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Abdelhamid Labbilta : Le gouvernement Benkirane a exclu les associations des processus d’élaboration des textes législatifs et des politiques publiques




Le prix Plages propres a été remis par SAR la Princesse Lalla Hasna aux antennes de Safi en 2012 et à celle d’Essaouira en 2007 et 2014.
Le prix Plages propres a été remis par SAR la Princesse Lalla Hasna aux antennes de Safi en 2012 et à celle d’Essaouira en 2007 et 2014.
Et de quarante pour l’Association Chouala pour l’éducation et la 
culture ! Créée le 17 avril 1975 
à la Maison des jeunes de Hay 
Mohammadi à Casablanca, elle compte actuellement 96 antennes.
A l’occasion de son 40ème 
anniversaire, nous avons 
rencontré son président 
Abdelhamid Labbilta.

Abdelhamid Labbilta : Le gouvernement Benkirane a exclu les associations des processus d’élaboration  des textes législatifs et des politiques publiques
Libé : En tant que président de Chouala, comment pouvez-vous nous résumer les 40 ans d’existence et d’efforts fournis au service de l’enfance et de la jeunesse marocaine ?
Abdelhamid Labbilta : Faire une rétrospective de 40 ans d’existence constitue une rude épreuve. Pour moi, Chouala est toujours présente et a su garder la vivacité de son projet culturel et éducatif progressiste et citoyen visant l’enracinement des valeurs de civisme, de démocratie, de bénévolat, de cohabitation et de partage. Chouala a consacré une existence longue de quatre décennies à la défense des droits de l’enfance marocaine tout en restant fort présente dans les différentes dynamiques et débats publics afin de plaider le projet démocratique et moderniste de notre pays ; un projet porteur des valeurs de l’Etat de droit et de justice sociale.

Quatre décennies, cela veut aussi dire quatre générations de militants. Est-ce qu’on peut dire que l’expérience de Chouala a su marquer de son empreinte tous ceux qui ont adhéré à sa vision?
Chouala a acquis et développé un grand savoir-faire en matière d’encadrement éducatif et culturel. On peut modestement dire qu’il s’agit d’une vraie école associative marocaine. Plusieurs générations sont passées par ses colonies de vacances et ont bénéficié de ses activités éducatives, culturelles et artistiques. Je cite, à titre d’exemple, les forums éducatifs et culturels initiés depuis les années 70 et qui ont boosté l’expérience et la carrière de nombreuses icônes marocaines de la poésie, du roman, de la critique littéraire et artistique, du théâtre, du cinéma, de la musique et du  chant. A Salé, Marrakech, Khémisset, Tétouan, Rabat, Tanger, Fès, Casablanca, Taza, Tan Tan, Berrechid, Khouribgua, Safi, Essaouira, etc., Chouala a créé de vraies pépinières pour les jeunes compétences dans le cadre de projets éducatifs et culturels adaptés à leurs besoins et centres d‘intérêts. N’oublions surtout pas la revue «Chouala» qui a boosté l’expérience de bon nombre d’écrivains et poètes marocains.

La conjoncture de la création de Chouala a été marquée par de grandes tensions sociales et politiques. Son projet associatif ne s’est-il pas confronté à ces circonstances qui ont marqué l’histoire contemporaine du Maroc?
En 1975, le Maroc avait entamé une nouvelle phase avec la levée de l’Etat d’exception qui a affecté les libertés publiques et les institutions démocratiques. Cette phase de notre histoire fut aussi marquée par le défi  du parachèvement de notre intégrité territoriale, de la refondation des instances élues et de l’élargissement du champ des libertés publiques sans oublier, bien sûr, la grande dynamique doctrinale qui a enrichi les débats et nourri les espoirs au sujet du Maroc que nous espérions. 
Chouala a vu le jour dans ce contexte afin d’être au cœur  des mutations sociales et de demeurer au service de l’enfance et de la jeunesse.

Qu’est-ce qui a changé en 40 ans?
La conjoncture qui a marqué la création de Chouala a connu une grande mobilisation sociale autour du projet national sans oublier, bien sûr, la suspicion de l’Etat après la levée de l’Etat d’exception. A cet effet, les jeunes de Chouala ont veillé à l’élaboration d’un projet associatif clair, adapté à son contexte et à son public cible. Sa clarté de vision et  la souplesse de ses mécanismes et ses stratégies ont facilité son adaptation aux différentes mutations tout en restant fidèle à sa vision, à ses valeurs et à sa mission. Chouala a fortement adhéré au débat public sur la nouvelle Constitution en 2011. Elle a, à cet effet, soumis des propositions qui reflètent son identité moderniste, démocratique et progressiste au comité chargé de la révision de la Loi suprême tout en appuyant la dynamique sociale marquée par la naissance du Mouvement du 20 février.

