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Mike Tyson, la vie par chaos





Mike Tyson, la vie par chaos
La gloire, la déchéance, la rédemption et le come-back auront rythmé la vie "plus grande que nature" de l'ancienne terreur des lourds Mike Tyson, de retour sur le ring à 54 ans pour une exhibition contre Roy Jones Jr, préparée comme un vrai combat. "Je veux que le monde voie à quel point je suis grand". Voilà l'objectif de celui dont l'existence, plus romanesque encore que celle de "Rocky Balboa" au cinéma, a tutoyé les cimes autant que les abîmes et va donc passer par la case "retour", au Staples Center de Los Angeles. Son dernier combat professionnel remonte à 2005 et il s'était soldé par une défaite humiliante contre un inconnu, l'Irlandais Kevin McBride. "J'avais peur d'être sur le ring à ce moment-là. Je combattais pour des raisons financières. J'étais sous l'emprise de la drogue. Ce type n'était que mon fantôme". A l'époque, à presque 39 ans, cela faisait effectivement déjà longtemps que "Iron Mike" n'était plus vraiment digne de ce surnom acquis au cours d'une carrière où il fut d'abord le "Kid Dynamite" pour Sports Illustrated, qui en 1985 voyait en lui le prochain grand poids lourd. Son accession au sommet aura effectivement été météorique. Entre le 6 mars 1985 et le 6 septembre 1986, soit 18 mois à peine, il remporte ses 27 premiers combats professionnels, dont 15 dès le premier round.

Lors du 28e, il lui en faut deux pour terrasser Trevor Berbick et devenir le plus jeune champion du monde de l'histoire dans cette catégorie, à 20 ans, 4 mois, 23 jours. Pendant plus de trois ans, son regard de requin, sa puissance de frappe phénoménale, sa fureur inaltérable inspirent la peur chez ses adversaires. "J'étais fou, j'avais l'impression d'être un roi barbare parti à la conquête de l'Empire romain", dirat-il de cette période où il fait également la une des journaux à scandales, entre son divorce d'avec l'actrice Robin Givens, qui l'accuse de violences, et quelques bagarres qui le ramènent à sa condition originelle de petit voyou venu de Brooklyn. Né le 30 juin 1966 à Brownsville, réputé pour son taux de criminalité, le jeune Michael, élevé par sa mère, n'échappe pas à la rue où il ne fait pas que courir après les pigeons qu'il affectionne. Sa première bagarre l'oppose à un plus grand, qui a arraché la tête d'un de ses volatiles. "Là, j'ai réalisé que je pouvais être au centre des attentions. Ça faisait du bien de gagner. Tout le monde hurlait, applaudissait. J'ai vécu avec ces applaudissements toutes ces années", confiera-t-il au magazine Details.

Délinquant à huit ans, il compte 38 arrestations à treize, moment auquel l'entraîneur de boxe Cus d'Amato le prend sous son aile. Tyson trouve un père spirituel qui cesse pourtant de l'habiter, quatre ans après sa mort, en 1990, lorsque James Buster Douglas lui inflige son premier KO à Tokyo. "La boxe me désintéressait. Quand Douglas s'est relevé après que je l'ai envoyé au tapis, ça l'a rendu plus fort. Personne d'autre ne l'avait fait auparavant", explique-t-il. La chute est brutale. Deux ans plus tard, il est condamné pour le viol d'une reine de beauté et fait de la prison jusqu'en 1995. Son retour sur le ring est victorieux, mais ses titres, il les récupère contre de modestes adversaires. Et les reperd en 1996, corrigé par Evander Holyfield pourtant annoncé sur le déclin. La revanche est tragi-comique: Tyson mord Holyfield aux oreilles jusqu'au sang, des morceaux échouent sur le ring. Il est désormais "l'homme le plus mauvais de la planète" et écope d'une suspension. En 2002, il échoue à devenir champion du monde sur trois décennies, puni par le Britannique Lennox Lewis. Ruiné, Tyson, qui arbore désormais un tatouage tribal autour de l'oeil gauche, stoppe sa carrière en 2005 sur un bilan de 50 victoires (44 KO) et six défaites.

La suite est une chute inexorable, marquée par la dépression, la cocaïne, d'autres arrestations. "Je n'ai aucune idée de qui je suis, déclare-til au New York Times. Toute ma vie, j'ai bu, je me suis drogué, j'ai fait la fête. Et, d'un coup, tout s'arrête. Je n'aurais jamais pensé vivre jusqu'à cet âge." Un âge de raison résultant d'un troisième mariage en 2009, deux semaines seulement après la mort accidentelle d'une de ses sept enfants. Ces dernières années, outre des apparitions au cinéma ("Very Bad Trip"), il se produit sur scène dans un one-man-show où il raconte les hauts et bas de sa propre vie, minée par un viol subi à sept ans et une bipolarité. Il fait aussi florès dans le business légal du cannabis et pendant que la Covid-19 sévit, un autre virus finit par le rattraper: celui de la boxe. Le combat ne servira pas cette fois à combler ses dettes, mais à récolter des fonds, "pour aider les sans abri et ceux qui sont accros". "Parce que j'ai été un sans-abri et que j'ai été accro, je sais à quel point c'est difficile. Pas tant de gens peuvent y survivre comme je l'ai fait." 

Libé
Dimanche 29 Novembre 2020

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