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On y est ! Le Maroc a eu son premier cas

Quelle cohérence face au coronavirus ?




On y est ! Le Maroc a eu son premier cas
Le coronavirus a l’art du contrepied.
Lundi en début de soirée, moins d’une heure après que le chef du gouvernement Saad Eddine El Othmani a rassuré l’opinion publique sur l’absence de cas positif au coronavirus dans le pays, un communiqué du ministère de la Santé a indiqué que, finalement, le COVID-19 a gagné le territoire national. Une information confirmée par Khalid Ait Taleb, le ministre de la Santé, hier matin lors d’un point de presse, tout en précisant qu’il s’agit « d’un citoyen marocain de 39 ans, arrivé par avion le 28 février dernier, en provenance de Bergame », une ville située en Lombardie, région d'Italie la plus touchée par le Covid-19.
Si l’homme est passé entre les mailles du filet du dispositif de veille sanitaire de l’aéroport Mohammed V de Casablanca, «c’est parce qu’il ne présentait aucun symptôme de la maladie », a expliqué Khalid Ait Taleb, écartant par la même occasion l’hypothèse d’une faille dudit dispositif. Et d’ajouter : «Des symptômes sont apparus un jour plus tard. A savoir des difficultés respiratoires et des éternuements sans pour autant qu’il présente de symptômes fiévreux».
Au moment où on écrit ces lignes, le patient qui est dans un état stable, est pris en charge dans l’hôpital Moulay Youssef. Selon le ministre de la Santé, il souffrait de brûlure d’estomac et de diarrhée. « Ce n’est qu’à partir du deuxième jour que sont apparus les symptômes du coronavirus. Aujourd’hui, il est en isolation pour 14 jours. Période pendant laquelle une batterie de tests sera effectuée», a-t-il mentionné.
Mais quid des personnes avec lesquelles l’homme est entré en contact ? Pour l’instant, le ministère de tutelle a identifié comme personne à risque, sa famille proche ainsi que les 109 passagers du vol en provenance de Bergame, dont des membres de l’équipage. Aucun ne présente aujourd'hui (mardi 3 mars) de symptômes évoquant le coronavirus. La majorité d’entre eux ont été localisés entre Casablanca, El Jadida et Ouarzazate. « Nous les avons tous contactés. Ils sont en isolement. Nous leur avons demandé de rester confinés chez eux afin d’éviter la propagation du virus », a indiqué le ministre de tutelle. En revanche, s’agissant des personnes que l’homme et les passagers du vol auraient pu croiser et les endroits par où ils sont passés, entre leur arrivée sur le sol marocain et l’admission de l’homme en question à l’hôpital Moulay Youssef, le flou demeure.  
L’absence de réponse claire et nette sur ce point tranche avec l’assurance de Khalid Ait Taleb au moment de vanter les mérites de l’hôpital Moulay Youssef. « Un hôpital de référence qui a été par le passé en première ligne à l’époque des épidémies du SRAS et d’Ebola. En plus, il dispose d’une chambre à pression négative. Une pression qui empêche l’air de sortir même en ouvrant la porte ». Au passage, il est à noter que ce dispositif est critiqué outre Méditerranée. En France, le professeur Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière s’interroge : « On ne sait plus pourquoi on le fait, car cette infection est moins contagieuse et beaucoup moins grave qu’une tuberculose résistante. Il faut mettre les patients dans des chambres normales avec une pression normale, des chambres où l’on peut ouvrir les fenêtres pour aérer».
En tout cas, les autorités sanitaires du pays certifient que les hôpitaux marocains sont prêts à affronter une éventuelle épidémie. Dans une manière de corroborer les dires de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Khalid Ait Taleb a souligné que « dans chaque ville du pays ont été désignés des hôpitaux équipés spécialement conçus pour accueillir les personnes positives au COVID-2019 et dont la capacité litière totale dédiée à une éventuelle épidémie est de 670 lits».
En outre, il a signalé que les professionnels de la santé sont eux aussi préparés. Une version contredite en partie par une de nos sources au CHU d’Ibnou Rochd. Cette dernière mentionne une inquiétante absence de masques de protection. Même s’il faut rappeler que les masques ne sont d’aucune utilité pour les personnes saines contrairement à celles positives au coronavirus. L’absence de sensibilisation est un sérieux motif d’inquiétude. Jusqu’à présent, aucun spot ni affiche concernant les précautions à prendre pour éviter d’être contaminé, comme le fait de se laver les mains régulièrement, ne sont diffusés sur les différents supports médiatiques du pays. D’autant que c’est un secret de Polichinelle, le citoyen marocain lambda est loin d’être un modèle en termes d’hygiène. Pis, quand le monde entier fuit les zones à risque, des dizaines et des dizaines de badauds se sont agglutinés devant l’entrée de l’hôpital Moulay Youssef où a été hospitalisé l’homme positif au coronavirus. Pourquoi ? Disons que c’est un mystère aux relents de curiosité malsaine.
Au Maroc donc, l’épidémie est déjà là. Celle du coronavirus ? Oui mais aussi celle des fausses rumeurs. A l’inverse de l’annulation de la 15ème édition du Salon de l’agriculture qui précède certainement une cascade de reports et de suppressions  de manifestations sportives et culturelles, à l’instar des pays où le coronavirus sévit, les écoles ne devraient pas être fermées aujourd’hui. Mais qui sait. Car comme vous l’aurez remarqué, le coronavirus prend tout le monde à contrepied. Et la vérité de 17h n’est pas forcément celle de 18h.    

Chady Chaabi
Mercredi 4 Mars 2020

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