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Au Royaume-Uni, le gouvernement durcit encore son discours anti-immigration


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Vendredi 7 Octobre 2022

Au Royaume-Uni, le gouvernement durcit encore son discours anti-immigration

Des demandeurs d'asile qui "abusent du système" et le besoin de "reprendre le contrôle" : le gouvernement britannique durcit encore sa rhétorique anti-immigration, promettant une réduction des traversées de la Manche, au mépris des conventions internationales.

"Ce n'est pas raciste (...) que de vouloir contrôler nos frontières. Ce n'est pas être fanatique que de dire qu'il y a trop de demandeurs d'asile qui abusent du système." Pour son premier discours comme ministre de l'Intérieur, Suella Braverman a donné le ton mardi, ovationnée lors du congrès annuel des conservateurs à Birmingham.

A la tête du Home Office depuis un mois, la ministre ultra-conservatrice de 42 ans a affiché sa fermeté concernant les demandeurs d'asile qui ne répondraient pas "aux besoins du pays".

"Si vous entrez illégalement au Royaume-Uni en provenance d'un pays sûr, vous devez rapidement être renvoyé dans votre pays d'origine ou relocalisé au Rwanda, où votre demande d'asile sera considérée", a-t-elle déclaré.

Depuis une dizaine d'années, les gouvernements conservateurs promettent en vain de réduire drastiquement le nombre de migrants.

Depuis le début de l'année, plus de 33.500 personnes, un record, ont effectué la dangereuse traversée de la Manche sur de petites embarcations. Plus de la moitié étaient originaires d'Afghanistan (18%), d'Albanie (18%) ou d'Iran (15%), selon le Home Office. Depuis 2018, Iraniens et Irakiens représentent près de la moitié de ces migrants.

Les gouvernements successifs n'ont jamais réussi à réduire cette immigration, mais "ils ont rendu la vie difficile aux migrants ici", explique à l'AFP Zoe Gardner, spécialiste des systèmes migratoire et d'asile britanniques.

"Pendant longtemps, ça a été un moyen de gagner des soutiens quand toutes leurs autres politiques étaient un échec. A chaque fois que le gouvernement de Boris Johnson avait une mauvaise semaine dans les journaux, vous pouviez être sûr qu'ils allaient annoncer des mesures visant les migrants pour faire diversion."

Cette stratégie risque toutefois de s'essouffler selon elle. Les Britanniques, majoritairement favorables à l'accueil des réfugiés selon les sondages, s'inquiètent davantage de la crise économique.

Interdire l'accès à l'asile représente par ailleurs une violation de la Convention des Nations unies sur les réfugiés, qui stipule qu'un migrant peut se rendre de la manière qu'il veut -ou qu'il peut- dans un pays pour y chercher refuge, sans que son mode d'arrivée lui soit préjudiciable.

Pour certains spécialistes, une telle interdiction serait de fait contestée devant les tribunaux, comme cela a été le cas en juin pour l'envoi de demandeurs d'asile au Rwanda.

Après de multiples recours en justice concernant ce projet gouvernemental controversé, le premier avion à destination de Kigali était resté cloué au sol à Londres à la suite d'une décision de dernière minute de la Cour européenne des droits de l'Homme.

Regrettant ce jugement d'un "tribunal étranger", Suella Braverman a fait part, tout sourire, de son "rêve" pour Noël: "Voir en Une du Telegraph (quotidien conservateur ndlr) un avion qui décolle pour le Rwanda".

Les accusations d'"abus du système" qu'elle brandit pour justifier sa politique ne résistent pas aux chiffres officiels.

D'après le Home Office, 94% des quelque 50.000 migrants arrivés au Royaume-Uni par la Manche entre janvier 2018 et juin 2022 ont demandé l'asile. 86% de ceux qui ont eu une réponse ont obtenu gain du cause. Mais l'immense majorité attend toujours une décision.

"On parle de gens qui ont de bonnes raisons de demander l'asile au Royaume-Uni, sans autre moyen de le faire" que de traverser la Manche, a estimé sur Twitter Daniel Sohege, spécialiste du droit des réfugiés à la tête de l'association Stand For All.

En l'état actuel du droit, un migrant doit être physiquement au Royaume-Uni pour y lancer sa procédure d'asile, mais il n'existe "aucun moyen" autorisé par Londres pour arriver dans le pays et y chercher refuge, souligne Zoe Gardner.

Le Royaume-Uni s'appuie par ailleurs sur son insularité, et estime n'avoir pas à prendre en charge des migrants qui ont traversé d'autres pays dits sûrs.

Avec cette équation impossible pour les réfugiés, "le Royaume-Uni reçoit moins de demandes d'asile que la France, l'Allemagne ou l'Italie", précise Zoe Gardner.



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