Mette Frederiksen : Une dirigeante tenace très soucieuse de son image


Libé
Vendredi 27 Mars 2026

Mette Frederiksen : Une dirigeante tenace très soucieuse de son image
Elle tient tête à Donald Trump et relate sa vie sur Instagram : Mette Frederiksen, qui entend garder son poste de Première ministre du Danemark, s'est appuyée sur sa stature internationale tout en jouant la proximité pour convaincre ses concitoyens.

Son parti a enregistré son plus mauvais résultat aux élections législatives danoises en plus d'un siècle et pourtant, la sociale-démocrate est jugée la mieux placée pour conduire une nouvelle coalition à la tête du Danemark.
Sur le Groenland, Mette Frederiksen s'est non seulement illustrée face à Donald Trump mais a su bâtir une relation de confiance avec les dirigeants locaux 
"Je suis toujours prête à assumer les responsabilités de Première ministre du Danemark pour les quatre prochaines années", a dit Mette Frederiksen à l'issue de la soirée électorale.
A 48 ans, cette femme d'appareil est avant tout l'incarnation de la sociale-démocratie acquise à la rigueur migratoire pour défendre l'Etat providence.

"Le Danemark est une communauté sûre, fondée sur la confiance, qui repose sur de fortes valeurs", peut-on lire dans son programme.
"Et nous devons distinguer entre ceux qui peuvent et veulent (appartenir au) Danemark, et ceux qui ne le veulent pas."

Mais Mette Frederiksen ne veut pas seulement incarner l'autorité.
Elle aime cuisiner et surtout le montrer sur Instagram où elle véhicule l'image d'une dirigeante accessible prête à se lever tôt le dimanche pour réaliser des petits pains pour sa famille.

Au plus mal dans les sondages après les élections municipales de novembre où son parti est arrivé seulement deuxième - perdant près de la moitié des municipalités qu'il contrôlait, dont celle de Copenhague - cette dame de fer a regagné en popularité début 2026 au moment de la crise au Groenland.

Réaffirmant la souveraineté du royaume du Danemark, et en particulier du Groenland, elle a tenu tête à Donald Trump qui convoite le territoire autonome danois pour, dit-il, des raisons de sécurité nationale.

C'est "une figure qui rassemble dans un monde plein d'insécurité, et les Danois sont anxieux, il y a le Groenland, l'Ukraine, les drones" qui ont survolé le pays scandinave, a expliqué à l'AFP Elisabet Svane, analyste politique auprès du quotidien Politiken.

Issue d'une famille sociale-démocrate de longue date, fille d'un ouvrier typographe et d'une assistante maternelle, Mette Frederiksen reste populaire.
Elle bénéficie aussi de l'absence d'un concurrent charismatique, Troels Lund Poulsen, patron des Libéraux, n'ayant jamais vraiment décollé dans les sondages.
 
Aucun successeur identifié
 
Députée depuis ses 24 ans, en 2001, Mette Frederiksen a pris en 2015 la tête de la plus grande formation politique danoise, à la faveur du départ d'Helle Thorning-Schmidt, première femme Première ministre du pays battue aux législatives.
Ancienne ministre de l'Emploi puis de la Justice, cette mère de deux enfants aujourd'hui jeunes adultes a réussi à unir son parti sans jamais être sérieusement contestée.

Aujourd'hui encore, la presse est en mal de nommer un potentiel successeur.
"Il n'y a pas de véritable prétendant, pas de prince héritier au sein du parti, donc la situation actuelle augmentera les luttes de pouvoir internes", a estimé Christine Cordsen, analyste auprès de la télévision publique DR.

A la tête d'un premier gouvernement minoritaire exclusivement social-démocrate entre 2019 et 2022, cette acharnée de travail, souvent méfiante envers la presse étrangère, a d'abord mené avec succès la bataille contre le Covid-19.

Elle a cependant trébuché sur la "crise des visons": l'abattage qu'elle a ordonné pour raisons sanitaires de l'énorme cheptel d'animaux à fourrure du pays s'est avéré illégal.
"Après cette crise, elle a su rebondir", a noté Elisabet Svane.
 
Son deuxième mandat est marqué par un tour de vis migratoire en matière de politique intérieure pour contrer la poussée de l'extrême-droite, parallèle à un plus fort engagement international avec un inébranlable soutien à l'Ukraine et un effort financier en matière de défense.
Sur le Groenland, elle s'est non seulement illustrée face à Donald Trump mais a su bâtir une relation de confiance avec les dirigeants locaux.

"Elle a toujours été très bonne sur le Groenland", a relevé Ole Waever, professeur de sciences politiques à l'Université de Copenhague. "Avant même les ambitions d'annexion de Trump, elle parlait du Groenland avec plus de respect et de compréhension que la plupart des hommes politiques danois jusqu'à présent".

"Pour le Groenland, ce n'est pas une mauvaise chose qu'elle continue", a-t-il dit.


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