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Les profs stagiaires passés à tabac : “C’est pas nous !”, a osé le porte-parole du gouvernement




Abject, cruel, sauvage, … les mots n’ont pas manqué  pour décrire les interventions des forces de l’ordre dans les quatre coins du Royaume contre les enseignants stagiaires.  A Casablanca comme à Tanger ou à  Marrakech, Fès, Oujda et  Inezgane, elles n’ont pas hésité à réprimer sauvagement les milliers de manifestants qui réclamaient pacifiquement l'annulation de deux décrets du ministère de l’Education nationale portant sur la séparation entre la formation et le recrutement.
Des images et des vidéos largement  diffusées sur les médias sociaux, montrent des scènes indicibles où de  jeunes femmes et hommes sont tabassés, insultés ou traînés par terre.  Certains ont le visage en sang, d’autres sont portés sur des brancards et évacués vers les hôpitaux publics. Dans la seule ville d’Inezgane, on compte pas moins de 60 blessés dont deux dans un état critique, selon Hamid Boujaad, coordinateur régional des enseignants stagiaires à Rabat, cité par Médias 24.
Comment peut-on expliquer cette intervention disproportionnée des forces de l’ordre qui rappelle des temps que l’on croyait à jamais révolus? «Rien ne peut  légitimer cette intervention. D’autant que le Maroc a signé plusieurs conventions internationales comme la Convention contre la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et celles relatives aux principes encadrant les interventions des forces de l’ordre lors de la dispersion des manifestations. Ces accords internationaux ne permettent nullement, et en aucun cas, aux agents de l’autorité de frapper les manifestants sur leurs têtes ou les parties sensibles de leurs corps.  Malheureusement, le Royaume a violé ces principes et commis une atteinte grave aux droits de l’Homme qui fera certainement objet de questionnements de la part de la communauté internationale », nous a indiqué Aziz Admin de l’Association Adala. Et de poursuivre : «  Le pire, c’est que le gouvernement Benkirane considère ces manifestations des enseignants stagiaires comme  fomentées par des mains invisibles et  téléguidées à des fins purement électoralistes».   
La responsabilité de l’Exécutif dans ces tristes événements est donc évidente. « Du point de vue constitutionnel, la responsabilité politique du gouvernement est patente. Les articles 89 et 90 de la Constitution stipulent clairement que «le gouvernement exerce le pouvoir exécutif. Sous l’autorité du chef du gouvernement, le gouvernement met en œuvre son programme gouvernemental, assure l’exécution des lois, dispose de l’administration et supervise l’action des entreprises et établissements publics» et que «le chef du gouvernement exerce le pouvoir réglementaire et peut déléguer certains de ses pouvoirs aux ministres. Les actes réglementaires du chef du gouvernement sont contresignés par les ministres chargés de leur exécution», nous a précisé notre source. Et de poursuivre : «Pourtant, au niveau pratique, plusieurs décisions, notamment sécuritaires,  échappent au chef du gouvernement. Ce fut le cas lors des  violences enregistrées  le 2 août 2013 contre les personnes qui s’étaient élevées contre la Grâce royale accordée au pédophile espagnol Daniel Galvan puisque   le ministre de l’Intérieur, Mohand Laenser, avait nié toute responsabilité dans ces violences en arguant que la décision de disperser les manifestants a été prise ailleurs. Et c’est le cas aujourd’hui puisque le ministre de la Justice et des Libertés a nié que le gouvernement a donné son feu vert à l’usage de la violence contre les enseignants stagiaires ».
Une situation qui remet au goût du jour les recommandations de l’Instance équité et réconciliation. « Le problème qui se pose aujourd’hui avec acuité au Maroc, c’est de savoir si on va opérationnaliser les décisions de ladite Instance et notamment son volet relatif à la gouvernance sécuritaire qui lie la responsabilité et la reddition des comptes. Et aussi quand le chef du gouvernement deviendra responsable de la décision sécuritaire via son ministre de l’Intérieur. Aujourd’hui, on a du mal à  identifier avec précision la source d’une décision sécuritaire. L’exemple de l’interdiction, il y a quelques années, d’une activité du PJD à Tanger à laquelle Benkirane devait assister en tant que secrétaire général du parti de la Lampe est édifiant à ce propos». Et d’ajouter: « L’ensemble de ces contradictions remet sur le métier  la question de la responsabilité du chef du gouvernement et sa capacité à diriger la décision sécuritaire au Maroc ».
Est-ce que la rupture avec les années de plomb n’a pas encore eu lieu? «La justice transitionnelle veille à ce que ce genre de pratiques attentatoires aux droits de l’Homme ne se reproduisent plus via l’édification de l’Etat de droit et il y avait une volonté étatique ferme de tourner la page du passé. Mais ce qui vient d’advenir avant-hier démontre bien que ces pratiques ont la peau dure », a conclu Aziz Admin. 

