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Ydia, nouvelle victime du système de santé défectueux




Ydia, nouvelle victime du système de santé défectueux
De Tinghir à Fès … un voyage à haut risque pour une fillette de trois ans qui souffre d’une hémorragie interne. Bien avant son décès, Ydia demanda à son père dans sa langue amazighe limpide : «Papa, pourquoi sommes-nous ici, n’y a-t-il pas un hôpital à Tinghir?». La messe est dite !
Elle s'appelle Ydia et est originaire de Tinghir. Elle faisait le bonheur des siens. Elle ne savait pas qu’il était interdit aux enfants de son terroir de jouer librement. Car au moindre risque, cela pourrait leur coûter la vie. Ydia en a même payé le prix cher. Décédée mardi dernier au Centre hospitalier universitaire de Fès, elle avait aussi dévoilé les dysfonctionnements de tout un système de santé.  
Tombée alors qu’elle jouait dans son village aux Gorges de Toudgha, à une trentaine de kilomètres de Tinghir, elle fut vite évacuée  à l’hôpital le plus proche. Un scanner fut établi. Mais on n’a pas pu l’interpréter correctement en l’absence de médecins compétents. Le père d’Ydia l’a évacuée alors à l’hôpital Moulay Ali Chrif d’Errachidia. Un autre scanner a été requis mais en vain.
Et cette fois-ci, le médecin recommande à la famille de transférer la petite à l’hôpital Omar Dkhissi, à Fès. Mais encore faut-il disposer d’une ambulance, ce qui n’était pas possible. Le père fait appel à ses connaissances et il a fallu attendre l’arrivée d’une ambulance de la commune de Toudgha, à 170 km, pour ensuite faire un voyage de 350 km. Ladite ambulance n’était pas équipée de matériel médical.
A Fès, il était déjà trop tard. Les médecins du Centre hospitalier universitaire (CHU) découvrent que Ydia souffre d’une hémorragie cérébrale. Ils ont exprimé leur étonnement quant aux recommandations de leurs collègues d’Errachidia. Ainsi les citoyens de cette région se trouvent obligés de parcourir plus de 500 km pour se faire soigner.  Ydia ne pouvait-elle pas bénéficier des soins nécessaires dans une grande province comme Tinghir, ou dans la capitale de sa région Draâ-Tafilalet? Malheureusement, et même quand les équipements et matériels médicaux sont disponibles, encore faut-il trouver les profils nécessaires ! Dans ces conditions, les derniers mots de Ydia étaient révélateurs : "Papa, pourquoi sommes-nous ici, n’y a-t-il pas un hôpital à Tinghir ... et à Errachidia ?». Partie une fois pour toutes, Ydia ne voulait tout simplement pas que d’autres petits anges fassent tout ce long voyage … vers la mort!

Mustapha Elouizi
Vendredi 14 Avril 2017

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