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Aux Etats-Unis, pas de poursuites contre le policier qui a tiré sur Jacob Blake





Les policiers impliqués dans les tirs ayant grièvement blessé l'AfroAméricain Jacob Blake ne seront pas poursuivis, a annoncé mardi le procureur chargé de cette affaire, qui avait ravivé la colère antiraciste aux Etats-Unis à la fin de l'été. "Sur la base des faits et de la loi, nous avons décidé qu'aucun chef d'inculpation ne serait retenu" contre les trois agents impliqués dans le drame, a déclaré le procureur local, Michael Graveley lors d'une conférence de presse. Anticipant cette annonce, le conseil municipal de Kenosha a décrété l'état d'urgence dans cette ville de 100.000 habitants de la région des Grands Lacs. Cinq cents membres de la Garde nationale sont prêts à être déployés si des violences devaient éclater. "C'est une claque", a commenté devant la presse Justin Blake, un oncle de la victime. "Ce qui se passe perpétue un racisme systémique" aux Etats-Unis, a-til ajouté. Pour l'avocat de la famille B'Ivory Lamarr, "cela montre qu'en 2021, il y a toujours trois systèmes de justice: un pour les Noirs, un pour les policiers et un pour les autres Américains". Le 23 août, Jacob Blake, 29 ans, avait reçu plusieurs balles dans le dos sous les yeux de ses trois fils, alors qu'il tentait de prendre place dans une voiture. Grièvement blessé, il a perdu l'usage de ses jambes. La scène, filmée par un témoin, avait rapidement été mise en ligne sur internet. L'affaire avait provoqué trois nuits d'émeutes à Kenosha et culminé le 25 août quand un jeune homme de 17 ans lié à des milices d'autodéfense avait tiré au fusil semi-automatique sur trois manifestants, faisant deux morts. Son arrestation le lendemain avait ramené un calme précaire dans cette ville du Wisconsin. Ce jeune homme, Kyle Rittenhouse, a plus tard été remis en liberté contre le versement d'une caution de deux millions de dollars. Mardi, il a plaidé non coupable. Le dossier avait entraîné une forte mobilisation dans le monde du sport, avec le report de plusieurs rencontres de la NBA notamment. "Apprendre ce qui s'est passé aujourd'hui a été un coup dur à encaisser au coeur et aux tripes", a déclaré la superstar du basket LeBron James, un coup dur "pour chaque personne noire (...), mais aussi dans la communauté blanche, pour (les gens) qui voient des moments comme celui-ci se produire". "Nous devons continuer à rester forts, à croire en l'autre, à continuer de pousser pour un grand changement, pour le plus grand bien de tous", a-t-il ajouté. Après la décision du procureur, il avait relayé une citation de Martin Luther King - "Une loi injuste n'est pas du tout une loi" -, ajoutant "PAS DU TOUT!!!". A deux mois de l'élection présidentielle, le drame avait été fortement politisé, avec les visites sur place de Donald Trump et Joe Biden. Le républicain avait axé son discours sur le rétablissement de "la loi et de l'ordre", le démocrate avait dénoncé le "racisme sous-jacent" rongeant, selon lui, les Etats-Unis. Le pays a connu un mouvement historique de protestation contre le racisme et les violences policières depuis la mort de George Floyd, un Afro-Américain asphyxié par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis. Le procureur Michael Graveley a toutefois estimé que son rôle n'était pas d'entrer dans cette discussion mais de vérifier si les agents avaient fait un usage légitime de la force. Selon lui, l'auteur des tirs, Rusten Sheskey, a bien agi en état de légitime défense. Jacob Blake était visé par un mandat d'arrêt pour des violences conjugales, quand son ex a contacté les policiers, a-t-il dit. Lorsque les agents ont voulu l'interpeller, "il a résisté avec un couteau", a expliqué M. Graveley. Selon lui, un agent a tiré quand le jeune homme a effectué un mouvement de rotation "rapide" vers lui, ce qu'il a perçu comme "une menace". Mais ses arguments n'ont pas convaincu les défenseurs de Jacob Blake. "Ils essaient de justifier l'injustifiable", a dénoncé l'avocat de la famille B'Ivory Lamarr, "c'est une immense déception". Pour la puissante association de défense des droits civiques ACLU, "ce n'est pas une surprise" et cela confirme que "le système pénal fonctionne au détriment des personnes noires". Le gouvernement américain a rappelé de son côté qu'une enquête de la police fédérale (FBI) pour déterminer si les droits civiques de Jacob Blake avaient été violés, était toujours en cours. En fonction des conclusions de cette investigation, de nouveaux chefs d'inculpation pourraient être requis contre les policiers impliqués.

Libé
Mercredi 6 Janvier 2021

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