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​Mohamed Vall Elghadi : Nous poursuivrons les tortionnaires du Polisario jusqu’au dernier souffle




​Mohamed Vall Elghadi : Nous  poursuivrons les tortionnaires du Polisario jusqu’au dernier souffle
En marge des travaux du Forum social mondial tenus à Tunis, Libé a rencontré Mohamed Vall Elghadi, président de l'O.N.G mauritanienne “Mémoires et justice”. Il nous a expliqué que depuis la création de l’association qu’il préside, celle-ci participe à tous les forums et à toutes les rencontres pour   dénoncer les violations des droits  de l’Homme perpétrées par les tortionnaires du Polisario et qu’il a subies durant 14 ans.

Libé : En quelle année avez-vous rejoint les rangs du Polisario ?

Mohamed Vall El-Ghadi : Nous sommes un groupe de jeunes Mauritaniens qui avaient rejoint les rangs du Polisario, séparément, dans plusieurs vagues à partir de mai 1978 et jusqu’en 1979, Parmi ces vagues qui ont atteint plus de 2.500 jeunes, il y avait de nombreux  adolescents dont l’âge variait entre 14 et 17 ans qu’ils avaient appelés, les lionceaux de la libération.  Nous avons été recrutés après une série d’interrogatoires dont nous ignorions l’objectif. Nous apprendrons plus tard, lorsque le Polisario avait décidé de se séparer de nous, que ces interrogatoires allaient servir de chefs d’accusation pour nous accuser d’intelligence avec l’armée mauritanienne et nous jeter dans les geôles mouroirs du Polisario.

Quels sont les arguments utilisés par les recruteurs du Polisario pour vous convaincre de rejoindre les rangs du Front?

Vous savez, c’était une époque où le monde était en situation de transition et où les jeunes, notamment de la sous-région, aspiraient au changement à travers une révolution armée. On pensait alors  que la seule possibilité de réaliser ce changement était celle qu’offrait le Polisario, en nous entraînant aux armes et en nous encadrant pour mener une lutte armée. Parmi ces jeunes Mauritaniens, certains fréquentaient des milieux plus ou moins politisés avec des idéologies de gauche. Mais le degré d’éveil parmi ces jeunes était très relatif. Après la période d’entraînement, on était répartis dans différents services. Certains étaient envoyés au front, mais la plupart d’entre étaient orientés vers l’enseignement. Il n’y avait qu’une seule école primaire dans tous les camps et qui avait été ouverte en 1979 alors que la plupart des habitants étaient analphabètes. Mais comme les recrues mauritaniennes avaient toutes un niveau de scolarité supérieur au brevet,  ce qui, à l’époque, était respectable, il fallait les utiliser pour créer un noyau scolaire. Ce que nous avions fait et pensions avoir joué un rôle prépondérant dans la création d’un système scolaire au Polisario. Mais c’est après que la Mauritanie s’était retirée du conflit, qu’allait commencer notre calvaire. Un complot contre les Mauritaniens des camps était orchestré par des officiers algériens encadrants qui exhumèrent les renseignements collectés à notre arrivée aux camps. Ils nous désignaient comme des membres d’un réseau implanté par les autorités mauritaniennes qui ne se sont pas retirées de la guerre, mais qui avaient subi une défaite cuisante, pour saboter la révolution, ce qui fait qu’on nous enterra vivants. J’appris plus tard, en lisant les mémoires du président mauritanien de l’époque, Haidallah qui était l’allié le plus actif du Polisario qu’étant donné le nombre important de cadres mauritaniens dans les structures du mouvement, le parrain algérien avait craint que les prérogatives ne lui échappent et décida de les éliminer, de la sorte, en inventant le réseau fictif qu’il appela réseau franco-mauritanien d’espionnage. Cette vague avait touché, également les Sahraouis originaires des provinces marocaines du Sud. On dressa de véritables camps de concentration. On nous enterrait vivants. Les techniques de tortures utilisées étaient primitives et sauvages. Des prisonniers étaient édentés, d’autres utilisés pour expérimenter des tortures sans précédent ou pour être brûlés vifs. C’est ainsi que les séquestrés dont certains sont restés sans s’adresser à personne pendant plus de 7 ans,  étaient marqués au fer rouge avec l’inscription ‘’Front Polisario’’. Ces tortures indescriptibles se poursuivirent jusqu’au  déclenchement du mouvement qui avait secoué les camps en 1988.

Quand votre ONG a-t-elle été créée et quels sont ses objectifs ?

Nous avons fondé  l’ONG “Mémoire et justice” en 2005. Mais  c’est seulement en 2008 que  le récépissé nous a été délivré. Nous visons, essentiellement, à travers la création de cette ONG comme le précisent nos statuts, à revendiquer la création d’un tribunal international pour enquêter sur les crimes perpétrés par les tortionnaires du Polisario sur des volontaires civils mauritaniens et autres et je dis bien civils, pour enquêter sur les nombreux disparus, pour la restitution des sépultures des morts à leurs familles, leurs  dédommagements, ainsi que la reconnaissance des rescapés. Mais, surtout pour juger les responsables de ces crimes contre l’humanité.

Y a-t-il une réaction positive de la communauté internationale ? 

Nous avons des dossiers que nous venons, d’ailleurs, de présenter devant la Commission des droits de l’Homme dont les travaux viennent de se dérouler à Genève. Convaincus de la justesse de notre cause, nous nous déployons partout où nous pouvons être entendus. C’est ainsi que notre dossier est entre les mains de la justice sénégalaise, signataire des Conventions internationales sur les poursuites judiciaires. Les tribunaux belges examineront prochaînement nos dossiers. Nous jouissons également du soutien d’une grande partie des habitants des camps. Nous avons aussi été reçus par Mohamed Abdelaziz qui nous a donné des promesses, en nous demandant de reporter notre action. Mais nous avons continué de plaider notre cause et les promesses sont restées sans suite.

Selon vous, quelle est la solution susceptible de mettre fin à ce conflit artificiel ?

Les participants algériens à ce Forum ont bien sûr exprimé la position de l’Algérie qui considère que le problème du Sahara est le sien. D’ailleurs, vous avez dû remarquer par vous-même que les soi-disant membres  de la délégation du Polisario ne sont que des figurants et que ce sont les Algériens qui organissent des actions contre les participants marocains et que ce sont eux qui brandissent les drapeaux de la république fantôme. Cela nous permet de considérer que l’Algérie fait partie intégrante du conflit et sans sa volonté et ses bonnes intentions, la situation risque de perdurer. 

Entretien réalisé par A. El-Katab
Mercredi 1 Avril 2015

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