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​La santé au cœur des débats durant le Ramadan

Le mois sacré ne doit pas être synonyme de consommation excessive




​La santé au cœur des débats durant le Ramadan
Comme à chaque Ramadan, la santé est l'un des sujets phares de ces interminables discussions entre collègues, amis et membres de familles à énumérer les bienfaits de ce mois béni, ses impacts sur la fraîcheur physique et mentale des jeûneurs et les cas d'inaptitudes à jeûner.
Si le Ramadan est pour la plupart un véritable traitement médical des plus efficaces, d'aucuns pensent que le jeûne n'est pas sans difficultés, notamment en ces temps de chaleurs et de longues journées.
Pour Rachid, un employé de 51 ans, approché par la MAP à la gare de train de Rabat-ville, jeûner cette année, en ce temps de chaleur et ces journées de presque 16 heures, est un peu difficile, même pour les gens en bonne santé.
"Je me réveille très tôt le matin pour regagner mon travail à Casablanca et donc je passe pas mal de temps exposé au soleil", argue-t-il, cartable à la main, sueur sur le front. "Même si, avec l'âge surtout, le jeûne devient une rude épreuve, je tiens absolument à accomplir ce pilier de l'islam et ça passe généralement sans problèmes", conclut-il avant de se précipiter vers un petit taxi.
Le même attachement à ce rite, on l’a senti chez Fatima, 58 ans, une enseignante qui souffre pourtant de diabète. "C'est difficile de se faire convaincre de l'idée de ne pas jeûner le Ramadan, même pas par le médecin", affirme-t-elle, ajoutant qu'elle est accompagnée régulièrement par son médecin.
"Si je me permets cela, c'est que je ne souffre pas de diabète de type 1 qui nécessite la prise régulière d'insuline", explique l'enseignante retraitée qui dit prendre beaucoup de précautions durant le Ramadan depuis qu'elle a su pour sa maladie ce qui lui a toujours évité d'avoir des complications.
Avis de spécialiste oblige, la question a été posée à Dr Hamdoun Lhassani, endocrinologue-diabétologue, qui tranche d'emblée : "Le jeûne a un impact positif sur la santé". Il permet, entre autres, de perdre du surpoids, d'améliorer le diabète, de réguler la tension artérielle et d'alléger certaines complications liées aux articulations, ajoute-il.
Le jeûne, particulièrement lors de ce mois de Ramadan estival, peut néanmoins comporter des risques, notamment pour les personnes âgées, les enfants qui n'ont pas encore atteint la puberté, les femmes enceintes et les personnes malades souffrant par exemple de diabète dépressif, d'insuffisance rénale ou de rhumatisme, explique M. Lhassani, président de la société marocaine d'endocrinologie, diabétologie et nutrition (SMEDIAN) et membre de plusieurs sociétés internationales.
Il faut souligner que le corps s'adapte au jeûne, mais toutes les personnes ne s'adaptent pas de la même manière, note-t-il, soulignant que le jeûne, qui peut entraîner l'évanouissement ou le coma, est particulièrement dangereux pour les diabétiques, voire fatal dans le cas du diabète de type 1.
S'agissant des réactions de ses patients appelés à ne pas jeûner, Dr Lhassani reconnaît qu'il est difficile d'en convaincre les gens, "certains allant parfois même à me traiter de mécréant".
"Dans certains cas nous sollicitons les proches du patient pour essayer de le convaincre, mais il faut dire qu'avec les nouvelles technologies de l'information et les médias, les choses commencent à changer et les gens sont plus que jamais conscients des risques qu'ils encourent mais surtout des textes et préceptes de l'islam, qui tolèrent la rupture du jeûne en cas de problèmes de santé", relève-t-il.
S'agissant des difficultés que peuvent rencontrer les jeûneurs durant le Ramadan, Nabil Layachi, spécialiste en diététique et nutrition au Centre hospitalier Ibn Sina, indique, de son côté, que la forte sensation de soif et de faim est la principale préoccupation des gens. Ces sensations, croit-il savoir, ne sont pas dues uniquement à la chaleur, mais sont surtout le résultat inéluctable d'un régime alimentaire malsain.
