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Youssef Fahmi : Tous les établissements de formation professionnelle doivent être accrédités




Président de l’Association marocaine des
établissements de formation aéronautique, membre
du Comité régional interprofessionnel des métiers,
Youssef Fahmi nous dresse un état des lieux
du secteur touristique et de la formation
de ses ressources humaines.

Libé : Un certain flou, nous semble-t-il, caractérise le secteur de l’éducation-formation.  Parents et étudiants ne peuvent, en effet,  distinguer les bons établissements privés d’enseignement des moins bons. Les abus de langage s’ajoutant à un déficit d’informations, ils n’arrivent plus à se retrouver entre écoles dites autorisées, accréditées ou reconnues et sur la valeur des diplômes qu’elles délivrent.  Qu’en pensez-vous ?
Youssef Fahmi : De fait, cette classification, les établissements d’enseignement privé ne l’expliquent pas clairement à leurs étudiants quand ils débarquent pour s’inscrire en première année. Généralement, leurs annonces publicitaires entretiennent le flou et induisent en erreur les nouveaux inscrits, en leur faisant miroiter nombre de mirages. Ainsi, l’étudiant ne se rendra compte de la réalité des choses qu’après avoir déboursé les frais d’inscription et de scolarité du premier trimestre, en plus, bien entendu, des charges occasionnées par le choix de l’établissement en question.
Il est donc important de rappeler, à chaque fois, que pour avoir simplement pignon sur rue, c’est-à-dire procéder à une ouverture physique et juridique, tout établissement privé doit être officiellement autorisé à le faire.
Pour être accrédité par l’Etat, une autre procédure doit être diligentée en vue de sanctionner une reconnaissance de la qualité de l’enseignement et de la formation de l’enseignement qui y est dispensé.
Lorsque toutes ses filières sont accréditées, celui-ci a la possibilité de demander sa reconnaissance par l’Etat. Il s’agit d’une reconnaissance de la qualité de l’établissement qui induit que ses diplômes pourront être reconnus équivalents aux diplômes nationaux.
Les choses paraissent ainsi fort simples, mais elles ne le sont pas. Aussi, est-il temps de pousser l’ensemble des établissements existants à se faire accréditer, ce qui aura au moins l’avantage de permettre aux étudiants de bénéficier de cursus d’un niveau acceptable et aux établissements d’enseignement privé de pouvoir se livrer à une saine concurrence pour améliorer leur offre pédagogique.

Que doit-on faire, selon-vous, pour adapter la formation aux nécessités du marché de l’emploi ?
Comment adapter la qualité et les flux de formation professionnelle aux besoins économiques ? Avec quels diplômes, quel rôle des entreprises, quel pilotage par l’Etat, quelle importance de la formation générale, quelle place pour l’apprentissage?
Ces questions, d’une importance cruciale dans un contexte de crise qui se traduit dans de nombreux pays par de grandes difficultés d’insertion des jeunes à la fin de la formation initiale, interpellent partout les décideurs, avec une plus ou moins grande intensité selon les contextes.
Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, garantir l’égalité des chances et les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie constituent des défis prioritaires que les politiques publiques d’éducation et de formation doivent relever.
Dans cette perspective, le rôle particulier que sont amenés à jouer l’enseignement et la formation techniques et professionnels pour assurer la meilleure transition possible entre éducation, formation et emploi n’est plus à démontrer.
La question de l’employabilité des jeunes s’impose donc comme finalité des systèmes de formation et rend nécessaire la compréhension des stratégies et des processus organisationnels qui permettent à chaque individu de s’orienter, acquérir par la formation des compétences de vie et pour l’emploi, construire un projet personnel et professionnel, faire reconnaître à chaque étape les acquis en situation formelle ou non-formelle d’apprentissage.
Notre responsabilité, à nous tous, en tant que pédagogues est de nous y pencher avec sérieux, constance et responsabilité.

