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Prisme tactique Des manquements à foison




L’incompréhension est le sentiment prédominant à l’issue de cette énième défaite face au Cameroun.  Elle interroge l’identité de jeu trop flou, un coaching sans audace et des manquements rédhibitoires. Ainsi que d’autres mouvements souterrains et coupables. 

Jusque-là, c’était plutôt l’attaque qui concentrait le scepticisme. C’est toujours le cas, mais l’absence de Marouane Da Costa sur blessure, a en aval, plongé les certitudes défensives acquises dans un puits de doute, et celle de Karim El Ahmadi, le milieu de terrain dans l’inertie. Fortement impactée, l’animation offensive a frisé le néant en première période. Bien sûr, l’équipe nationale n’est pas la seule à avoir peu de style : c’est un phénomène moderne qui s’attache au football de sélections et à ses rassemblements éphémères, et c’est naturellement des clubs et de leurs entraîneurs que vient le meilleur de l’expression collective. Mais il y a ce sentiment que le sélectionneur est allé insuffisamment chercher la victoire samedi, alors que l’enjeu était une qualification quasi acquise.

Une défense dans le flou

La titularisation de trois défenseurs axiaux, devait favoriser l’équilibre général et l’assise défensive autour d’un 5-4-1 sans le ballon. Le but encaissé, nous rappelle qu’une défense performante, ce n'est pas l'addition d'un bon gardien et de défenseurs solides ; on ne défend pas individuellement mais ensemble, ce qui nécessité de bien se connaître. Ainsi, le manque de repère et de communication a caractérisé un Back 3 inédit, imposé par la récente absence de Marouane Da Costa. Le but encaissé est une illustration parfaite du manque de communication et de vécu de la charnière défensive, puisqu’il pointe le mauvais alignement de Zouhair Fadal et son déficit de vitesse, de vélocité et de puissance face au stambouliote, Vincent Aboubakar. L’entrée de Nahiri à la place de Jaouad Yamick (37’), auteur d’une solide prestation jusque-là, a accentué ce dépaysement et le flou qui entoure les choix du sélectionneur. En effet, le passage à une défense à 4 a eu le don de renforcer l’inconfort qui planait, puisqu’elle implique une charnière composée de deux gauchers, bridant ainsi le point fort de Romain Saiss, la relance, en réduisant ses angles de passes dans l’axe droit de la défense. Ce changement d’organisation n’a pas, non plus, soulagé les difficultés de Nabil Dirar sur le côté gauche, sa prestation confirme la limite de chaque joueur, tout champion de France qu’il est, à performer dans un poste qui lui est inconnu.

Le milieu, terre de questions

Le milieu de terrain a lui aussi déçu, pas vraiment Youssef Aït Bennasser, mais plutôt ses deux aînés en statut et en expérience internationale, Younes Belhanda et Mbarek Boussoufa. Face à une équipe du Cameroun rugueuse mais sans génie et en l’absence de Karim El Ahmadi, le milieu marocain a démontré que le mouvement, la vitesse et la créativité ne sont pas franchement ses caractéristiques premières. Pis, il a péché dans la combativité et s’est rapidement incliné face au pressing et à la puissance de l’entre-jeu camerounais, structuré autour d’un milieu à trois, porté par le puissant marseillais Zambo Anguissa. 
Exactement le genre de profil qui aurait soulagé Youssef Aït Bennasser délaissé par Younes Belhanda, inexistant, au point de se dire que le Onze national jouait en infériorité numérique, et Mbarek Boussoufa, agacé et trop brouillant. À l’origine de plusieurs pertes de balle, ces derniers ont étrangement joué la totalité du match, ce qui envoie au groupe et aux observateurs, le message de l’immobilisme et du privilège, qui accompagne l’équipe nationale.    

Devant ça coince

Doit-on vraiment se satisfaire de la seconde période ? Ne doit-on pas craindre que le léger regain de forme observé ne trouble notre vision? Initialement le plan de jeu offensif devait permettre aux milieux excentrés de se projeter dans un 3-4-3 à la récupération. La titularisation en pointe de Walid Azarou, quant à elle, est une tentative afin de mieux exploiter les espaces dans le dos de la défense camerounaise. A l’entame de la rencontre, lancé en profondeur par les passes longues de Romain Saiss, le néo-dépositaire du poste d’avant centre (seconde titularisation) a souvent réussi à appliquer ce plan, mais l’avantage acquis est rapidement parti en fumée sous l’effet du manque de soutien de Faycal Fajr et Younes Belhanda, dans un premier temps. Puis, à partir du quart d’heure de jeu, le pressing étouffant sur les premiers relanceurs, imposé par les attaquants et les milieux de terrain camerounais, a totalement éteint cette piste offensive. Si Fajr et consort ont bien eu l’occasion d’égaliser dans le second acte, sans quelques parades de classes internationales du gardien camerounais, Fabrice Ondoa, il ne faut pas se leurrer, cette dangerosité ponctuelle, a souvent trouvé son origine sur coups de pied arrêtés. Elle souligne par ricochet, l’incapacité des Marocains à créer le danger sur attaques placées. Pour ne rien arranger, l’entrée neutre de Youssef Nseyri, en lieu et place de Walid Azarou, alors que le déroulé du match supposé de les associer, a mis en exergue le coaching mal inspiré du sélectionneur national. 
 Cette circulation trop lente ou imprécise, ces circuits de jeu prévisibles, ce côté gauche défensivement poreux et offensivement inexistant ou la faible concurrence à certains postes. Toutes ces interrogations ne peuvent pas être un détail, elles accompagnent les hommes d’Hervé Renard depuis trop longtemps pour les quitter, soudainement. De même pour en rester sur les zones grises, leurs prestations a manqué de rythme, le plus souvent, et l'intensité a été faible. Cette défaite est exactement le moment de se faire à l'idée que tout sera compliqué et que rien ne sera une excuse.
Chady Chaabi (Stagiaire)

Libé
Dimanche 11 Juin 2017

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