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Au Maroc, le dessin de presse entre censure et autocensure

Malgré les difficultés, les caricaturistes marocains continuent d'user du crayon «pour réveiller les consciences»




Perçus comme «incontrôlables», les caricaturistes marocains doivent jongler entre les lignes rouges pour être publiés. Si certains s'autocensurent et dessinent dans le cadre imposé, les plus irrévérencieux se tournent vers les réseaux sociaux pour contourner les interdits. «La censure est quelque chose d'intrinsèque à notre métier», concède Rik -- Tarik Bouidar de son vrai nom -- dont les dessins illustrent chaque jour le quotidien marocain L'Economiste.
Avec une poignée de caricaturistes marocains, il est à l'honneur depuis le 12 avril à l'Institut français de Rabat pour une rare exposition consacrée au dessin de presse au Maroc. Parrainée par le célèbre dessinateur français Plantu, également fondateur de l'Association «Cartooning for peace» qui regroupe des caricaturistes du monde entier, l'exposition «Imagine avec moi» permet à ces artistes de raconter avec humour les aspirations de la jeunesse marocaine. «J'aime les dessins dérangeants», lance Plantu, qui, en 45 ans de carrière notamment à la Une du quotidien français Le Monde, a souvent joué de son art pour faire passer ses opinions sans risquer d'être poursuivi. «Encore faut-il franchir les lignes rouges», rappelle-t-il lors d'un débat avec ses homologues marocains.
Pour ces derniers, jouer avec ces lignes relève d'un exercice de funambule où l'expérience se révèle cruciale. «On connaît les interdits de notre pays. Avec le temps et l'expérience, on sait ce qui peut passer et ce qui ne le peut pas», explique Rik. De l'avis de tous les caricaturistes marocains interrogés par l'AFP, les lignes rouges sont la monarchie, la religion et l'intégrité territoriale.
Elles ont parfois valu à ceux ayant osé les franchir prison ferme, lourdes amendes ou interdictions. «La censure par l'Etat a laissé place à l'autocensure et à la censure au sein des rédactions. Les dessinateurs se sont policés, les journaux font appel à des caricaturistes qu'ils sous-paient pour faire des blagues», martèle le caricaturiste Curzio, pseudonyme faisant référence à l'écrivain italien Curzio Malaparte. «Les dessins les plus osés ne trouvent pas preneurs et finissent sur les réseaux sociaux. Pourquoi les médias n'osent plus? Je l'ignore», s'interroge celui dont les dessins trouvent rarement preneurs dans la presse, mais qui sont largement partagés sur les réseaux sociaux.
Caricaturiste irrévérencieux à l'humour noir prononcé, il refuse de révéler son identité et aime se moquer des intégristes religieux. Comme au lendemain des attaques contre Charlie Hebdo, avec ce dessin publié sur le site français Mediapart montrant un intégriste tenant cet hebdomadaire à l'envers et disant: «Je n'ai rien compris, mais il faut quand même les tuer!». Malgré les difficultés, les caricaturistes marocains continuent d'user du crayon et de l'humour: «pour réveiller les consciences», selon Curzio; parce qu'ils se sentent «gardiens de la liberté de la presse», estime son confrère Khalid Gueddar.

Mercredi 19 Avril 2017

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