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Rodrigo Rato, star déchue des conservateurs espagnols




C'était l'étoile montante du parti conservateur en Espagne, sa fierté lorsqu'il dirigeait le FMI. L'ex-banquier Rodrigo Rato, ex n°2 du gouvernement condamné jeudi à quatre ans et demi de prison, est devenu le symbole des errements de l'establishment.
A 67 ans, l'ex-directeur du Fonds monétaire international (2004-2007) a écopé de sa première condamnation pénale, pour des détournements de fonds commis sous ses ordres lorsqu'il dirigeait Caja Madrid puis Bankia.
A partir de 2003 et jusqu'en 2012, alors que l'Espagne s'enfonçait dans la crise, 65 dirigeants de ces banques, condamnés jeudi, ont utilisé des cartes bancaires "black", non déclarées, pour régler toutes sortes de dépenses personnelles, essence, discothèques, maroquinerie, soit 12 millions d'euros au total.
Parmi eux M. Rato, qui avait maintenu le système et en avait profité lors de son court mandat de président de Caja Madrid et Bankia, de 2010 à 2012.
L'ancien espoir de la droite espagnole ne fait plus désormais la Une que pour s'engouffrer dans les tribunaux, qui le poursuivent dans deux autres dossiers, hué à chaque fois par des manifestants qui le traitent de voleur.
Dans les années 2000, cet ancien ministre de l'Economie et numéro deux du gouvernement Aznar pendant ses deux mandats (1996-2004) avait été pressenti pour prendre les rênes de l'Espagne.
C'était "le meilleur ministre de l'Economie" qu'ait connu l'Espagne, selon l'ancien chef du gouvernement de droite José Maria Aznar. "L'auteur du miracle économique espagnol", lançait encore en 2014 la numéro deux de son Parti populaire, Maria Dolores de Cospedal.
Arrière-petit-fils de ministre, descendant d'industriels du nord de l'Espagne né le 18 mars 1949 à Madrid, il semblait destiné au sommet de l'Etat.
Considéré par José Maria Aznar comme son successeur naturel, il aurait refusé par deux fois, selon les mémoires de l'ancien chef du gouvernement, avant de revenir sur sa décision. Trop tard: Mariano Rajoy était devenu le dauphin désigné.
Loin de signer la fin de sa carrière, cette hésitation avait propulsé Rodrigo Rato vers le FMI. Il devenait ainsi le premier Espagnol à en prendre la direction tandis qu'en Espagne, son rival Rajoy perdait les élections.
Lorsqu'il avait écourté trois ans plus tard son mandat, la machine à rumeurs s'était emballée: le héros de la droite libérale revenait pour prendre la tête du parti.
Mais malgré une nouvelle défaite en 2008, Mariano Rajoy conserva la direction du PP. Deux ans plus tard, comme en lot de consolation, Rodrigo Rato fut nommé président de Caja Madrid, devenue Bankia en 2010 après sa fusion avec six autres caisses d'épargne.
Mais sa brève expérience de banquier sera fatale à sa carrière politique, en faisant de lui le protagoniste du plus grand scandale bancaire de l'histoire du pays.
Son euphorie lors de l'introduction en Bourse de Bankia en juillet 2011 ne durera guère car un an plus tard, la banque est au bord de la faillite et son cours en Bourse s'effondre.
Des milliers de petits actionnaires sont ruinés et l'Espagne forcée de demander un sauvetage européen pour son secteur financier, précipitant la descente aux enfers de Rodrigo Rato.
En parallèle des "cartes noires", M. Rato est notamment poursuivi en marge de cette quasi-faillite pour escroquerie, détournement de fonds et falsification des comptes lors de l'entrée en Bourse de Bankia.
Il fait également l'objet d'une enquête pour blanchiment d'argent. Il aurait, selon le fisc, cherché à dissimuler des fonds pour éviter qu'ils soient saisis par la justice.
Attisée par la crise économique, l'indignation face aux affaires de corruption et aux scandales financiers reste au plus fort en Espagne.
Expulsé du parti fin 2014, Rodrigo Rato pense pour sa part avoir été lâché pour permettre à son ancienne formation de démontrer qu'elle est désormais mobilisée contre ces scandales.

Libé
Dimanche 26 Février 2017

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