« Pour que la mort de Aïcha Mokhtari ne soit pas vaine » : Une campagne contre la “hogra” du visa


Narjis Rerhaye
Mercredi 2 Septembre 2009

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Les activistes de l'Association marocaine des droits humains ne sont pas prêts de décolérer. Et hier, dans la matinée de mardi, ils l'ont fait savoir. Depuis le décès tragique de Aïcha Mokhtari, cette citoyenne résidant à Oujda qui a succombé à un cancer des os, la mobilisation des défenseurs des droits de l'Homme est à son paroxysme. Aïcha Mokhtari, la nouvelle icône des activistes,  est décédée le 15 août dernier parce que les autorités consulaires françaises, à Fès, lui ont refusé le visa pour aller se faire soigner en France, dans un institut d'oncologie parisien.  « Pourtant le dossier de Mme Mokhtari offrait toutes les garanties, y compris financières », rappelle avec amertume un membre de l'AMDH. Plus grave encore, Aïcha Mokhtari a été victime d'une erreur fatale : les services du consulat de France à Fès ont refusé de lui octroyer son visa à cause d'une homonymie. Une autre Aïcha Mokhtari, de nationalité algérienne et établie à Oran, avait eu maille à partir avec les autorités françaises pour cause d'un visa demandé dans le cadre d'une visite familiale. Une erreur fatale que le consulat s'est toujours refusé de réparer malgré les interpellations de  la famille mais aussi de  la députée européenne Alima Boumedienne-Thierry qui ont saisi plusieurs ministres français dont celui des Affaires étrangères et celui de l'Immigration et de l'Identité nationale. En vain. C'est d'ailleurs le même silence radio qui a été observé côté marocain. L'affaire Aïcha Mokhtari avait été abondamment commentée par la presse. Les officiels marocains n'ont visiblement pas cru nécessaire de se mobiliser pour un visa dont le refus a, au final, coûté la vie à celle qui l'a demandé.
Ce mardi matin, au siège de l'AMDH, l'ombre de Aïcha Mokhtari n'en finissait pas de planer. « Il ne faut pas que la mort de Aïcha soit vaine. Il ne faut pas qu'elle soit décédée pour rien ». La phrase revient comme une prière chez les activistes qui ont décrété la mobilisation à l'occasion d'une conférence de presse donnée hier. Le mot d'ordre est partout, sur les murs et dans toutes les bouches : « Pour que la mort de Aïcha Mokhtari ne soit pas vaine. Œuvrons pour humaniser les conditions d'octroi de visas aux Marocains ». La condamnation n'est jamais loin. Et ceux et celles de l'Association marocaine des droits humains ne s'en privent pas. Condamnation du « refus criminel de délivrer le visa à la citoyenne Aïcha Mokhtari par le consulat français de Fès, dénonciation de « l'attitude des autorités françaises qui ont appuyé l'attitude du consulat  au lieu de corriger l'erreur fatale, colère contre le gouvernement marocain qui a « manqué à son devoir de garantir les droits de la citoyenne Aïcha Mokhtari ».
Et si le droit à la vie -l'un des principes fondamentaux de la Déclaration universelle des droits de l'Homme- est au cœur de la campagne de mobilisation décrétée par l'AMDH, le système de délivrance de visas aux citoyens marocains désirant voyager vers la France est les autres pays occidentaux en général et caractérisé par des conditions dures, aléatoires et humiliantes ».
Une campagne militante et citoyenne va donc être lancée. Plusieurs actions seront donc menées pour briser le silence sur les conditions d'octroi de visas au Maroc et mettre sans cesse en relief les causes véritables du décès de Aïcha Mokhtari. Deux  sit-in vont être organisés devant le consulat de France à Fès et l'ambassade de France à Rabat. Un colloque sur les droits humains et la hogra du visa est également à l'ordre du jour. Les défenseurs des droits humains comptent aussi adresser des lettres au président français Nicolas Sarkozy et au premier ministre Abbas El Fassi. Une pétition est enfin au programme pour inviter toutes les organisations démocratiques à joindre ce combat.

Narjis Rerhaye
Mercredi 2 Septembre 2009
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