Selon lui, cette sensation peut résulter de la consommation excessive durant la nuit de fritures, de sucreries, d'aliments salés, notamment d'origine synthétique, qui peuvent causer de la fatigue et une hausse du taux de cholestérol.
Le jeûneur est appelé à prendre un certain nombre de mesures pour accomplir son rite dans les meilleures conditions possibles et d'éviter la déshydratation, à travers un régime qui se base, pour l'essentiel, sur la prise de grande quantité d'eau et d'aliments riches en eau, notamment les légumes et fruits, tout en évitant au maximum de s'exposer au soleil, conseille M. Layachi.
Le mois de Ramadan, d'abord une période de repos pour le corps, ne doit pas être synonyme de consommation excessive, mais il faudra plutôt se focaliser sur les bienfaits du jeûne sur la santé: purification du corps, baisse du taux de cholestérol, perte du surpoids, insiste-t-il.
"Manger beaucoup la nuit, évite la sensation de faim la journée" est un simple mythe autour du jeûne, fait remarquer M. Layachi pour qui c'est la qualité des aliments qui permet d'éviter cette sensation et non leur quantité.
Pour rompre le jeûne de la manière la plus saine, le nutritionniste estime que le jeûneur doit rompre le jeûne avec de l'eau et des dattes, car commencer la rupture avec des sucreries, comme la "chabakia" risque d'entraver le processus de digestion et causer satiété après l'ftour.
Côté activités sportives, M. Layachi souligne le danger que représente la pratique d'exercices sportifs durant la matinée, appelant les habitués à effectuer leurs exercices juste avant la rupture, mais surtout pas les débutants qui doivent prévoir ces activités après la rupture.
Même son de cloche chez Mohamed Lahlimi, diététicien-nutritionniste, qui a qualifié le mois de Ramadan de véritable "cycle médical gratuit" dont bénéficient les musulmans chaque année, en ce qu'il est l'occasion d'abandonner toutes les mauvaises habitudes néfaste à la santé et de donner du repos aux organes précieux du corps notamment les appareils digestif et nerveux.
Pour l'auteur de "La maladie et la médecine dans l'alimentation", le vidage de l'estomac et des intestins de la nourriture pendant de longues heures permet au corps de se débarrasser des restes de nourriture et les sécrétions qui conduisent à la prolifération des germes.
Il est donc question, en guise de préparation au mois sacré, non pas du stockage de friandises, mais plutôt de suivre un régime alimentaire équilibré et garantissant la vivacité et l'agilité du corps, fait-il savoir.
Afin de parer à la perte de grande quantité d'eau durant la journée, M. Lahlimi conseille de privilégier les légumes, les fruits et les jus naturels, mais aussi d'éviter certains aliments qui consomment beaucoup d'eau lors de la digestion, comme les fritures et les jus synthétiques qui augmentent les besoins en eau.
Concernant la rupture du jeûne, le spécialiste prône un Iftar en deux temps, un léger repas juste après l'appel à la prière d'Al-Maghreb et l'autre après la prière, le repas du "Shour" remplaçant le petit-déjeuner des jours ordinaires. Ce petit-déjeuner doit être composé, de préférence, de pain, de thé et de beaucoup de légumes frais pour éviter la sensation de soif, tout en évitant les sucres rapides, les épices et les marinades, prône-t-il.
Période certes singulière qui nécessite effort physique et persévérance, le Ramadan, un mois sacré de piété et de recueillement à la dimension spirituelle toute particulière, se veut par-delà une occasion de se rapprocher de Dieu, de rompre avec de mauvaises habitudes et de purifier corps et esprit.
Et comme l'islam est d'abord une religion de tolérance et de facilité, ce mois ne peut qu'offrir les conditions et l'ambiance propices au bien et aux bonnes pratiques, spirituelles et corporelles, dans la modération et la facilité, partant du verset du Saint Coran : "Allah veut pour vous la facilité, Il ne veut pas la difficulté pour vous". 

Mercredi 24 Juin 2015

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