Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Megraoua, symbole de cet autre Maroc tristement enclavé

Ce village situé à 60 km de Taza est livré à une insoutenable indigence




Peu de gens connaissent le petit village de Meghraoua. Et pourtant, c’est le chef-lieu d’une collectivité territoriale de 42 km2. Un passage incontournable pour se rendre à la  station de ski Beau et Blanc ou « Bouyeblan » en arabe. Nous sommes dans un terroir liant le Moyen Atlas aux montagnes du Rif. A moins de 60 km de Taza vers le Sud, la route suit une ligne ascendante. Et l’on monte de 600 m d’altitude, pour arriver à plus de 1000 m, avec tout ce que cela dénote en termes de changement de température, de reliefs, mais aussi de mode de vie.
A 30 km du point de départ, les chutes de neige couvrent encore le bitume de blanc. Une belle parure, mais elle aggrave les difficultés pour les conducteurs, notamment en l’absence de panneaux de signalisation et la  présence de virages sinueux. La prudence est de mise. L’important est d’éviter le pire !
Aux abords, une alternance de couleurs verte et blanche. La verdure des vergers des petits paysans d’Aït Warayn tente de  ressurgir, mais le blanc persiste à y demeurer le plus longtemps possible. Aux côtés de modestes demeures dispersées cà et là, les enfants ne ratent pas l’occasion de jouer en cette fin de semaine…. Vivement dimanche ! Les salutations à bras levés et les sourires tracés innocemment sur leurs visages incitent à la réflexion sur l’avenir de ces enfants, bien que de hauts cadres sont originaires de cette région. Ici, l’enseignement est l’un des sujets qui fâchent !
Au centre de Meghraoua, à titre d’exemple, la Maison de l’étudiant dispose  de 160 places, mais les équipements manquent de manière flagrante. Le manque  de moyens est maître des lieux, dans l’attente de voir les promesses tenues par les responsables traduites dans les faits. «Malheureusement, l’on ne se rend compte de l’existence de ces zones que lors des situations cruciales”, commente sur un ton désespéré Mohand, qui arrive à joindre les deux bouts grâce à l’argent envoyé par son fils soldat au Sud du Maroc.
Quant aux modestes voire modiques subventions annuelles, elles ne sont pas suffisantes face aux besoins grandissants et pressants. Idem pour les aides de la société civile. Ici, les petites gens de plusieurs douars situés loin du centre n’envoient plus leurs progénitures à l’école. La cause : l’éloignement des classes et les conditions sociales et naturelles défavorables. Que faire donc face à ce phénomène qui remet en cause tous les discours sur la généralisation de l’enseignement ? Ces enfants poursuivent des cours dans un autre cadre : l’éducation non formelle, dédiée normalement aux étudiants ayant échoué dans leur scolarité avant l’âge de quinze ans. « Vous avez des enfants de sept, huit et neuf ans dans des classes de formation non formelle. Les voir intégrer des classes normales qualifiantes aux études secondaires est incertain», indique Farid Laayouni, président de la collectivité territoriale de Meghraoua.
Ceux qui ont pu résister et faire face à ces conditions difficiles s’estiment heureux et chanceux. C’est le cas de Kaddour, élève âgé de 14 ans en provenance de Souf Mellou (42 km du centre de la commune), et qui marche encore pieds nus sous une température avoisinant les 3 degrés ! « Les politiques publiques dédiées aux zones montagneuses devraient être basées sur la discrimination positive», souligne Nawal Ikkou, membre de la Coalition civile pour la montagne (CCM).  
Dans la même optique, et concernant le nombre d’habitants qui n’a pas augmenté depuis plus de deux décennies, le président de la collectivité évoque l’inadéquation des lois relatives à l’urbanisme. «Les gens cherchent plutôt des endroits mitoyens où ils peuvent construire leurs maisons sans difficultés administratives, parce qu’ici nous sommes régis par les mêmes lois d’urbanisme qu’à Casablanca, Rabat et Fès…», a t-il indiqué. «Un peu partout dans le monde, des pays promulguent une loi de la montagne … pourquoi ne serait-ce pas le cas chez nous?», s’interroge Mohand.

Mustapha Elouizi
Jeudi 7 Février 2019

Lu 705 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Archives | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | Rebonds | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito | Sur le vif











Mots Croisés

Maroc Casablanca www.my-meteo.com