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Un guide pour prémunir les jeunes du suicide

“My Care” est téléchargeable sur le site de l’Association Sourire de Reda




Un guide  pour prémunir les jeunes du suicide
«Notre helpline a connu une augmentation des appels entrants de plus de 30% depuis le début du confinement avec un pic lors de la première semaine au cours laquelle l’association a enregistré le double des sollicitations habituelles », constate Meryeme Bouzidi Laraki. Pour la présidente de l’Association Sourire de Reda, les effets du confinement sur les Marocains et notamment les plus jeunes ne sont pas utopiques. Ils sont bel et bien réels et menaçants. Il n’en fallait pas plus pour convaincre les membres de l’association de rédiger un guide pratique pour aider les jeunes à affronter et tenir tête aux idées noires, conséquences du confinement et de ses conditions. Créé avec le soutien d’Honoris United Universities et en collaboration avec un groupe d’adolescents, ce livret numérique du nom de « My Care » est téléchargeable sur le site de l’Association Sourire de Reda.   
Le confinement n’est pas une partie de plaisir pour tout le monde. Cette différence est également prégnante en termes d’effets. C’est donc avec émoi que l’on pense à ces jeunes confinés avec une famille violente et maltraitante. « Il y a aussi ceux qui souffrent d’addictions et sont en sevrage forcé sans accompagnement psychologique, des jeunes porteurs de handicaps physiques lourds, vivant avec des troubles psychiatriques. Sans oublier les jeunes qui font face à la maladie ou au décès d’un proche sans pouvoir être auprès de lui dans ces moments difficiles », ajoute l’association fondée en 2009 dans un communiqué. 
De toute évidence, le guide « My Care » arrive à point nommé. D’autant que si l’on met de côté le confinement, qui est un facteur aggravant, les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé assurent que dans le monde, 48,9% des 15 ans et plus présentent un trouble mental telles l’insomnie, l’anxiété, la dépression. Au Maroc, on estime qu’un jeune sur cinq souffrirait de troubles mentaux. Un chiffre à prendre avec des pincettes. Quoi qu’il en soit, que ce dernier chiffre soit vrai ou non, le confinement exacerbe les troubles mentaux des jeunes souvent incapables de surmonter une telle difficulté car leur compréhension de la situation est souvent biaisée. « Ce livret numérique a pour vocation d’aider les jeunes à mieux comprendre ce qu’ils vivent pendant cette période de confinement en identifiant les émotions suscitées par la distanciation sociale », nous explique Meryeme Bouzidi Laraki. Puis d’ajouter : « Il a aussi pour but de leur apporter une série de recommandations et d’astuces pour traverser cette période dans les meilleures dispositions mentales possibles. »
Le livret en question paraît complet. Il éclairera certainement plusieurs zones d’ombre dans l’esprit de certains jeunes en mal de compréhension. On y traite de la vie familiale, du volet scolaire ainsi que de la gestion du temps. L’alimentation y a également une place prépondérante au même titre que les bienfaits des activités sportives et artistiques. Sans oublier le rapport aux réseaux sociaux. Un point très important à la lumière du temps passé par les jeunes sur Internet. Temps qui s’est multiplié avec le confinement au même titre que les risques de glisser dans les méandres du Net. Le cyber-harcèlement en est l’exemple le plus flagrant. Il peut mener à une détresse psychologique à l’instar de « la pression scolaire, le manque de visibilité sur les examens et les concours d’accès aux écoles et aux universités et l’isolement loin des amis », confie l’Association Sourire de Reda dans son communiqué. 
Ainsi, cette organisation qui œuvre depuis dix ans pour soutenir et venir en aide aux jeunes en souffrance estime que cette période est sans aucun doute encore plus propice aux idées noires et suicidaires. 
Les signes avant-coureurs ? Ils ne sont pas cryptés. Bien au contraire. D’après le Dr. Layoussifi Elkhansa, psychiatre addictologue au Centre d’addictologie du CHU Ibn Rochd et secrétaire générale adjointe de la Ligue pour la santé mentale :« Si un jeune commence à s’isoler, à préférer la solitude, à fuir ses amis et éviter toute discussion avec les membres de sa famille, les parents doivent se poser des questions. Tout comme quand leur fille ou leur fils manque de concentration quant à ses travaux scolaires, avec des résultats à la baisse ou ne mange plus correctement et commence à perdre du poids, à faiblir et à blêmir », nous explique-t-elle avant d’assurer qu’à ce moment « il y a sûrement quelque chose qui ne tourne pas rond chez lui ou chez elle. Et justement, la maman a un rôle important à jouer dans ce sens, puisqu’elle est douée pour constater et percevoir les changements de comportement de ses enfants ».
Effectivement, si les associations ont un rôle important à jouer pour ne pas en arriver à cet extrême qu’est le suicide, les parents ne sont pas en reste. Leur rôle est encore plus capital car ils ont des contacts réguliers avec leurs enfants contrairement aux associations.  

Chady Chaabi
Samedi 16 Mai 2020

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