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​La galère des retraités marocains

Tuer le temps en attendant de passer l’arme à gauche




​La galère des retraités marocains
Qui circule à Casablanca ne manquerait pas de remarquer le grand nombre d'hommes âgés retraités ou non et qui sont fidèles à leur café matinal et à la lecture des journaux de longues heures durant. Parmi eux, des fonctionnaires, des banquiers et des enseignants retraités. Ces citoyens sont-ils  toujours utiles à  la société ? Si oui pourquoi perdent-ils du temps et de l'énergie en de telles futilités au lieu d'entamer une autre phase de leur vie et de transférer leur savoir-faire et leur expérience dans un cadre organisé et motivé ? Nous ne sommes certes pas préparés à affronter les aléas de la vie après la retraite et nous sombrons dans la routine et  la dégradation physique et morale au lieu de nous ouvrir de nouvelles perspectives et de nous fixer de nouveaux objectifs et opportunités.
Dans d'autres pays, cette catégorie sociale se mesure à l’aune de son engagement dans le monde associatif et le bénévolat. Son action culturelle, intellectuelle ou même scientifique n'est pas bloquée par sa mise à la retraite.
Un Marocain se tue au travail avant la retraite. Il s'enferme ensuite dans l’inaction. Le volontarisme ne fait pas partie de sa culture et il ne pense guère à planifier sa retraite avant de l'atteindre.
Pourquoi les enseignants à la retraite ne songent-ils jamais à s'engager à donner des cours de soutien gratuits au niveau de leur quartier par exemple ?  Le savoir-faire d'un enseignant ne prend pas fin avec sa mise à la retraite et l'expérience d'un infirmier n’en dépérit pas pour autant. 
Ahmed, 65 ans, instituteur, me disait qu'après sa retraite, il rêvait de rester chez lui à ne rien faire. « Je suis devenu un fardeau pour ma famille. On se chamaillait beaucoup pour un oui ou pour un non. Alors j'ai fui vers le café puis j’ai tout abandonné pour mettre le cap sur Laâyoune où je vis dans une petite chambre d'hôtel. Même ma famille ne sait pas où je suis. Je cire les chaussures pour assurer ma subsistance».
Allal a été militaire. Après sa mise à la retraite, il est devenu vendeur de cigarettes au détail et quelquefois  gardien de voitures. « J'aimerais que l'Etat nous offre une autre opportunité dans un  cadre de volontariat. Mais je ne sais à qui m'adresser pour offrir mes services bénévolement. Maintenant, j'aide la jeunesse à se détruire la santé en lui vendant des cigarettes. Regarde ce groupe de vieux jouant aux cartes et cet autre qui joue aux dames. Ils tuent le temps».
Le pire c'est Abbès qui s'est converti en soi-disant agent immobilier. Les cafés sont ses bureaux. Avant de bénéficier de son droit à la retraite, il travaillait à la Régie des tabacs. N’étant pas très instruit,  il n'a pas trouvé mieux que de devenir «Semsar». Il porte sur lui plusieurs agendas pleins d'adresses et de numéros de téléphone. C’est une sorte d’agent de l’immobilier qui roule carrosse dans une Mercédès et réside dans une villa. Même à la retraite, il continue de courir après l’argent.
El Maâti, lui, est un ancien policier. Mis à la retraite, il s'est engagé dans une société privée de gardiennage. Le risque, il l’a dans le sang, aussi préfère-t-il travailler de nuit malgré son âge. Son nouveau métier le maintient en contact avec ses collègues en exercice». 
La retraite est-elle synonyme d’antichambre de la mort ou est-elle la porte vers une nouvelle vie ? Au Maroc, c’est plutôt la première voie qui tient mieux la route. Jusqu’à quand ? 

Par Sami Reddad
Mercredi 10 Juin 2015

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