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Le Traité d’Istanbul met Benkirane en porte-à-faux


Les Etats appelés à agir avec diligence contre la violence à l'égard des femmes



Le Traité d’Istanbul met Benkirane en porte-à-faux
     C’est vendredi dernier que le Traité d'Istanbul, premier texte du genre visant la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, est entré en vigueur. L’occasion de soulever un phénomène qui ne peut être ignoré, une pratique répandue dans notre société et aussi une réalité qui a un coût économique et social. 
Entre Abdelillah Benkirane, secrétaire général du PJD - et chef du gouvernement -, qui «dénigre» les femmes et Thorbjorn Jagland, le secrétaire général du Conseil de l'Europe, qui défend bec et ongles les femmes en lançant un appel « à tous les Etats à agir maintenant afin d'améliorer la vie des nombreuses femmes et filles qui sont victimes de violences », on peut dire que le la est donné. En effet, ce dernier a adressé un message vidéo encourageant les Etats membres qui ne l'ont pas encore fait à signer et ratifier la Convention sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique.
Elaboré par le Conseil de l'Europe, ce traité, ouvert à la signature dans la ville d'Istanbul il y a trois ans, oblige les Etats qui l'ont ratifié à prendre des mesures spécifiques pour lutter contre toutes les formes de violence à l'égard des femmes, notamment par la formation des professionnels qui sont en contact étroit avec les victimes, le lancement de campagnes régulières de sensibilisation, l'inclusion dans les cursus pédagogiques des sujets tels que l'égalité des sexes et la résolution non violente de conflits dans les relations interpersonnelles, l'élaboration des programmes thérapeutiques pour les auteurs de violence domestique et les délinquants sexuels, le travail avec des ONG et l'implication des médias et du secteur privé dans l'élimination des stéréotypes de genre et dans la promotion du respect mutuel. 
Que de bonnes résolutions et desseins projetés qui font même pâlir de jalousie bon nombre de nos concitoyens et concitoyennes qui n’ont pas encore accusé le coup des propos de Benkirane (à titre d’exemple quand il a traité, dernièrement, les femmes marocaines de «lustres») à l’encontre de la femme.
D’aucuns diront que Benkirane  a la poisse avec ses sorties démesurées et «non maîtrisées», mais les plus avertis savent pertinemment que quand les mots dépassent la pensée, c’est toujours trop tard. Le mal étant déjà fait et la triste vérité est dite. Un houleux débat a été déclenché suite aux propos de notre Benkirane, ce qui a suscité, et à juste titre, plusieurs réactions. L’on imagine, par conséquent, que les répliques de nos concitoyens en cas de maltraitance se doivent d’être plus renforcées. Que nenni! L’on ne se bouscule pas au portillon pour défendre la femme en tout cas ! Effectivement, l’état des lieux de la situation d’après la dernière enquête nationale du Haut-commissariat au plan (HCP) sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes dévoile l’horreur des chiffres tragiques et résultat des courses: du chemin reste à parcourir. Que la prise de conscience collective reste encore à poindre.    
En effet, selon le rapport de 2009: «Près de 8,7% des femmes âgées de 18 à 64 ans (827.000 femmes) ont été exposées, au moins une fois, à un acte de violence sexuelle avec attouchement au cours des 12 mois précédant l'enquête nationale. Ce taux est de 9,8% en milieu urbain et de 7,1% en milieu rural».
Des interrogations fusent par conséquent, les Marocains sont présents pour scander haut et fort leur désapprobation mais ils sont absents pour admettre que la femme n’est pas juste la cinquième roue du carrosse et qu’elle fait même partie intégrante de la société, qu’on le veuille ou non. On lui doit le respect et la reconnaissance tout court. Et surtout ne pas tomber dans l’impair à l’instar du vice-Premier ministre turc Bulent Arinç qui a suscité une polémique sur les réseaux sociaux du pays en affirmant lundi dernier «qu’une femme doit conserver une droiture morale, elle ne doit pas rire fort en public». Et d’ajouter: "L'homme doit être moral, la femme aussi, elle doit savoir ce qui est décent et ce qui ne l'est pas. Qu'est-il advenu de ces femmes qui rougissent légèrement, baissent la tête et détournent le regard quand on observe leur visage, représentant ainsi un symbole de chasteté?" 
Ce discours a provoqué un tollé et la plupart, hommes et femmes, sont indignés. Voilà qui n’a pas, au moins, laissé de marbre les Turques. Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ces hommes à ne pas savoir ce qu’ils veulent au fond ?! Un retour en arrière, à l’époque où la femme ne pouvait même pas dévoiler son visage et encore moins s’exprimer ou qu’elle participe au développement politique, économique, sociétal et culturell d’un pays?
Mais comme dit le dicton: «C’est les petites rivières qui font les grands fleuves», et heureusement que des personnalités émergent du lot à l’instar de la présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), Anne Brasseur qui a déclaré à Strasbourg, que la Convention d'Istanbul consacre l'ensemble le plus avancé et le plus complet de normes internationales en matière de lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique et qu'elle constitue une "pièce maîtresse du système de protection des droits de l'Homme".
L'objectif de ladite conférence, avec la participation des organisations internationales, des Etats (dont le Maroc) et de la société civile, vise à mettre en évidence l'approche globale qu'elle applique à la lutte contre la violence à l'égard des femmes et à encourager les Etats membres et les autres Etats ayant participé à l'élaboration de la Convention à la signer et à la ratifier.
Vivement que le Maroc suive le pas! Mais au-delà de ce vœu, il est des réalités qui risquent de coûter cher à notre pays, si elles ne sont pas prises à bras-le-corps.
 
 
 
 

Meyssoune Belmaza
Lundi 4 Août 2014

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