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“Zéro Mika”, va cahin-caha

Après des débuts en fanfare, l’opération qui vise à interdire la commercialisation des sachets en plastique s’essouffle




 Apanage de la COP 22, les résolutions écologiques prises par le Royaume ont été nombreuses. Alors que certaines ont été couronnées de succès, d’autres ont pris du plomb dans l’aile. Notamment la loi n° 77-15 instaurant l’opération "Zéro Mika". Près d’un an après son entrée en vigueur, force est de constater que cette loi qui vise à interdire la fabrication, l’importation, l’exportation, la commercialisation et l’utilisation de cette manière, n’a pas encore porté ses fruits.
De prime abord, avec 6.800 tonnes de sacs incinérées, 57 entreprises produisant la solution alternative avec une capacité de production de près de 11 milliards de sacs (tissés, non tissés et en papier) par an, près de 2.500 opérations de contrôle qui ont permis de constater quelque 11.142 infractions et plus de 430.000 opérations de sensibilisation, on pourrait croire que les multiples efforts gouvernementaux et associatifs d’éradication, de contrôle, de mise en place d’alternatives et de sensibilisation des consommateurs ont réussi à venir à bout de cette calamité. Que nenni !
Phénomène encouragé par une habitude ancrée, les sacs en plastique sont toujours présents dans notre quotidien et le "Mika" a toujours des adeptes. La prise de conscience du consommateur marocain quant à la nocivité de ce produit reste à prouver. A contrario, le mal qu’il éprouve à s’en défaire ne l’est plus. A y regarder de plus près, il paraît clair que la balbutiante naissance d’une conscience environnementale nationale ne fait pas le poids face à la fidélité du consommateur pour cette matière. Le pullulement des intervenants : industriels, petits fabricants informels, petits et grands commerçants et consommateurs, mène l’interdiction puis l’éradication des sacs en plastique sur un chemin cahoteux.
Non biodégradables et considérés comme allégorie d’une société de consommation favorisant le jetable, les sachets en plastique dotés d’une durée de vie qui peut aller de 100 à 400 ans, jusqu’à plusieurs siècles quand ils sont envasés ou enfouis dans le sable, impactent gravement notre environnement. Difficile à concevoir, mais la persistante durée de vie du ‘’Mika’’ met en danger la survie aussi bien des animaux, des végétaux que des humains.
Pour preuve, sur terre, en détournant 4% de la consommation annuelle de pétrole, une ressource fossile non renouvelable dont la production mondiale stagne, et alors qu’il est avéré que 8,7 sacs en plastique contiendraient assez d'énergie en pétrole pour permettre à une automobile de parcourir un kilomètre, leur production est grandement vorace d’eau et émet des gaz à effet de serre responsables du changement climatique.  
Emportés par le vent, les inondations et cours d'eau vers la mer, les sacs en plastique comptent pour une grande partie des déchets. D’une part, il y a ceux qui sont ballotés par les vagues ou contre les rochers et finissent par se fragmenter en microplastiques puis potentiellement en nanoplastiques, et d’autres par ceux qui colonisent les fonds marins. En formant une opaque barrière empêchant l’acheminement de la lumière, vitale à la photosynthèse des organismes végétaux et éminemment nuisible au développement des plantes aquatiques, c’est tout un écosystème qui est perturbé.
Le Mika et ses impacts environnementaux dévastateurs mettent en danger nos vies au même titre que celles des générations futures, et nous plongent dans une longue et lente agonie. Le laxisme et la mansuétude inhérente à cette pratique doivent faire de façon urgente et impérative, place nette à une prise de conscience environnementale et collective. Atteindre cette plénitude donnerait ses lettres de noblesse à l’opération "Zéro Mika" et à la loi qui la régit.

Chady Chaâbi
Jeudi 2 Novembre 2017

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