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“Larmes de sang” de Khatiba Moundib

Graver poétiquement le deuil sur le sable




“Larmes de sang” de Khatiba Moundib
« Je suis fou de mes sœurs !
Voilà ce que tu répétais souvent !
Et sans la foi en Dieu,
La folle de toi que je suis, 
Le serai devenue vraiment ! »
Ces vers expriment, intensément, la teneur de la voie poétique empruntée par Khatiba Moundib. Dévoilent, pudiquement mais avec force, les timbres de sa voix poétique. Ils reflètent, pour ainsi dire, l’essence de ses voie et voix poétiques proposées dans l’actuel recueil. Synthétisent son état de « rêveuse sacrée(…) qui parle à son âme » (Victor Hugo), ses états d’âme qu’elle grave, poétiquement, sur le sable foulé, tant et tant d’aurores, par un être cher disparu ; un de ses êtres rares que vise Alphonse de Lamartine en prophétisant : « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ».
Embrasser la parole poétique pour ne pas sombrer dans la folie, telle est la démarche philosophique, scandée en vers et traduite en rythmes harmonieux ajustant sens et sons, de Khatiba Moundib. Et pour cause !
Souvenons-nous. En ce 16 mai 2003, l’image idyllique d’un Maroc idéel imprégné par la tolérance et par un islam modéré, un islam du juste milieu,  explose. L’abjecte ignominie des ténèbres a frappé Casablanca. En quatre lieux différents, dont la Casa d’España, l’explosion est autant physique, broyant la chair et le sang, que symbolique : « La nuit/ Étale ses ailes/ L’espace/ Revêt son manteau/ Noir/ Le jour/ Lui cède le pouvoir ». 
Ce vendredi-là, bien que le Hadith aurait dit : « Le jour du vendredi est le maître des jours, le plus important auprès de Dieu », Abdelkrim, le Grand, l’humaniste, l’intellectuel, le cinéphile, le J’didi citoyen du monde, le frère de Khatiba, notre ami et initiateur à des géographies créatrices innovées et innovantes, était à la Casa et fut foudroyé par les déflagrations de la haine, l’indescriptible haine de la vie.
Sombrer dans la folie ? Ou résister malgré la perte, la douleur, le déchirement, « le fiel/ de la séparation éternelle  »?
Khatiba Moundib opta pour la voie de la résistance. Y alliant action associative et parole poétique. C’est pourquoi son recueil est aussi, ou plutôt fondamentalement, un acte de résistance. Contre le silence que veulent imposer les apôtres de l’obscurité. Contre l’oubli. Contre une certaine pensée « culturellement correcte » bercée par l’illusion selon laquelle la page de la terreur aveugle, sanglante et ensanglante, est tournée. Contre « L’irréparable qui trône », « La douleur (qui) électrocute et tétanise ».
Poésie de résistance aussi pour les veuves. Les mères. Les proches. La progéniture. Autant d’êtres qui traversent les textes de Khatiba. Les habitent. Les font vivre. Mais également résistance pour ancrer l’espoir en l’avenir. Les menus plaisirs de cette vie qu’Abdelkrim aimait, pardon aime car il n’est jamais parti, et que ses bourreaux détestent et détestaient.
Un recueil à consommer sans modération. Car en lui se dévoile le plaisir du texte, malgré l’amertume omniprésente, les mots terriblement tristes, les larmes devenues lettres, les cicatrices métamorphosées en vers.
Se souvenir d’Abdelkrim, l’honorer, le saluer à chaque lever du soleil, lui emprunter un livre ou un film, continuer à marcher à ses côtés sur la plage jdidie, à rêver en compagnie de ses analyses, toujours pertinentes et non conventionnelles, d’un Maroc généreux pour l’ensemble de ses enfants, leur garantissant des horizons dénués d’obscurité et d’obscurantisme, c’est continuer à vivre poétiquement. En cela aussi l’appel contenu dans les poèmes de Khatiba Moundib est essentiel. Il nous faut l’entendre après avoir été bercé par les envolées lyriques de son corpus, la musicalité enivrantes de ses vers :
« Ecrire
C’est faire jaillir
Cette eau
Parfois trouble
Parfois limpide
De votre fontaine
Intérieure ».
Les cicatrices indélébiles de Khatiba Moundib enfantent, en se gravant poétiquement sur le sable, un message de résistance et d’espoir, même si  en ce vendredi noir, vers 22 h, « les fleurs du printemps sont devenues noires...» 
 
 
Ce recueil sera présenté 
et dédicacé aujourd’hui 
vendredi 29 mai courant, à la salle de la mairie 
d’El Jadida à 16h 30. 

Said Ahid
Vendredi 30 Mai 2014

Lu 481 fois


1.Posté par benhammou le 30/05/2014 16:15
Nous pleurons avec Elle tous nos chers disparus ce jours voilé de tristesse et d'amertume.Et avec Elle ;nous résistons contre ces ombres noires qui n'ont dans le cœur que faucher la vie des innocents.

2.Posté par Moulay Said Cherlaoui le 11/12/2015 18:35
Pour Krimou, Allah Karim wa Ya Hibo Kouramaaa

Sur ton sol tes pleurs et tu n'es point seul
au delà de ton espace et de tes ombres
se dessinent nos coureurs et le froid de notre cœur

par le bruit furtif de leurs pas glissant les larmes de tes plaintes courant a travers les bruissements d'un seul pleureur notre mémoire

pour nous la nuit et le jour devient une course contre la montre
dans ton image s'effleure ceux qui nous ont précédé avant l'heure

Rahimaka Allah wa Ghafara Lak wa Koula Sabikouna Ya Arhama Rahimine

Said El Mansour Cherkaoui Tous Droits Résérvés

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