination à poursuivre la lutte contre la corruption, en coordination avec ses partenaires et à faire face à toutes les déclarations et tentatives de marginaliser le rôle de la société civile dans la contribution à la construction du système national d'intégrité.

Hassan Bentaleb


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