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A Londres, les vendeurs du magazine des sans-abri battent à nouveau le pavé





Pour Matthew Meredith, le déconfinement en marche au Royaume-Uni constitue un soulagement. Non pas parce qu'il peut retourner au pub mais parce que ce sans-abri retrouve son moyen de subsistance: vendre le magazine The Big Issue dans les rues de Londres. Après plus de trois mois de confinement pour freiner l'épidémie de Covid-19, la réouverture cette semaine des commerces non essentiel ou des terrasses de pubs et de restaurants a rendu aux villes leur animation. Cela permet aux quelque 1.400 vendeurs de The Big Issue, créé pour aider les sansabri, de se remettre en selle à travers le pays. "J'ai bien mieux vendu aujourd'hui que dans la semaine précédant Noël", explique à l'AFP Matthew Meredith, qui vend le magazine sur la grande artère commerçante londonienne d'Oxford Street.

"Heureusement que Boris (ndlr: le Premier ministre Boris Johnson) a tenu parole" sur son calendrier de levée des restrictions, dit-il. "Je retrouve beaucoup de visages connus et c'est fantastique de voir qu'ils sont en vie et en pleine forme!", se réjouit-il. Le confinement a durement touché les vendeurs, déjà plus vulnérables financièrement et mentalement de par leur expérience de sans-abri. Les vendeurs achètent The Big Issue aux distributeurs pour 1,50 livre (1,75 euros) et le revendent le double, empochant la différence.

Le magazine a été lancé en 1991 pour aider les sans-abri à avoir un revenu et à trouver leur place dans la société, tout en affrontant la perte de logement et la pauvreté. Pendant les trois mois du dernier confinement, Matthew, 31 ans, n'a plus reçu les 25 livres sterling hebdomadaires octroyées pour acheter les exemplaires au distributeur et les revendre, en plus des bénéfices tirés de la distribution.

"Ça a été un coup dur de ne pas avoir le magazine pendant tous ces mois, j'ai dû emprunter et je n'aime pas demander de l'argent", explique-t-il. "Ma maman vient de perdre son boulot -- sa salle de bingo a fermé. Mon frère a un bon travail, alors je lui demande par ci par-là. Je dois payer 100 livres (115 euros) par mois pour le foyer et acheter ma nourriture parce que celle du foyer est immangeable, et ça plombe mes finances", dit-il. La lourdeur du confinement, souvent passé dans des logements de médiocre qualité, vient toutefois d'être atténuée avec la récente levée de nombreuses restrictions. "Je souffre d'anxiété, de dépression et de troubles de la personnalité, je peux partir en vrille des fois. Alors les trois derniers mois ont été déprimants, et éprouvants", souligne Matthew.

Paul Martin, 54 ans, qui travaille à Leicester Square, près de Soho, vend The Big Issue depuis 2013. "Je suis content d'être de nouveau dehors et de voir des gens. J'espère juste que le temps va se réchauffer", dit-il par cette froide après-midi d'avril. Son visage rayonnant témoigne du bonheur d'être enfin sorti d'une longue période sans revenus, que seule l'aide de sa famille lui a permis de traverser. "J'étais chez moi à m'ennuyer, à regarder les mêmes vieux programmes de télévision, je sortais juste pour acheter à manger, c'était dur mais je m'en suis sorti" dit-il. "J'ai une mère et six soeurs, je ne peux pas cuisiner alors elles m'apportaient de quoi manger tous les deux trois jours. Sans ma famille, je ne serais pas là aujourd'hui!".

Libé
Jeudi 22 Avril 2021

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