Préhistoire : Casablanca plus que jamais sous la loupe de la communauté scientifique internationale


Libé
Lundi 4 Mai 2026

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Moult faits et attraits ont, au fil du temps, façonné la renommée internationale de Casablanca. Arts, culture, dynamisme économique et touristique… Autant de facettes qui ont contribué à forger l’image d’une métropole rayonnante.
 
Mais ces dernières années, la capitale économique s’illustre également sur un tout autre registre. A travers des recherches scientifiques d’envergure consacrées aux origines les plus lointaines de l’humanité, Casablanca s’impose progressivement comme un haut lieu de la paléontologie et de l’archéologie à l’échelle internationale.
 
Un fait récent particulièrement marquant témoigne de cet engouement. Depuis la mise en lumière, en janvier dernier, de nouveaux fossiles d’hominines datés d’environ 773.000 ans, découverts dans la carrière Thomas I, la ville attire une attention croissante de la communauté scientifique mondiale.
 
Les strates fossilifères mises au jour ont livré un ensemble remarquable de vestiges, y compris trois mâchoires – dont celle d’un enfant âgé d’un an et demi –, des vertèbres, des dents isolées ainsi qu’un fémur. La morphologie et l’ancienneté de ces restes suggèrent l’existence d’une population africaine ancienne, susceptible d’occuper une position charnière dans l’évolution humaine, entre les humains modernes, les Néandertaliens et les Denisoviens.
 
Présentés initialement dans un article publié dans la prestigieuse revue "Nature", ces résultats ont suscité un large écho au sein de la communauté scientifique internationale. Plusieurs publications de référence ont braqué leurs projecteurs sur cette avancée, à l’instar de "National Geographic", "Science", "Scientific American" ou encore "Discover Magazine", confirmant l’intérêt grandissant pour les recherches menées à Casablanca.
 
Les médias spécialisés comme généralistes des quatre coins du monde poursuivent leur couverture de cette découverte majeure, contribuant à lui conférer une visibilité internationale et à la hisser parmi les avancées scientifiques les plus marquantes de ces dernières années.
 
Cet engouement s’inscrit dans la durée. Dans son édition de mars 2026, le magazine "Science & Vie" souligne que les fossiles exhumés à Casablanca apportent de nouveaux éclairages sur l’ancêtre commun des différentes espèces humaines, confortant ainsi l’hypothèse d’un berceau africain de l’humanité.
 
Au-delà de la découverte elle-même, c’est l’intérêt soutenu qu’elle suscite qui marque un tournant. Casablanca attire désormais l’attention d’équipes de recherche internationales et s’impose dans les débats scientifiques relatifs aux origines de l’Homme.
 
Interrogé par la MAP, l’archéologue et préhistorien Abderrahim Mohib explique que "les fossiles humains datés de 773.000 ans découverts dans la grotte à Hominidés de la carrière Thomas I ont profondément renouvelé les connaissances paléoanthropologiques relatives à l’origine de notre lignée".
 
"Ils révèlent l’existence d’une population africaine proche de l’origine d’Homo sapiens et relancent le débat scientifique sur les racines de notre espèce, à un moment clé de l’évolution humaine", ajoute M. Mohib, co-directeur du programme maroco-français "Préhistoire de Casablanca".
 
Selon lui, l’intérêt croissant manifesté par les grandes revues et plateformes scientifiques internationales témoigne de la rigueur des travaux menés dans le cadre de ce programme de recherche, lancé en 1978. "Cet aboutissement n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’une conviction partagée par les chercheurs selon laquelle les sites paléolithiques de Casablanca sont en mesure d’apporter des éléments déterminants pour combler certaines lacunes dans l’histoire de l’Humanité", souligne-t-il.
 
Le préhistorien met également en avant l’attrait suscité par les formations côtières de Casablanca, qui offrent une séquence géologique exceptionnelle s’étendant sur près de six millions d’années. Cette richesse se traduit par la présence de grottes, de tanières de carnivores et de sites remarquablement préservés, faisant de la région un terrain d’étude privilégié pour l’évolution précoce des populations humaines et les origines de l’occupation humaine au Maroc.
 
Autre élément déterminant, la méthode de datation utilisée. "Les fossiles ont été datés avec une grande précision à 773.000 ans, ce qui constitue une première pour un site paléolithique au Maroc", précise M. Mohib.
 
Dans cette dynamique, la poursuite des recherches apparaît essentielle pour renforcer la place de Casablanca dans les réseaux mondiaux de la préhistoire. Les investigations se concentrent notamment sur des sites majeurs tels que la grotte à Hominidés, l’unité L de la carrière Thomas I, la grotte des Rhinocéros, Oulad Hamida 1 ou encore Sidi Abderrahmane-Cunette.
 
L’objectif est d’identifier davantage de fossiles bien datés, couvrant une période clé comprise entre environ un million d’années et 315.000 ans, âge du plus ancien représentant connu d’Homo sapiens. De telles avancées permettraient de consolider davantage l’hypothèse d’une origine africaine profonde de notre espèce.
 
A noter que Casablanca dispose d’un patrimoine archéologique d’une richesse exceptionnelle. La région abrite notamment la carrière d’Ahl al Oughlam (2,5 millions d’années), le site L de la carrière Thomas I (plus de 1,3 million d’années), la grotte à Hominidés et la grotte des Rhinocéros (environ 800.000 ans), ainsi que le site de Sidi Abderrahmane (entre 500.000 et 300.000 ans). Elle mérite ainsi le titre du berceau des premiers peuplements humains au Maroc.
 
Le programme "Préhistoire de Casablanca" est porté par l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), en partenariat avec plusieurs institutions françaises, dont le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le Laboratoire d’Excellence Archimède (Université Paul Valéry – Montpellier) et le Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.
 
Une nouvelle mission de recherche est prévue pour ce mois de mai dans le cadre de ce programme maroco-français. Car, une chose est sûre, Casablanca n’a pas encore livré tous ses secrets !

Par Mohamed Aswab (MAP) 

Libé
Lundi 4 Mai 2026
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