Hassan Bentaleb
Samedi 9 Janvier 2016

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1.Posté par DR IDRISSI MY AHMED le 08/01/2016 22:09
Ce genre de situations rétrogrades et douloureuses collent une très mauvaise réputation au Maroc. Cela casse notre affaire nationale, notre droit à la juste considération pour les progrès réalisés , comme cette large ouverture devant les investisseurs ... Dommage , les libertés soudains en prennent un sale coup. La mal-vie nous guette. Et ça nous dégrade. On voudrait réparer ça et ne plus ternir notre image de pays démocratique et avancé . Ne serait-ce que par rapport à nos références régionales !

2.Posté par Ben le 09/01/2016 14:15 (depuis mobile)
C est indigne d un Etat qui se dit de droit ! L agression contre les professeurs a detruit l espoir de voir un maroc sorti du tunnel des tenebres.
Les pinochets sont toujours aux commandes , ce qui sabote le changement , ce n est plus un secret !

3.Posté par DR IDRISSI MY AHMED.. le 10/01/2016 17:01
Quel est votre lecture et votre avis , celui de millions de parents d'élèves et d’enseignants, je le suppose conforme au mien ! Sonnés et désarçonnés !


Blessés et outrés, ils ont du se mettre de chair et de cœur, à la place de ces stagiaires, rudoyés et malmenés.

Ce n'est pas qu'ils aient raison ou tort dans leurs dossiers, ou leur manière d’interpeller le gouvernement ! C'est le climat terroriste et fanatique, autour de nous, qui a fait que pour les '' gérer'' par la Sécu, les policiers ont eu la main trop lourde ! Or, ce n'est pas parce qu’ils s’appellent '' enseignants '' qu'il faut les faire saigner ! N’y-a-t-il pas d’autres manières, moins brutales et plus cool ? Des consignes plus apaisées et plus aisées, évoluées, démocratiquement !

Avant, les pères qui plaçaient leurs bambins à l'école coranique disaient au fqih du quartier '' Inta debah, we ana nasslakh ! ''

Il y a 15 jours, ma petite fille de presque 7 ans m'en a voulu de l’avoir écarté d'une petite tape, de mon clavier. Nour m'avait alors rétorqué : '' Et les droits des enfants, qu'est-ce que tu en fais ? Tu n'as pas le droit de me frapper ! ''Elle vient de me préciser ses mots à l’instant par un slogan scolaire. Un pensum : ‘’ Il ne faut pas me frapper, ça fait partie des droits de l’enfant.’’ Entendu !

C’est à croire que vu de l’optique de la police, vis-à-vis des foules rangées, avec ou sans autorisation, menaçantes ou pas, que cette police pense un peu, comme moi. « Heya eddir lebsalla , we zeâama , we tanee gour, ila baêd’tiha , be chi dréba! »… Mais là, concédons-nous un fait libérateur. Disons-leur que si El Basri est mort, qu’il ne faut pas le réveiller ! C’est contreproductif ! Et que ses méthodes de gestion, plombées sous le caveau, ont été revues à la douce, depuis !

N'étant pas dans cette ‘’maîtrise lourde des maîtres’’, je ne sais, si j'étais responsable, policier, parlementaire ou ministre, comment j'aurais agi et réagi à la crise.

Comment gérer la post-crise, alors, sans en gêner encore le Palais ? Par d’éventuels dégâts collatéraux, inhérents aux risques sécuritaires ! Ceux du maintien de l’ordre, coûte que coûte et d’apaiser le peuple en rassurant les citoyens.

Aller à table ou simplement être honnêtes avec les courageux instits. Ces hommes qui façonnent les autres ! Ces enseignants dont notre tradition professe : ‘’ L’instituteur a failli être un prophète ’’!

Qu’ils n’oublient pas nos protecteurs policés le tribut payé par les tunisiens pour quelques œillets versés au dit printemps arabe !

Quel printemps ? Quand on sait le chaos des peuples éclatés pour des riens ! Des mots arrogants, des actes belliqueux, des cris mobilisateurs et des critiques et des soulèvements déclenchés de loin.

Des acteurs meurtriers, instrumentalisés politiquement, impulsés de l’étranger, qui déchirent l’Orient et répandent le sang et les populations fugitives, vers la mort et la fuite, éclatés entre la misère et la haine, s’ils survivent !

Il faut se remettre dare-dare, ‘’au travail, 22 heures par jour’’ ! Leur rendre leur estime de soi, visiter les blessés. S’acquitter de leur donner leurs ‘’ 2 francs’’ avec tous les égards. Rendre justice à l’endroit de ces enseignants, sans plaisanter, dont on sait le besoin pour revoir les cursus et les langues, versatiles ou vestigiales, de notre patchwork d’enseignement.

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