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Une prise de conscience mitigée

Les banques marocaines appelées à aller au-delà de leurs petits efforts pour prendre plus au sérieux les risques climatiques

Jeudi 18 Avril 2024

Une prise de conscience mitigée
Qu’en est-il de l’intégration des risques climatiques par les banques marocaines ? «Il y a des progrès mais il faudra encore du travail pour bien les incorporer dans leurs activités», c’est ce qui ressort du dernier rapport de la Banque mondiale (BM) sur l’évaluation des risques climatiques, physiques et de transition pour le secteur bancaire marocain. Une évaluation qui rappelle étrangement celle faite il y a quelques années par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui a révélé que le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) affiche une légère prise de conscience par rapport au sujet du risque climatique même si les opportunités de financement intégrées dans les activités économiques restent mitigées.

Progrès

Selon l’étude de la BM et sur la base d'une enquête menée dans le secteur bancaire (en juillet 2021), «des progrès ont été accomplis dans la prise en compte du risque climatique par plusieurs banques dans leur processus interne d'évaluation et d'adéquation des fonds propres (ICAAP). Certaines d’entre elles, en particulier celles qui sont multinationales, ont pris des mesures pour intégrer le climat dans leur cadre de gouvernance, par exemple en veillant à ce que le conseil d'administration soit impliqué sur les questions climatiques».

A noter, cependant, qu’«un nombre limité de banques divulguent des informations sur les risques climatiques, mais environ la moitié d'entre elles prévoient d'améliorer la communication d'informations sur la base du Groupe de travail sur l'information financière relative aux changements climatiques (GIFCC)».

S’agissant de Bank Al-Maghrib (BAM), le document de la BM  a identifié «la gestion des risques climatiques comme une priorité essentielle », comme en atteste la publication en 2019 d’une directive sur la gestion des risques financiers climatiques et environnementaux, qui donne des orientations de haut niveau aux banques.

«A l'avenir, BAM a l'intention d'élaborer des directives prudentielles plus détaillées en réponse aux risques climatiques, en particulier en ce qui concerne les tests de résistance et les rapports. BAM travaille également à l'intégration des risques climatiques dans les outils et pratiques de surveillance quotidiens, tels que leur évaluation dans le cadre du processus d'examen et d'évaluation prudentiel (SREP) de la BAM, conformément à sa directive sur les risques climatiques et environnementaux et à d'autres normes pertinentes, et l'intégration des risques climatiques dans les rapports de l'ICAAP».

Urgence 

En effet, cette intégration est jugée des plus urgentes vu l'impact des risques liés à la transition climatique sur le secteur bancaire. Selon les experts de la BM, «l'impact des risques liés à la transition climatique sur le secteur bancaire peut être gérable puisque le Maroc est un petit émetteur de gaz à effet de serre (GES). Néanmoins, les émissions nationales de GES sont en hausse (notamment dans le secteur de l'énergie), ce qui pourrait accroître l'exposition aux risques liés à la transition climatique à l'avenir».  Et d’ajouter: «Sur la base des émissions de GES et de l'intensité des émissions de GES des industries, les industries potentiellement sensibles aux risques de transition au Maroc pourraient inclure la production d'électricité, les transports, l'exploitation minière, l'agriculture, l'industrie manufacturière et les services publics. Et étant donné que l'Union européenne (UE) est le plus grand partenaire commercial du Maroc, les industries « sensibles à la transition » peuvent également inclure celles affectées par le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) de l'UE, telles que les industries associées à la production de ciment, d'électricité et d'aluminium».

Dans ce sens, le rapport a révélé que «l'exposition globale au crédit dans des secteurs définis comme fortement ou modérément sensibles à la transition représente 24,3 % du total des prêts et 43,6 % des prêts aux entreprises non financières (NFC). Les expositions sont les plus élevées dans le secteur manufacturier (9% du total des prêts), l'électricité (5% du total des prêts) et l'agriculture (4% du total des prêts). Alors que la plupart des banques ont une exposition de moins de 25% aux secteurs sensibles à la transition, quatre banques ont une exposition supérieure à 50%. L'analyse suggère que l'exposition aux risques de transition est concentrée dans les petites et moyennes banques qui ont des portefeuilles de crédit spécialisés ».

Incertitude

Toutefois, les experts de la BM soutiennent que «les conclusions quantitatives du rapport doivent être interprétées avec prudence, compte tenu des incertitudes et de la complexité de l'estimation des risques financiers liés au climat. Les impacts climatiques sur le secteur bancaire pourraient être sous-estimés en raison des incertitudes inhérentes à la modélisation des points de basculement climatiques. Il existe également des liens complexes entre les impacts macroéconomiques, financiers et climatiques (par exemple, l'interaction entre la transition et les risques physiques ou l'interaction entre le changement climatique et d'autres crises telles que la pandémie), ce qui pourrait amplifier les chocs sur le système financier».  Et de conclure que «de plus, l'absence de données granulaires et opportunes (p. ex, des données sur l'exposition financière et l'intensité des émissions de GES) et la diversité des approches de modélisation pourraient réduire la robustesse et l'exactitude de l'évaluation. L'évaluation se veut donc de nature exploratoire et devrait être mise à jour au fil du temps à mesure que la compréhension des risques climatiques s'améliore ».

Silence

A noter, toutefois, que le dernier rapport de la BM ne mentionne pas le bilan de la mise en place d’une feuille de route stratégique en 2014, par le GPBM, en partenariat avec Bank Al-Maghrib (BAM) et International Finance Corporation (IFC), et qui consiste à faire de l’intégration des effets du dérèglement climatique, entre autres, un levier, dans un premier lieu, de développement du secteur bancaire et, dans un second lieu, de sécurisation des investissements financés par l’intégration de l’analyse des risques environnementaux et sociaux dans l’analyse financière des dossiers d’octroi des crédits des clients et par la maîtrise de leurs impacts directs environnementaux, énergétiques et sociaux.

Le rapport reste silencieux concernant la prise de conscience des banques du GPBM de leur rôle stratégique dans la promotion et l’intégration des principes de développement durable en amont de la chaîne des valeurs des activités économiques et de la création des opportunités d’investissement.

Idem pour le sort de la commission responsabilité sociétale, créée par la GPBM ainsi que de la  commission finance durable inscrivant le développement durable et la lutte contre les changements climatiques au centre de son plan d’actions.

Hassan Bentaleb

Hassan Bentaleb

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