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Au Liban, une mobilisation inédite émaillée par des incidents nocturnes




Les barrages érigés par les manifestants étaient plus nombreux que jamais vendredi au Liban, marquant une colère intacte contre la classe politique au 9ème jour d'une mobilisation inédite émaillée par des incidents.
Les militants du puissant mouvement chiite pro-iranien du Hezbollah, de plus en plus visibles dans les rues, ont été impliqués jeudi soir dans des heurts à Beyrouth, excédés par les slogans visant leur leader Hassan Nasrallah. Celui-ci devait prendre la parole plus tard dans la journée, et son discours devait être d'autant plus scruté que le Hezbollah reste le seul mouvement politique armé dans le pays, au nom de sa lutte contre Israël.
Au lendemain d'une adresse à la nation du président Michel Aoun jugée unanimement décevante, des dizaines de nouvelles barricades ont fait leur apparition sur les routes, renforçant la paralysie du pays, ont constaté les correspondants de l'AFP.
Le blocage de l'axe reliant Beyrouth au nord du pays a été maintenu. De grandes bâches bleues y ont même été installées pour protéger les manifestants de la pluie et permettre à certains d'y passer la nuit. "Fermé pour cause de réparation du pays", peut-on lire sur certaines pancartes, tandis que d'innombrables panneaux rappellent la revendication numéro un du mouvement de contestation inédit: le remplacement immédiat d'une classe politique incapable de redresser le pays et quasiment inchangée depuis la fin de la guerre civile (1975-1990).
Issam, un cadre médical de 30 ans, est plus déterminé que jamais malgré la prolongation de la fermeture des banques, des écoles et des universités qui mettent le pays à l'arrêt. "Nous resterons jusqu'à la chute du régime. Nous n'avons pas le choix, le peuple a faim", assure-t-il, alors que les besoins élémentaires -comme l'eau, l'électricité et l'accès universel aux soins- ne sont pas assurés dans le pays.
Des dizaines de volontaires, souvent des familles accompagnées de jeunes enfants munis de sacs poubelles de couleur, ont repris dès l'aube, comme chaque jour, leurs rondes pour nettoyer le centre-ville.
L'armée, présente en masse les deux jours précédents, s'est faite plus discrète malgré l'appel de M. Aoun à assurer "la liberté de circulation des citoyens". "Pschitt", a titré à la Une le quotidien L'Orient le Jour pour résumer l'effet produit par le discours de M. Aoun qui a pris vendredi la parole pour la première fois depuis le début du soulèvement, déclenché le 17 octobre par l'annonce inopinée d'une taxe sur les appels via la messagerie WhatsApp, aussitôt annulée.
L'ex-général de 84 ans a proposé de rencontrer des "représentants" des manifestants, dont le mouvement spontané n'a précisément pas de leaders ou de porte-parole. Il a apporté son soutien au plan de réformes présenté lundi par le Premier ministre Saad Hariri, qui avait pourtant été aussitôt rejeté par la rue. Il a suggéré un prochain remaniement ministériel, la seule piste sérieuse de son discours selon la presse.
Une impasse prolongée pourrait conduire à un pourrissement ou à un dérapage du mouvement, selon les médias. Le journal Al-Akbar, proche du Hezbollah, a mis en garde en première page sur "le risque du chaos". "Le Hezbollah a décidé de descendre dans la rue pour obtenir le déblocage des routes", écrit-il. Un tabou a été brisé lorsque Hassan Nasrallah a été conspué dans des bastions chiites du sud du pays, notamment dans la ville de Nabatiyé.
De violents incidents entre manifestants et militants du Hezbollah y ont été signalés, mais la mobilisation n'y a jusque-là pas faibli avec une présence massive et remarquée de jeunes et de femmes. Des heurts ont également eu lieu dans un secteur chrétien à l'est de Beyrouth entre des manifestants et des militants du parti fondé par M. Aoun.
Les manifestants se disent conscients des tentatives "d'infiltration" du mouvement. "On veut nous diviser mais ils n'y arriveront pas. Ce qui nous motive, c'est de savoir que nous sommes ensemble dans la rue, pas seulement à Beyrouth, mais aussi à Nabatiyé, à Tyr, à Tripoli et ailleurs", assure Fares Halabi, un chercheur de 27 ans.

Samedi 26 Octobre 2019

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