Une association est tout d’abord une vision qu’on conjugue via un projet clair et pertinent. Mais cela demande des ressources humaines et financières. Pour Chouala dont les réalisations reposent sur le bénévolat et des ressources très limitées, est-ce que vous pensez qu’il lui est toujours possible d’assumer sa mission selon des critères de qualité et de professionnalisme avec des moyens dérisoires?
Certes, grâce au bénévolat surtout, Chouala a su garder sa  grande dynamique via son réseau national qui compte 14 régions et 96 antennes, mais sans compter sur un réel appui gouvernemental qui reconnaît néanmoins ses  efforts et la qualité de sa capacité d’intervention. Un tel appui aurait permis à notre association de développer au mieux ses capacités logistiques et professionnelles tout en boostant sa force d’intervention. Nous avons, à cet effet, adressé plusieurs demandes aux différents gouvernements y compris l’actuel, car Chouala continue toujours à travailler dans les mêmes conditions financières même après avoir été reconnue d’utilité publique en 2002.
 
Quels ont été les moments forts de ces 40 ans?
Il est difficile de cerner tous les moments forts qui ont marqué les 40 ans d’existence de Chouala. Mais je peux vous en citer celui de 1980 au cours duquel l’association est devenue nationale. En 1987 à La Maamoura, la stratégie de régionalisation de l’action  culturelle a été élaborée afin de faire rayonner les différentes expressions culturelles du Royaume. Je cite aussi l’organisation de la colonie arabe des jeunes à trois reprises, l’envoi de 1.000 cartes postales signées par les enfants de Chouala au Premier ministre Abderrahmane El Youssoufi afin de lui demander d’améliorer la dotation alimentaire des colonies de vacances, la forte contribution de Chouala à la plateforme euro-méditerranéenne présidée pendant deux mandats par notre président fondateur Abdelmaksoud Rachdi. 
Chouala a été aussi primée par la bibliothèque d’Alexandrie pour ses efforts dans les domaines de l’éducation, de la culture et du développement. Elle a eu une autre consécration en 2012, année au cours de laquelle elle a reçu le prix de la meilleure performance associative en  Méditerranée, et je mentionnerai enfin le prix Plages propres remis par SAR la Princesse Lalla Hasna aux antennes de Safi en 2012 et à celle d’Essaouira en 2007 et 2014.

Entre autres associations, vous avez boycotté le débat sur  la société civile. Quels sont les motifs de cette décision et quelle est votre vision pour la conjugaison des rôles assignés aux associations?
Il faut préciser tout d’abord que nous n’avons pas boycotté le débat sur la société civile. Au contraire, nous avions répondu présent à l’invitation qui nous a été adressée par le ministère en charge du dossier. Malheureusement, nous avons constaté, comme le reste des composantes de la société civile, que la méthodologie et les stratégies de débat ont été mises en place au préalable par le ministère chargé de la société civile contrairement à toute attente. 
Ce n’est qu’à ce moment que nous avons boycotté  ce débat officiel dont la méthodologie bafoue le principe d’indépendance et de souveraineté de la société civile. Pour la conjugaison des rôles institutionnels assignés à la société civile, nous constatons que l’actuel gouvernement a exclu les associations des processus d’élaboration des textes législatifs et des politiques publiques. Malheureusement, la société civile a été mise sur le banc de touche depuis quatre ans.

D’après vous, que faut-il faire pour développer au mieux la dynamique d’encadrement de l’enfance et de la jeunesse marocaine?
Nous avons toujours plaidé pour les droits des enfants et des jeunes et demandé l’élargissement de l’offre éducative et culturelle des institutions en charge de ce dossier, y compris l’école publique. 59 ans après l’indépendance, nous constatons que les infrastructures du secteur de l’enfance et de la jeunesse ne se sont pas encore adaptées aux mutations qu’a connues la société marocaine à plusieurs niveaux. 
Nous n’avons cessé de réclamer une forte adhésion des investissements publics dans le cadre d’une politique publique claire à même de permettre la mobilisation des moyens requis afin de donner à la société civile les moyens d’assumer les rôles qui lui sont assignés.

Propos recueillis par Abdelali Khallad
Lundi 20 Avril 2015

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