Pedro Sánchez réfute l’“effet d’appel” de la régularisation et affirme une baisse de la migration irrégulière

Cette régularisation bénéficie à l’Afrique, surtout aux migrants originaires du Maroc, du Sénégal, de la Gambie ou de la Mauritanie


Elias Rayane
Vendredi 6 Février 2026

Autres articles
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a fermement rejeté l’idée selon laquelle la régularisation des migrants décidée par son exécutif pourrait provoquer un «effet d’appel». Il a assuré que l’Espagne a, au contraire, enregistré ces dernières années une réduction significative des arrivées de migrants irréguliers.

S’exprimant lors d’une interview accordée à la chaîne CNN, dans l’émission Quest Means Business, et diffusée depuis Dubaï, le chef du gouvernement espagnol a qualifié cette thèse de «fausse» et éloignée de la réalité. Selon lui, les migrants ne choisissent pas l’Espagne en raison de l’octroi de titres de séjour, mais principalement en raison du «solide dynamisme économique » du pays.

Pedro Sánchez a souligné que près de 90% des migrants arrivent actuellement en Espagne par des voies régulières. Il a également insisté sur le fait que les flux de migration irrégulière ont été réduits « de manière drastique» au cours des dernières années. Une évolution qu’il attribue à une coopération renforcée avec plusieurs pays d’origine et de transit, notamment le Maroc, le Sénégal, la Gambie et la Mauritanie.

Au-delà des chiffres, le président  du gouvernement espagnol a évoqué la dimension morale du débat migratoire. Rappelant l’histoire migratoire de l’Espagne, il a souligné que de nombreux Espagnols, parents et grands-parents, ont eux-mêmes émigré par le passé pour fuir la dictature ou le manque d’opportunités économiques. «L’Espagne a été pendant longtemps un pays d’émigration», a-t-il rappelé.

Pedro Sánchez a également mis en avant l’aspect pragmatique de la question migratoire, affirmant que les migrants jouent un rôle clé dans la prospérité économique actuelle du pays.

En effet, les chiffres officiels relayés par les médias ibériques confirment le rôle central joué par les migrants dans la dynamique économique de l’Espagne. A la fin de l’année 2025, plus de 3,08 millions de travailleurs étrangers étaient affiliés à la Sécurité sociale, représentant 14,1% de l’ensemble des cotisants. Mieux encore, quatre emplois sur dix créés ces dernières années ont été occupés par des personnes d’origine étrangère, illustrant leur rôle moteur dans la croissance du marché du travail.

Sur le plan fiscal et social, la contribution apparaît particulièrement favorable. En effet, les migrants génèrent environ 10% des recettes de la Sécurité sociale, tout en ne représentant qu’environ 1% des dépenses publiques. Ce bilan positif constitue un argument clé pour la soutenabilité du système de pensions dans un pays confronté au vieillissement démographique.

L’impact macroéconomique est également notable. Selon la Banque d’Espagne, la population étrangère aurait contribué jusqu’à un quart de la hausse du PIB par habitant entre 2022 et 2024. Dans certains secteurs stratégiques – hôtellerie, agriculture, construction, transport et services – la main-d’œuvre migrante est devenue indispensable au fonctionnement normal de l’économie.

Le dynamisme entrepreneurial confirme cette tendance : près de 500.000 travailleurs indépendants sont aujourd’hui de nationalité étrangère, et les migrants représentent près de 75 % des nouveaux autoentrepreneurs enregistrés en 2025, notamment dans des secteurs à forte valeur ajoutée comme les technologies, les services professionnels et la finance.

Des bénéficiaires majoritairement originaires d’Amérique latine et d’Afrique

La population appelée à bénéficier de la régularisation reflète la diversité des flux migratoires vers l’Espagne. Les estimations indiquent que près de 91% des personnes en situation administrative irrégulière proviennent du continent américain, en particulier d’Amérique latine. Les ressortissants du Venezuela, de la Colombie et d’autres pays touchés par des crises politiques ou économiques constituent une part importante des bénéficiaires potentiels.

L’Afrique occupe également une place centrale, avec notamment des migrants originaires du Maroc, du Sénégal, de la Gambie ou de la Mauritanie, pays avec lesquels l’Espagne entretient des accords de coopération migratoire. Le Maroc demeure la première nationalité étrangère parmi les cotisants à la Sécurité sociale, suivi de la Roumanie, de la Colombie et du Venezuela.

Sur le plan géographique, la majorité des migrants concernés vivent en Espagne depuis plusieurs années : plus de deux millions de travailleurs étrangers sont installés dans le pays depuis au moins sept ans, témoignant d’un enracinement social et économique profond. La régularisation vise ainsi des personnes déjà intégrées au tissu productif, souvent actives dans l’économie informelle, mais exclues de la pleine reconnaissance juridique.

En officialisant leur situation, l’Etat espagnol entend à la fois sécuriser des parcours de vie et renforcer une économie qui dépend structurellement de cette main-d’œuvre. La régularisation apparaît ainsi moins comme un geste exceptionnel que comme la reconnaissance d’une réalité durable, celle d’une Espagne devenue, de fait, une société d’immigration, dont la croissance repose largement sur l’apport des migrants.

Elias Rayane

Elias Rayane
Vendredi 6 Février 2026
Lu 156 fois
Dans la même rubrique :