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Suzy Solidor : La diva de la chanson à la voix d’ amour



Suzy Solidor : La diva de la chanson à la voix d’ amour
Après la grande dépression de 1914 à 1918, l’Europe entre dans une période de paix et de croissance économique où la bonne qualité de vie de l’ensemble des peuples de l’Europe est qualifiée de prospère. Il faut évoquer ici non seulement le progrès technique et économique mais aussi le climat général de l’art, dans lequel apparaissent les premiers signes de la révolution artistique : longue période de création initiée vers 1920, d’abord dans le domaine musical et littéraire, conjoncture favorable dans tous les domaines qui stimulent les activités artistiques, croissance des salons littéraires, des salles de concert, des salles de cinéma, des cafés, des brasseries, des boîtes de nuit, des cercles de jeu, des galeries d’art, des théâtres où les artistes présentent leurs œuvres.
L’ambiance artistique, qui a enrichi les gens de l’art, a contribué à les rendre libres, ce qui a libéré l’artiste du joug de la peur, de là s’est formée la grandeur des pays de l’Europe. C’est lors des années 20, 30 et 40 qu’écrire, peindre, composer, interpréter devient un métier. Tous les écrivains, les peintres, les musiciens connaissent des situations différentes, mais ils se rallient à certaines idées communes. Ainsi commence le temps de la paix, de l’amour, de la liberté. Cette époque révèle l’existence de l’homme libre, l’artiste libre. Les années folles dont Jean Cocteau souligne ainsi la portée : « On est libre de jouir d’une beauté humaine comme d’une œuvre d’art ».
Les années folles étaient l’époque des artistes libres et éclairés : Suzy Solidor en France, Marlene Dietrich en Allemagne, Sara Montiel en Espagne. Leurs chansons portent en elles la chaleur de l’art, l’esprit romantique, vivifiant de leur époque merveilleuse. On disait de ces divas :«Elles chantent dans l’amour ». Chez elles, on sentait nettement la nostalgie, la passion, la volonté de mourir afin de ne pas trahir leurs sentiments. Elles ont su refléter dans leurs œuvres la beauté et ont enrichi sans aucun doute la chanson romantique contemporaine. Aujourd’hui, la musique romantique et la chanson d’amour sont non seulement sans identité musicale, mais aussi sans capacité de rendre le plus sincèrement possible la joie et le bonheur.
Dans ce monde parisien des années folles, les gens de plaisir se rencontraient aux bars, aux bals et dans les boîtes de nuit où des idylles se nouaient discrètement. Suzy Solidor chante sa première chanson (Dans un port). Jeune chanteuse à ses débuts, elle avait connu la gloire sur la scène, de ses chansons et aussi de son talent. Femme vivante au visage de déesse grecque, d’esprit plus ouvert et d’âme élégante, les compositeurs et les peintres étaient impressionnés par elle. De longues années, Pablo Picasso, Man Ray, Jean Cocteau, Francis Picabia, Tamara de Lempicka, Raoul Dufy, Maurice de Vlaminck, entre autres, ont fait des centaines de portraits de Solidor. Pour les critiques, Solidor était « la femme la plus représentée de son temps ».
Aussi, après la guerre, à peine âgée de vingt ans, ayant fait la connaissance des artistes de l’époque, passionnés comme elle de musique, elle forma une troupe d’artistes qui donna ses concerts d’abord au cabaret (Le Brummel). Cette période vit la gloire de Suzy Solidor, son intention se porte vers la chanson d’amour dont elle saisit parfaitement les secrets, ainsi que le rôle émotionnel. C’est ainsi que pendant ces années, Suzy Solidor parcourut les lieux de spectacle de Paris où elle chanta (Ouvre), (Tu me plais), (Partir avant le jour), (Une femme), (Quai de Paris), (La fille des bars), (Escale), (La java au clair de lune), (J’écrirai), (La foule), ( L’amour commande), (L’inconnu de Londres), (Les filles de SaintMalo), (Mon secret), (La brume), etc. Quelques années plus tard, le nom de Suzy Solidor apparaissait de plus en plus souvent sur les affiches des plus grandes salles de concert de Paris, Londres, Vienne, Berlin et d’autres centres musicaux d’Europe. A la fin des années 30 et au début des années 40, le public montrait un intérêt constant pour les œuvres de Suzy Solidor dans tous ses voyages et tournées à l’étranger. Ses tournées en France et à l’étranger contribuent davantage à la diffusion de ses chansons, à la confirmation de sa renommée internationale. Le public français et étranger accueille avec une chaleur particulière ses concerts, se réjouit de la possibilité d’exprimer sa joie directement à Suzy Solidor.
En plus de la musique dans des salles de concert, la chanteuse errante montait des récitals impromptus dans les restaurants ou les bars-concerts. Parfois, elle montait à bord des transports fluviaux et chantait pour les passagers dans les salons des vapeurs. Ses chansons sentimentales et ses romances furent connues grâce à ses errances. Sa volonté fidèle à l’esprit de la chanson sentimentale fait d’elle une grande diva de la chanson française surtout via son talent et par sa popularité.