La formation professionnelle semble avoir le vent en poupe actuellement. Qu’en est-il réellement ?
La formation professionnelle au Maroc a été revalorisée sous l’effet d’une triple contrainte démographique, économique et sociale. La situation des cursus qui n’étaient pas spécifiquement orientés vers étaient minés par un vrai problème d’adéquation entre les formations proposées  et les besoins d’un secteur privé où les ressources humaines constituent un facteur clé de la compétitivité. Lequel secteur privé se trouve confronté à des marchés en constante évolution et à une concurrence internationale de plus en plus vive.
Les politiques et systèmes nationaux de développement des compétences se sont donc efforcés de répondre aux besoins immédiats du marché du travail en matière de compétences et d’améliorer la productivité et la compétitivité dans les secteurs cruciaux pour la réalisation des objectifs nationaux d’emploi et de développement.  Avec, néanmoins des points de force et des faiblesses.
La faiblesse du cadre institutionnel de la formation professionnelle participe du fait qu’on ne l’a pas généralisé à tous les niveaux, surtout universitaire, mais sa force tient au fait qu’il permet  d’orienter les jeunes vers les métiers porteurs et à forte demande en main-d’oeuvre qualifiée, d’où un taux d’insertion élevé.
En outre, l’ingénierie du système de la formation professionnelle a profondément évolué avec la mise en œuvre progressive, depuis l’aube des années 2000, de l’Approche par compétences (APC), qui a induit des changements majeurs dans la planification, la gestion, la mise en œuvre et l’évaluation de la formation.
En quoi consiste cette approche ?
C’est une méthodologie ciblée dans la mesure où elle fixe un référentiel de compétences à atteindre vers la fin de la formation dans un poste de travail bien déterminé.
Dans le processus enseignement/apprentissage, cette approche permet à l’élève d’acquérir des compétences durables susceptibles de l’aider dans son parcours éducatif et dans la vie quotidienne. Elle met l’accent sur tous ce qui est fondamental afin de garantir une meilleure transmission des savoirs. L’APC devient ainsi la base pédagogique de tous les constituants de l’enseignement et les actions et réflexes de l’apprenant sont considérés comme la principale source de son apprentissage. L’APC vise aussi à mettre l’apprenant au  centre du processus éducatif pour lutter contre son échec.
Elle conçoit la compétence comme une combinaison de connaissances fondamentales, de capacités à mettre en œuvre dans différentes situations, mais aussi d’attitudes indispensables tout au long de la vie.
En effet, une compétence ne s’enseigne pas, elle se construit, se structure, se nourrit ou s’enrichit de l’acquisition de connaissances, de capacités et d’attitudes choisies pour répondre aux besoins d’apprentissages et elle s’édifie et se consolide progressivement tout au long du parcours de l‘élève.
Un  travail par compétences donne donc du sens aux apprentissages  tout en permettant de valoriser les réussites de l’élève et le rendre acteur de sa formation et en le renseignant sur ce qu’il a acquis et ce qui lui reste à acquérir.
L’APC permet aussi à l’élève en difficulté de s’appuyer sur des réussites, sans lesquelles il lui est très difficile de trouver du sens à ce qu’il fait en classe et encore plus de se construire un projet de formation. Elle permet également aux enseignants d’avoir une connaissance plus pointue des acquis et de leurs difficultés, de mieux cibler ce qui manque à l’élève pour acquérir la compétence idoine et donc de faciliter la mise en place de la différenciation pédagogique. Elle crée ainsi du lien entre les disciplines et renforce chez les enseignants le travail en équipe pédagogique.

Le secteur touristique semble devenir de plus en plus demandeur de ressources humaines qualifiées. Qu’en est-il en réalité ?
Le tourisme occupe, en effet, une place de choix dans la structure économique et financière du Maroc. Véritable moteur de croissance, il impacte pratiquement nombre de domaines de l’activité économique.
Deuxième contributeur au PIB national et deuxième créateur d’emplois, il contribue largement à la création de richesses et à la diminution du chômage vu qu’il est un excellent pourvoyeur en emplois avec 507.000 emplois directs.
Le secteur offre donc et continuera à offrir de multiples opportunités de travail au cours des années à venir puisque, selon les opérateurs, notre pays enregistrera un besoin de 132.000 cadres spécialisés d’ici 2020, outre le fait que la demande  internationale en ressources humaines nationales ne  cesse de croître vu leur qualité et leur  professionnalisme.
Les ressources humaines sont, en effet, un élément prépondérant de la qualité et du contenu du produit touristique. Il y a une demande croissante de main-d’œuvre qualifiée à même de répondre aux exigences d’un environnement en constante évolution et de contribuer au renforcement de la compétitivité des entreprises touristiques.
Face aux changements et défis, les stratégies de gestion et de promotion de ces ressources tiennent donc une place aussi essentielle dans la logique de développement durable du tourisme que la mise en œuvre de stratégies visant la promotion  des compétences requises par une industrie touristique qui se mondialise à vue d’oeil.

Comment analysez-vous les tendances actuelles du marché de l’emploi ?
La mise en place d’une politique cohérente de l’emploi et de la formation est l’une des tâches prioritaires pour préparer le Maroc aux défis majeurs auxquels il se trouve confronté actuellement.
L’élaboration de cette politique suppose, toutefois, l’étude préalable des tendances de l’emploi afin de cerner les particularités de son évolution et de mieux identifier ses déterminants.
Néanmoins, la détermination de la question de l’emploi demeure essentiellement basée sur deux indicateurs: le taux de l’activité brut et la population active occupée et en chômage. Partant de là, la relation formation-emploi s’apparente souvent à une projection statistique, basée sur la théorie de l’offre et de la demande.
Or la question de l’insertion professionnelle des diplômés est à situer dans le contexte des mutations du système éducatif et celles du développement économique et social. Si l’on veut comprendre la dynamique de fonctionnement des systèmes de formation et du marché de l’emploi, il convient de donc procéder à des enquêtes empiriques auprès des lauréats des institutions de formation sur leur démarche concernant la recherche d’un emploi. Ce qui ne nous semble pas avoir été fait jusqu’ici.

Concernant le secteur touristique en particulier en quoi cela devrait-il se traduire concrètement ?
La Vision 2020 du tourisme vise à doubler le nombre des arrivées, hissant ainsi le Maroc parmi les 20 premières destinations mondiales, à créer 200.000 nouveaux lits touristiques à travers le Royaume et à multiplier par trois le nombre de voyageurs nationaux. Les recettes touristiques devraient être ainsi  portées à 140 milliards de DH en 2020, soit une somme cumulée sur la décennie proche de 1.000 milliards de dirhams. Mais sans la formation de compétences capables de relever ce défi, rien ne pourra se faire.
Cette Vision nécessite, en effet, la formation de 132.000 jeunes d’ici 2020, ce qui hissera le secteur au premier rang grâce à la création de 470.000 nouveaux postes et de près d’un million d’emplois indirects.
Le secteur offre donc de grandes opportunités d’emploi d’autant plus intéressantes que c’est une branche d’activité où les salaires deviennent de plus en plus attractifs vu la rareté des profils et le déficit enregistré en compétences.

Propos recueillis par A. Saaïdi
Mardi 20 Mars 2018

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