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Bientôt une pénurie de lits dans les hôpitaux américains ?




Bientôt une pénurie de lits dans les hôpitaux américains ?
Lits, ventilateurs, masques... pourraient venir à manquer dans les hôpitaux américains frappés par le nouveau coronavirus, si bien que les médecins s'inquiètent d'avoir, un jour, peut-être à choisir quels malades traiter.
"Vous avez vu les images de rayons vides dans les magasins", le stress généré par "l'absence de papier toilette", dit à l'AFP Thomas Tsai, chirurgien et chercheur à l'école médicale d'Harvard.
"Imaginez la panique si les hôpitaux étaient à court d'équipements de protection pour les médecins ou de respirateurs pour les patients. C'est l'image que j'ai en tête", poursuit ce médecin hospitalier, pour qui tout va se jouer "dans les prochains jours ou semaines".
Les Etats-Unis, avec 4.400 cas de Covid-19 confirmés et 78 morts lundi soir, n'ont pas encore atteint un stade critique.
Mais la première puissance économique mondiale ne dispose que d'un million de lits à l'hôpital, soit un taux de 2,8 lits pour 1.000 habitants largement inférieur aux autres pays durement touchés par la pandémie (12,3 pour la Corée du Sud, 4,3 pour la Chine, 3,2 pour l'Italie), selon des chiffres de l'OCDE.
Quant aux lits dans les services de soins intensifs, ils sont moins de 100.000, dont la grande majorité occupée, selon l'Association des hôpitaux américains (AHA).
Le ministère de la Santé estime qu'il en faudrait au moins 200.000 pour faire face à une crise modérée et jusqu'à 2,9 millions en cas de crise aiguë, puisque 5% des malades environ ont besoin d'être hospitalisés en soins intensifs.
Ces patients ont aussi souvent besoin d'une assistance respiratoire, mais les Etats-Unis ne disposent que de 160.000 respirateurs, un nombre là encore insuffisant.
Selon les médias américains, le président Donald Trump a conseillé lundi aux gouverneurs des Etats de s'organiser pour s'en procurer sans forcément compter sur le gouvernement fédéral.
Dans ces conditions, certains professionnels de santé craignent donc d'avoir à prendre des décisions déchirantes.
Dans une tribune intitulée "Le cauchemar du rationnement de la santé" publiée dans le Washington Post, le médecin Thomas Kirsch raconte se réveiller encore en sursaut dix ans après une mission en Haïti, où il avait dû décider quels patients traiter en priorité.
"Si l'allocation des lits ou des respirateurs reposent sur les épaules des soignants, ils seront en stress moral", estime aussi Nancy Kass, directrice adjointe de l'institut de bioéthique Berman John Hopkins, en appelant les autorités à mettre en place en amont les directives à suivre en la matière pour ne pas les laisser seuls face à ces choix.
"Il nous reste une chance d'éviter ce scénario catastrophe", estime toutefois Thomas Tsai. "Si nous sommes sérieux avec les mesures de distanciation sociale, nous avons une chance d'aplanir la courbe" des contaminations, dit-il, en référence aux mesures de confinement prises depuis une semaine.
Pour dégager des moyens, les hôpitaux cherchent aussi à minimiser les passages à l'hôpital avec des diagnostics à distance, mais surtout à reporter toutes les interventions médicales non urgentes.
"J'ai passé la matinée à parler à mes patients pour voir ceux qui pourraient attendre quelques mois", raconte ainsi le chirurgien oncologue, pour qui ces efforts pourraient permettre d'augmenter de 25% la capacité en lits disponibles.
D'autres envisagent de recourir à l'armée. "Sans action immédiate, l'échec imminent du système hospitalier est assuré", a écrit dimanche le gouverneur de l'Etat de New York Andrew Cuomo dans une lettre ouverte au président.
"Notre meilleur espoir est que le corps d'ingénieurs de l'armée (...) équipe des bâtiments existants - des bases militaires ou des dortoirs universitaires - pour qu'ils servent de centres médicaux temporaires. Ainsi les lits d'hôpitaux pourraient être réservés aux cas critiques", a-t-il ajouté.
Sur la même ligne, Joe Biden, favori à la primaire démocrate pour la présidentielle, a appelé les soldats à ériger des hôpitaux de campagne.
Pour l'instant, Donald Trump n'a pas donné suite, même s'il a déclaré lundi que la solution était envisagée.
En attendant, plusieurs hôpitaux, de la Californie à la Floride en passant par la Caroline du Nord, ont commencé à ériger des tentes devant leur entrée pour effectuer les premiers dépistages avant que les patients n'entrent dans le bâtiment.

"Virus chinois": Pékin "indigné" par le tweet de Donald Trump

La Chine s'est dite mardi "fortement indignée" par un tweet la veille du président américain Donald Trump, dans lequel il évoquait un "virus chinois" en référence au nouveau coronavirus provoquant le Covid-19.
La diplomatie et les médias chinois sont vent debout depuis plusieurs semaines contre l'utilisation par Washington de cette expression, qu'ils jugent inutilement stigmatisante envers leur pays.
"Les Etats-Unis soutiendront vigoureusement les secteurs d'activités, comme les compagnies aériennes et autres, qui sont particulièrement touchées par le virus chinois", a écrit lundi soir M. Trump.
Des membres de son administration avaient déjà utilisé des expressions similaires, mais jamais jusqu'à présent le président américain.
"Nous sommes fortement indignés, et fermement opposés" à l'utilisation de cette expression, a indiqué lors d'une conférence de presse Geng Shuang, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
"L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la communauté internationale sont clairement opposées au fait de lier un virus avec des pays ou des régions spécifiques, et contre toute stigmatisation."
L'agence de presse officielle Chine nouvelle a jugé mardi dans un commentaire que l'utilisation de "noms racistes et xénophobes pour rejeter la responsabilité de l'épidémie sur d'autres pays ne peut que révéler l'irresponsabilité et l'incompétence de certains politiques".

 

Mercredi 18 Mars 2020

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