Des centaines d’articles de revues, des centaines de critiques, d’interviews, de communiqués dans les journaux, tel est le bilan de ces tournées. Et parmi le flot des échos sur ses concerts, on peut découvrir parfois, naturellement, des remarques critiques dictées par le désir de défendre certaines positions politiques et esthétiques. Reconnaissant le talent indiscutable de Suzy Solidor, les critiques ont reconnu au chanteuse son talent, son humilité et le caractère démocratique de la forme et du contenu de sa musique.
A Paris, Suzy Solidor faisait partie d’un cercle comprenant les artistes et les intellectuels les plus remarquables de toute la France : les écrivains Jean Cocteau, Sidonie-Gabrielle Colette, Joseph Kessel, Jean Mermoz, le chanteur Charles Trenet, le compositeur Léo Po, la pianiste Marguerite Monnot, les peintres Pablo Picasso, Man Ray, Francis Picabia et Tamara de Lempicka. Les amis de Suzy Solidor la considéraient comme « l’icône la plus originale parmi les chanteuses françaises », opinion que devaient partager par la suite les critiques musicaux.
Les années qui s’écoulent de 1930 à 1940 sont peut-être celles où Suzy Solidor est la plus heureuse. Elle est remplie de vigueur et d’idéal. Ces années ne sont pas vaines pour elle. Elles lui permettent de poserles premiers jalons de son œuvre à venir et d’aiguiser son style. De plus, on peut penser que c’est l’ambition qu’elle acquiert rapidement dans le domaine musical qui lui ouvre la porte de l’éternité.
Jusqu’au milieu de 1940, Suzy Solidor s’était tenue à l’avantgarde de l’élite parisienne. La vie à cette époque lui apparait, à travers le prime du temps, beaucoup plus romantique et plus heureuse. Elle a vécu dans une atmosphère musicale et littéraire propice. Cette atmosphère saturée d’œuvres musicales, cette multiplicité de rythmes musicaux dans laquelle elle a été plongée ont laissé des traces indélébiles dans sa mémoire. Ces impressions précoces l’ont profondément marquée, elles ont conditionné sa façon de concevoir la musique et ont probablement joué un rôle important dans son parcours artistique. Suzy Solidor a écrit aussi des romans qui étaient en fait les récits romancés de sa vie. Elle pense toujours que ce ne sont pas des mauvais romans. Elle sait que c’est l’amour de l’écriture qui la pousse à écrire ce qu’elle a écrit. L’amour ou le défi ? Certains de ses romans ont été réédités dans le monde. Ils ont été écrits à des occasions diverses. Au point de vue littéraire, elle a imité et très habilement pastiché les auteurs classiques du 19ème siècle; son style, ses tendances, ses mémoires et ses anecdotes l’ont fait comparer à des bohémiens qui, retirés dans leurs tavernes, racontaient avec verve les événements croustillants auxquels ils avaient participé. Parmi ses romans, on pourra citer : Térésine, Fil d’or, Le fortuné de l’Amphitrite, La vie commence au large.
Les années que passe Suzy Solidor à Paris constituent réellement le temps de sa gloire. Elle cesse d’être la pauvre petite chanteuse française perdue dans la grande ville qu’elle était lors de ses premiers débuts. En l’espace de quelques années, grâce à l’admiration et à l’appui moral des auteurs et des compositeurs qui l’entourent, elle devient une diva célèbre, à la démarche assurée. Durant toute sa vie, Suzy Solidor était préoccupée par l’idée de contribuer, non pas en simple artiste, mais en participant directement, à l’histoire de la démarche artistique de l’après-guerre.
Les chansons de Suzy Solidor sont ivres et vraies comme la nuit et le jour dont elle franchissait quotidiennement le seuil, venant d’un monde imaginaire. Elle chante l’amour de la vie et glorifie la lutte pour un véritable bonheur humain. Dans ses chansons, on trouve de belles images heureuses, pareilles à des soupirs lyriques : « La vie sans amour, c’est comme un foyer sans flamme, comme une barque sans rames, comme une voix sans chaleur, comme une joie sans fraîcheur, comme des oiseaux sans toit, ce n’est plus l’amour ».
Suzy Solidor avait le sentiment que l’homme dans ce monde a besoin de l’amour parce qu’il signifie une liberté et une dignité de plus : « Vous dont j’ai rêvé sans vous, connaître et sans vous voir. Vous qui n’attendez qu’un mot d’espoir. Vous que dans la foule en vain, je guette avec ferveur. Vous qui vivez seul et sans bonheur. N’attendez-vous pas ma voix qui vous dit tout bas « Chéri, venez vite, je suis là ! Pourquoi tant tarder, si vous avez deviné déjà mon désir fou de vous aimer ».
