Visa simplifié pour les Marocains diplômés de l'enseignement supérieur français. Devrait-on dire merci ?

Et tous les autres assujettis à des délais trop longs ? A des refus non justifiés et à des frais non remboursés ?


Hassan Bentaleb
Mercredi 19 Juin 2024

Bonne nouvelle pour les Marocains diplômés de l'enseignement supérieur français : ils auront désormais plus de facilités pour obtenir un visa. En effet, l'ambassade de France a annoncé récemment, via une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, que des créneaux horaires spécifiques et un traitement spécial seront réservés aux concernés. Si les dossiers sont complets, les demandeurs pourront obtenir un visa d'une durée de un à cinq ans.

Pour bénéficier de cette nouvelle procédure, il suffit de s'inscrire d'abord sur le site France Alumni Maroc avant de passer par le site France Visa où un formulaire doit être rempli. Ce formulaire orientera les demandeurs vers un centre TLS, et les pièces exigées sont également disponibles sur le même site.

Exploitation et chantage

Cependant, qu'en est-il de nos autres concitoyens, victimes des délais longs, des refus non motivés et des frais non remboursés ? En effet, de nombreux députés français ont avoué que les délais de procédure sont beaucoup plus longs qu'auparavant. Ils soulignent également les difficultés à obtenir un rendez-vous pour un visa et le coût de la démarche qui doit parfois être répétée lorsque le délai est dépassé. «Cela pose de nombreux problèmes, à commencer par la perte du billet d'avion réservé à l'avance pour en réduire le coût souvent très élevé, quand le visa n'est pas octroyé ou arrive trop tard. La réservation au milieu de la nuit ou le paiement de prestataires - pour un service pourtant gratuit - n'est pas ce qu'on attend du service public», constate Mme Conway-Mouret Hélène dans une question écrite adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en 2022.

Elle ajoute : «Pour accélérer la procédure, ces prestataires offrent un tarif progressif qui peut atteindre 300 euros, et des officines privées bloquent les créneaux disponibles sur internet et les revendent ensuite à des tarifs allant jusqu'à 500 euros. Dans certains pays, ces officines se sont installées près du consulat et récupèrent les personnes désespérées qui, pour des raisons professionnelles, familiales ou médicales, doivent se rendre impérativement en France. Ces services créent des inégalités d'accès aux visas entre ceux pouvant payer cette option et les autres qui ne le peuvent pas. »

Situation dramatique

De son côté, un rapport remis en avril 2023 au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer et à la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères par le président d'un géant des services du numérique, missionné pour proposer des améliorations pour la délivrance des visas dans les postes diplomatiques et consulaires, a insisté sur le caractère dramatique de la situation actuelle. « J'ai constaté que les hauts fonctionnaires qui m'accompagnaient ne s'attendaient pas du tout à une situation aussi critique. Tous les membres du corps diplomatique sont conscients et profondément affectés par ce qu'il faut bien qualifier de crise des visas. Sur tous les sites sans exception, nous avons constaté une insatisfaction générale, des demandeurs mécontents, des responsables frustrés et des services consulaires souvent épuisés. » Pour lui, «cette situation nuit durablement à l’attractivité et à la réputation de la France, en engendrant la mise en place d'officines qui profitent des défaillances des services offerts par la France… Il est profondément irréaliste de considérer que notre pays puisse se contenter de mobiliser des moyens constants pour aligner les priorités de sa politique et son dispositif de délivrance des visas. »

 Vœu pieux

Face à cette situation, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères a répondu le 8 décembre 2022 qu’«au-delà des rappels de nos postes sur le caractère gratuit de la prise de rendez-vous, plusieurs mesures de lutte contre la revente de rendez-vous par des intermédiaires extérieurs ont été mises en place pour rendre la préemption de rendez-vous difficile pour les officines (prépaiement des frais de service des prestataires de service extérieurs, blocage des adresses IP ayant pris de nombreux rendez-vous, information des demandeurs relative au fait que les rendez-vous sont disponibles gratuitement) ».

Cependant, ces mesures n'ont pas toujours eu les effets attendus, car le recours à ce type d'intermédiation pour les démarches administratives est très répandu dans certains pays et n'y est souvent pas illégal. À ce propos, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères se dit pleinement mobilisé pour réduire les délais de rendez-vous et de traitement dans les postes sous tension, notamment en déployant au sein des postes consulaires des missionnaires de renfort (titulaires instructeurs) et en optimisant leur organisation.

Le ministère a prévu, en outre, de se doter prochainement d'une cellule de soutien au réseau consulaire, comme annoncé par la ministre dans son discours aux ambassadeurs.
Ces recommandations sont restées lettre morte, comme en témoignent les longues files d'attente devant les prestataires chargés d'accueillir les dossiers de visa et l'impossibilité de décrocher un rendez-vous.

En septembre 2021, la France a décidé de réduire de 50% le nombre de visas accordés aux ressortissants marocains et algériens, et de 30% ceux octroyés aux Tunisiens. Cette décision a été justifiée par le refus de ces pays de rapatrier leurs ressortissants en situation irrégulière sur le territoire français.

Selon le département de l’Intérieur français, les ressortissants maghrébins se trouvent aux avant-postes des 10 premières nationalités concernées par les mesures d’éloignement actées en 2018, 2021 et 2022. Entre janvier et juillet 2021, l’administration ne serait parvenue à expulser vers le Maroc que 80 ressortissants entrés illégalement, sur les 3.301 obligations de quitter le territoire français délivrées par les préfectures.

Hassan Bentaleb


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