Les enseignements du Guide pratique du court-métrage


Moulay Driss Jaïdi
Jeudi 7 Mai 2026

Les enseignements du Guide pratique du court-métrage
Le cinéma est un art exigeant, mais il est aussi accessible. Avec une caméra, une équipe réduite, et surtout une histoire à̀ raconter qui vient de vos tripes, vous pouvez créer quelque chose de mémorable
(L’auteur)

C’est avec un grand plaisir que j’ai lu le livre de Abdilah Zirat, Guide pratique du court-métrage, ouvrage riche en conseils mais aussi en enseignements, tirés de sa propre expérience professionnelle.
Le sous-titre de l’ouvrage, Leçons de terrain pour jeunes cinéastes marocains, instruit le lecteur quant à l’orientation à prendre ; il s’agit d’une rupture avec les cours théoriques dispensés dans les instituts de formation, sachant bien que la réalisation d’un film suppose trois phases successives : la pré-production, la production et la post-production.

Plus qu’un simple manuel technique, l’ouvrage de M. Zirat entend faire bénéficier les apprenants, en matière de cinématographie, des expériences de l’auteur qui tire sa substance non des informations livresques cumulatives mais d’un outil de travail qui tire sa substance de la réalité du terrain, des « boires » et déboires qui ont émaillé son parcours et consolidé sa pratique. Il les met à la disposition du futur cinéaste pour qu’il soit édifié à ce propos. De prime abord, il focalise son attention sur le court-métrage, étape indispensable pour pouvoir affiner son travail et aspirer à plus. C’est ainsi qu’il suit un tracé, partant du simple projet initial à la production proprement dite et terminant par-là la question de la diffusion qui est souvent négligée dès le départ dans la conception d’un film. La rencontre avec les professionnels du secteur amènera le jeune cinéaste à se confronter à d’autres perceptions et donc à se repositionner dans le champ cinématographique.
 
Le pourquoi du film
 
A partir du moment où on formule cette interrogation, on élabore un objet clair nécessaire pour le cinéaste (à venir) qui doit se définir en tant que professionnel dans sa démarche, tenant dès le départ le fait qu’un court-métrage doit prendre en considération quatre caractéristiques : la concision, l’intensité, la liberté créative et l’universalité, sachant bien que le court-métrage s’énonce comme un parcours obligé pour les cinéastes qui ont fait leurs premières armes avec le genre avant d’ambitionner entreprendre des projets plus ambitieux.

C’est pourquoi la meilleure école reste la pratique qui, progressivement, permettra au jeune cinéaste de se confronter à la réalité du métier et d’expérimenter tous les aspects de la réalisation en maîtrisant bien sûr son objet film, affinant ainsi son regard, son rythme et la direction des acteurs. C’est ainsi que l’on arrive à se constituer une légitimité afin que le court réalisé serve de carte de visite.

L’auteur met l’accent sur un ensemble de paramètres à tenir en compte : le fait de raconter son histoire sans compromis, tester ses idées, créer avec les moyens du bord : Vous avez la passion, le reste c’est de la persévérance et de l’audace, écrit-il.
 
Ecriture visuelle et structuration

Dans le chapitre quatre, il s’attaque à l’importance du scénario réalisable qui doit s’assujettir aux moyens réels, à savoir le budget, l’équipe de tournage, le matériel engagé et le contexte local dans lequel le cinéaste est tenu de tourner, tout en contrôlant le casting.
 
La démarche pédagogique de M. Zirat commence dès le 3ème chapitre où il met l’accent sur l’importance de l’idée qui se base sur des critères solides, tout en étant visuelle, renfermant essentiellement un conflit tout en s’adaptant au format court, suivant la voie de la simplicité et de la clarté. A ce niveau, l’auteur suggère au futur réalisateur, dans sa phase d’écriture, de concevoir son film de privilégier l’image sur le dialogue car il s’agit avant tout de s’exprimer visuellement et d’éviter les situations de bavardage, le filmage théâtralisant et les redondances, tout en prenant en compte la chute, car elle est cruciale et détermine l’impact du film.