Dans ses chansons, Suzy Solidor envoie des messages à l’avenir lointain et communique au moyen de ses messages avec son passé et son présent, pour un avenir plus heureux de l’humanité : « Le destin entraîne son âme et sa peine au château des illusions perdues. La brise lointaine comme une rengaine murmure une romance perdue. Comme la feuille au vent qui s’envole et s’enfuit sous le ciel de septembre. Un homme va rêvant au hasard de la nuit d’une nuit de septembre. Elle a souri sans le connaître, car l’amour venait d’apparaître. Il a chanté sans la connaître. Ainsi naissent tant de romans ».
Suzy Solidor n’aime guère jeter ses regards vers l’au-delà et sombre parfois dans la tristesse. Elle vit dans un monde terrible où tous balbutiaient. Mais elle sait que tout est simple comme l’avenir : « Mais parfois j’ai mal. Parfois je pleure. Je voudrais parler, je tends les bras. Une voix me dit : « Ce n’est pas l’heure ». Toi, peut-être un jour, tu comprends, mais je n’ai qu’un rêve, joie et brève, te revoir chaque soir, mon espoir ». 
Suzy Solidor ne cesse d’adresser aux amoureux un message d’amour. Ce message, on le trouve presque dans toutes ses chansons : « Près de moi tu passes, puis l’ombre t’enlace, et sans bruit chaque nuit je te suis. Mon brûlant secret tu l’ignores. J’ai peur de te perdre en disant que je t’adore. Car je n’ai qu’un rêve qui fleurit sans trêve ton retour chaque jour mon amour». 
Il y a au cœur de ses chansons, un pathétique, un gradeur incontestable et un sens profond du secret de l’existence. Suzy Solidor a traduit dans ses chansons les sentiments, les pensées et les espérances de ses contemporains et a exprimé les idées et les émotions de son époque : « A quoi songes-tu marin qui rêve ? Sans doute au jour déjà lointain. Où là-bas, sur une blonde grève. Tu as laissé tout ton destin et ton âme tendre. Croit encore entendre sa douce chanson. A quoi songes-tu marin qui rêve ? Les yeux perdus vers l’horizon. Tu voudrais revoir près de la grève le seuil de ta maison. A quoi songes-tu dans chaque rêve ? Au coin de terre de chez toi, au chant du clocher, au blé qui lève, à la fumée sur chaque toit. Ta seule espérance, c’est que recommencent les anciens beaux jours »
Lorsqu’on pense à Suzy Solidor, on se dit qu’elle était une diva de talent. Fille du peuple, sortie d’un foyer pauvre, elle sut non seulement apprendre le métier de chanteuse mais aussi se faire une réputation solide à l’échelle mondiale, s’assurer une chanteuse aimante, parmi le public mondial. Ses œuvres occupent toujours une place importante dans le répertoire des chanteuses de renommée mondiale. Tous les critiques qui apprécient les œuvres de Suzy Solidor sont unanimes à reconnaître les qualités novatrices de ces œuvres, l’originalité du contenu thématique proche par ses traits romantiques et la chaleur de sa voix. Suzy Solidor était plus proche de son époque, car son génie voyait loin dans l’avenir. Elle avait laissé à ses admirateurs le témoignage impérissable du grand rêve du royaume de l’art sur la terre, établi par la fraternité des hommes, dans la raison et dans la joie.
Ceux qui ont scruté l’œuvre musicale de Solidor ne peuvent plus supporter le mensonge dans l’art et dans la vie. Suzy Solidor est la voix de la liberté, de la vérité, de la dignité, de la fraternité, de l’amour, et du bonheur. Toute son œuvre, Suzy Solidor l’a chantée, non seulement en chanteuse, mais en actrice qui prend part aux combats artistiques qu’elle évoque. Jamais elle n’a séparé l’art de l’action. Dans toute son œuvre, ils sont unis. Son désir sincère était de chanter au contact du public, de servir l’art et de participer aux combats de la vie.
Dans la chanson suivante intitulée Au fil du rêve, Suzy Solidor avait résumé sa vie en ces mots : « N’as-tu pas le cœur las de la ville perfide. De ce bruit qui détruit notre rêve amoureux ? On pourrait en secret sous un ciel plus limpide, essayer d’oublier ce qui n’est pas nous deux. Allons-nous perdre au fil des heures. Allons-nous perdre au fil de l’eau. J’ai pour fortune et pour demeure, le flot qui brille et mon bateau sur la route enchantée jamais longue ni brève. Il n’est pas d’arrivée, il n’est pas de retour. Allons-nous perdre au fil du rêve, au gré du vent et de l’amour. Pas besoin de témoin si ce n’est la nature. Pas de frais, tout est prêt à nous bien accueillir. Rien que nous loin de tous, merveilleuse aventure, le printemps nous attend et pour mieux cueillir. Allons-nous perdre au fil des heures. Allons-nous perdre au fil du rêve, au gré du vent et de l’amour »

Suzy Solidor : La diva de la chanson à la voix d’ amour

Par Miloudi Belmir
Mardi 15 Juin 2021

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