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Au Tigré, exactions et risque de famine après six mois d' une guerre qui perdure



Au Tigré, exactions et risque de famine après six mois d' une guerre qui perdure
Le conflit au Tigré continue de faire des ravages six mois après le lancement d'une opération militaire annoncée comme rapide par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed: les combats persistent, les récits d'exactions se multiplient et le spectre de la famine plane. Le 4 novembre, M. Abiy, lauréat du prix Nobel de la paix 2019, a envoyé l'armée fédérale au Tigré pour arrêter et désarmer les dirigeants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), le parti au pouvoir dans cette région septentrionale. M. Abiy a accusé les combattants du TPLF d'avoir attaqué des bases de l'armée. Cette opération a été déclenchée après des mois de tensions entre le gouvernement fédéral et les dirigeants du Tigré. Ces derniers se plaignaient d'être mis à l'écart et défiaient régulièrement le pouvoir d'Addis Abeba, y compris avec des élections non autorisées organisées en septembre. Le TPLF a nié avoir ouvert les hostilités et affirmé qu'Abiy cherchait un prétexte pour envahir la région.

Après quelques semaines de frappes aériennes et de féroces combats, les troupes fédérales ont pris le contrôle de la capitale régionale Mekele. Abiy Ahmed a alors proclamé la victoire le 28 novembre, mais les combats ne se sont pas arrêtés. Devant des diplomates en mars, le général éthiopien Yohannes Gebremeskel Tesfamariam, chef d'un poste de commandement au Tigré, a décrit une "guerre sale", sans véritable front, causant des souffrances à des "victimes sans défense". Début avril, M. Abiy a indiqué que l'armée éthiopienne combattait "sur huit fronts" à travers le pays, dont le Tigré où les combattants pro-TPLF mènent une "guérilla". Le dernier rapport humanitaire de l'ONU sur le Tigré, publié mardi, fait état d'"hostilités actives signalées dans les parties centrale, orientale et nord-ouest de la région". "Les combats se poursuivent et il semble même qu'ils s'intensifient dans certaines zones, ce qui me fait croire qu'il ne peut y avoir de solution militaire à ce conflit", a déclaré à l'AFP Janez Lenarcic, le commissaire européen à la gestion des crises.

L'armée éthiopienne s'est appuyée sur les forces de la région de l'Amhara, qui borde le Tigré au sud, pour sécuriser les zones ouest et sud. Le gouvernement amhara n'a pas caché sa volonté d'annexer ces territoires, accaparés illégalement selon lui par le TPLF au début des années 1990. Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a évoqué un "nettoyage ethnique" dans l'ouest du Tigré, où les Amhara chassent les Tigréens. Les dirigeants fédéraux et amhara ont démenti. L'Éthiopie a également reçu le renfort de l'armée de l'Erythrée, pays frontalier du Tigré au nord. Ces soldats sont accusés de certaines des pires atrocités du conflit, dont des viols de masse et des massacres de centaines de personnes. Addis Abeba et Asmara ont nié l'intervention de l'Érythrée jusqu'à fin mars, quand Abiy Ahmed l'a finalement reconnue. Il a affirmé que les Érythréens allaient se retirer, ce qui ne s'est pour l'instant pas produit malgré les appels répétés de puissances étrangères. Les dirigeants du TPLF sont, quant à eux, en fuite et affirment que leurs forces grossissent, recrutant notamment au sein d'une population mécontente. Les restrictions d'accès aux médias rendent ces affirmations difficiles à vérifier. Le Conseil de sécurité de l'ONU a approuvé à l'unanimité la semaine dernière une première déclaration sur le conflit, se disant "profondément préoccupé" face aux accusations d'exactions et réclamant "une réponse humanitaire renforcée". Les Etats-Unis ont opéré un spectaculaire changement de position. Alors que le secrétaire d'État de Trump, Mike Pompeo, avait loué la "retenue" de l'Érythrée, son successeur Antony Blinken a appelé à plusieurs reprises au départ des Érythréens. L'administration Biden a nommé un envoyé spécial dans la Corne de l'Afrique, le diplomate Jeffrey Feltman, pour appuyer la demande de Washington pour un cessez-le feu.

L'Union européenne a, elle, suspendu en décembre le décaissement de près de 90 millions d'euros en faveur de l'Éthiopie. Janez Lenarcic a déclaré à l'AFP que ce financement ne reprendrait pas sans l'ouverture d'un accès humanitaire illimité et d'une enquête "indépendante et crédible" sur les violations des droits de l'Homme. L'Union africaine s'est peu manifestée depuis qu'elle a appelé à la cessation des hostilités en novembre. Abiy avait alors rejeté ses appels à des négociations avec les dirigeants tigréens, affirmant que l'opération militaire relevait du "maintien de l'ordre". Les combats au Tigré ont perturbé les récoltes dans une région déjà en situation d'insécurité alimentaire. Le gouvernement intérimaire local, nommé par Abiy, estime qu'environ 4,5 millions de personnes ont désormais besoin d'aide alimentaire. Le Tigré comptait environ 6 millions d'habitants avant le début du conflit. "Une nouvelle détérioration est attendue alors que le conflit se poursuit et perturbe la prochaine saison de plantations", a estimé l'ONU mardi. Devant le Conseil de sécurité le 16 avril, le secrétaire général adjoint de l'Organisation pour les Affaires humanitaires de l'ONU, Mark Lowcock, a déclaré qu'"il n'y a pas assez d'aide pour atteindre les personnes qui en ont besoin". Il a également affirmé avoir reçu des informations faisant état de 150 personnes "mourant de faim" dans le sud du Tigré. Ce chiffre n'a pu être vérifié. Des documents gouvernementaux consultés par l'AFP cette semaine indiquent que les troupes érythréennes bloquent et pillent l'aide alimentaire au Tigré, renforçant les craintes de famine.

Libé
Vendredi 30 Avril 2021

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