Pour la structure du film en trois actes, celle-ci fonctionne parfaitement pour les courts métrages, à savoir : la mise en place (Qui est le personnage ? Où sommes-nous ? Quelle est la situation de départ ?), le développement/conflit (Quel est le problème, l'obstacle, la tension qui fait avancer l'histoire ?), et finalement la résolution (Comment tout cela se termine ? Quelle est la transformation, la chute, le dénouement ?)
D’autres paramètres sont à considérer, il s’agit du choix de la langue qui est déterminant pour assurer l’ancrage des personnages, renforçant ainsi leur authenticité dans leur milieu social, des contraintes culturelles que souligne l‘auteur (mais qui peuvent, à notre avis, constituer une sorte d’autocensure préalable), et du réalisme des situations qui doivent être crédibles.

Au-delà de la phase d’écriture, la planification du tournage nécessite une bonne préparation qui exclut de facto toute forme d’improvisation. Le recours au plan de travail est central dans l’organisation des journées de tournage, d’où l’importance de la fonction de l’assistant-réalisateur qui consiste à anticiper les problèmes, optimiser le temps et coordonner les équipes.
 
Repérages, contrats et casting
 
Les autres chapitres définis par M. Zirat (six et sept) sont consacrés au repérage des décors, aux contrats, aux  autorisations de tournage, au casting, en amont, qui est considéré comme crucial puisqu’il faut lui accorder le temps et l’attention nécessaires. Le chapitre 8 se focalise sur la constitution de l’équipe. Les leçons prodiguées à ce propos sont des plus instructives pour éviter le syndrome du réalisateur-orchestre, attitude non professionnelle qui mène généralement vers la catastrophe. C’est pourquoi il faut assurer professionnellement les postes-clés (assistants, directeur de photo, ingénieur de son, régisseur général, scripte, chef décorateur /accessoiriste, chef costumier/maquilleur). Le chapitre 9 est réservé à la préparation technique et aux répétitions nécessaires pour pouvoir maîtriser sérieusement le bon déroulement de son projet, bien avant le tournage proprement dit (chapitre 10). Cette étape est cruciale car elle détermine la phase où le réalisateur est appelé à diriger les acteurs (chapitre 11).

Sur le plan technique, l’importance de la lumière est essentielle : elle ne s’improvise pas. Le son est fondamental : on est tenu d’éviter des erreurs fâcheuses, et ce par les tests, la prise en charge des sons d’ambiance, les bruitages en tournage et en post-production.

Au final, l’auteur s’attarde à la post-production qu’il faut anticiper dès les premières démarches. En homme averti, lui qui a retenu les leçons de certains de ses échecs, il prodigue des conseils aux futurs cinéastes, ne serait-ce que pour le court, et insiste sur la phase du montage. Pour lui, il ne s’agit pas de filmer mais de penser toujours au film dans son ensemble et surtout au montage. Le réalisateur doit intégrer cette phase dans sa préparation en amont (au niveau de l’écriture, puis du tournage) et doit finalement œuvrer avec son monteur (montage/mixage) qui est considéré comme un créateur aussi qui procède à réécrire le film, lui donner un rythme.
 
Diffusion et promotion
 
Les chapitres suivants constituent une mine d’or pour les futurs cinéastes, au vu des conseils de l’auteur, tirés de ses différentes expériences vécues sur le terrain.

En dernier lieu, il s’agit de prendre en charge la question de la diffusion, de l’intégrer dans le processus de création et donc de préparer pour la promotion de son film un bon synopsis, une fiche technique, une note d’intention, les photos du film, l’affiche, la typographie et l’usage de la langue. Tout cela s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de promotion tant au niveau national qu’international, à la télévision et sur les plateformes numériques. Et donc d’éviter les pièges de la course aux trophées qui ne doivent pas être visés comme le but final de toute action.

En bon conseiller, M. Zirat récapitule ses directives dans le chapitre final dans un effort de synthèse et de répétition à vertu pédagogique pour résumer toutes les idées avancées dans son précieux ouvrage, un outil de référence qui arrive à point nommé pour orienter nos jeunes cinéastes qui s’aventurent dans le domaine du cinéma. A ce propos, le court-métrage est une affaire sérieuse, et donc il faut l’aborder avec célérité.

Par Moulay Driss Jaïdi


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