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​L'opposition rebelle plus divisée que jamais avant Astana

Washington écarté de la conférence




L'opposition au président Bachar al Assad apparaît plus divisée que jamais alors que s'ouvre aujourd’hui une conférence sur la paix en Syrie, à Astana, la capitale du Kazakhstan.
Les menées diplomatiques russes ont mis en lumière le morcellement d'une rébellion incapable de s'unir sous une seule bannière, tiraillée par ses rivalités régionales, idéologiques et religieuses.
Soutenu politiquement et militairement par Moscou et Téhéran, Bachar al Assad est lui en position de force, auréolé de sa victoire à Alep sur l'opposition modérée et les djihadistes qui ont tenu des années durant la partie orientale de la grande ville du nord de la Syrie.
Les rebelles qui se présenteront dans la capitale kazakhe ne représenteront qu'une partie de l'opposition, celle qui combat le régime de Bachar al Assad au sein d'une alliance composite, l'Armée syrienne libre (ASL).
La plupart de ses membres combattent dans le nord de la Syrie, souvent avec le soutien de la Turquie. Quant aux groupes jugés proches des Etats-Unis ou de l'Arabie saoudite, ils n'ont pas été invités.
La délégation rebelle sera conduite par Mohammed Allouch, chef de la branche politique du groupe Djaïch al Islam, appartenant à l'aile modérée de la mouvance islamiste sunnite et dont le bastion se situe près de Damas.
Mohamed Allouch, qui ne vit pas en Syrie, ne doit pas sa désignation à son poids au sein de la rébellion mais à son appartenance au Haut comité pour les négociations (HCN), organe d'opposition formé en décembre 2015 à Ryad et soutenu par l'Arabie saoudite. 
Le HCN, qui n'a pas été convié à Astana, est dirigé par Riad Hidjab, mais son rôle semble confiné à celui de porte-parole de la myriade de factions présents sur le terrain.
Si le HCN dit son espoir de voir la conférence d'Astana contribuer aux discussions de paix que l'Onu entend poursuivre à Genève, l'opposition redoute que le processus enclenché par Moscou et Ankara serve avant tout à contourner les initiatives soutenues par les Nations unies et à creuser encore les divisions entre les rebelles.
"Aller à Astana, c'est encore plus dangereux que se rendre à Genève", commente Mohamed Aboud, membre du HCN.
"A Genève, un front politique de l'opposition s'est dessiné et a obtenu une reconnaissance internationale, tandis qu'on cultive l'ambiguïté à Astana, d'autant que la conférence est soutenue par la Russie qui est une force d'occupation et pas une médiatrice."
"La polarisation pourrait s'accentuer" au sein de l'opposition, ajoute-t-il. "C'est peut-être l'un des véritables objectifs des Russes."
Les initiatives russes ont en outre creusé le fossé entre les ailes modérées et islamistes, alimentant les tensions entre les factions comme à Idlib où elles se sont affrontées.
"Si Astana est simplement un instrument servant à l'instauration d'un cessez-le-feu, à l'accès humanitaire, alors il s'agit d'une bonne chose. Mais ce ne sera pas une bonne chose s'ils discutent des aspects politiques parce que cela contribuera à la marginalisation des autres forces politiques", souligne un commandant de l'Armée syrienne libre.
La Russie présente de son côté la conférence comme un moyen de faire progresser la paix en discutant directement avec les rebelles. Selon Moscou, l'objectif est de consolider le cessez-le-feu en place depuis la fin de la bataille d'Alep. 
La Turquie, qui soutient certains groupes d'opposition, est également à l'origine du processus d'Astana et des sources diplomatiques affirment qu'Ankara a exercé des pressions sur des groupes rebelles pour qu'ils se rendent dans la capitale kazakhe.
Les autorités turques ont récemment révisé leurs objectifs en renonçant à réclamer le départ d'Assad pour se concentrer sur la lutte contre l'organisation djihadiste Etat islamique (EI) et les milices kurdes des Unités de protection populaire (YPG).
Les perspectives pour les rebelles modérés sont encore plus incertaines du fait de l'arrivée au pouvoir à Washington de Donald Trump, qui a laissé entendre qu'il pourrait revoir à la baisse le soutien américain.
Les Etats-Unis n'enverront du reste aucune délégation à Astana, où seul leur ambassadeur en poste au Kazakhstan sera présent, en tant qu'observateur. Aucune invitation n'a été adressée par ailleurs à l'Arabie saoudite et au Qatar.
Au final, le rendez-vous d'Astana pourrait compliquer encore les fragiles tentatives de rapprochement des différents groupes de la rébellion qui s'affrontent régulièrement.

Lundi 23 Janvier 2017

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