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Marathon diplomatique grec pour contrer la Turquie dans la ruée vers le gaz

Athènes a appelé les Nations unies à condamner l’accord qui permet à Ankara de revendiquer des droits sur des zones en Méditerranée riches en hydrocarbures



Athènes poursuit son marathon diplomatique afin de contrer la Turquie dans sa ruée vers le gaz et limiter l'impact d'un accord qu'elle a conclu en novembre avec la Libye pour étendre ses frontières maritimes, expliquent lundi experts et médias grecs. Dimanche, le ministre des Affaires étrangères grec Nikos Dendias entreprenait des visites éclair dans l'est de la Libye, en Egypte et à Chypre afin de trouver des soutiens contre l'accord militaire et maritime signé fin novembre entre Ankara et le gouvernement libyen d'union (GNA), reconnu par l'ONU. La Grèce a appelé les Nations unies à condamner cet accord, qui permet à Ankara de revendiquer des droits sur des zones en Méditerranée riches en hydrocarbures, notamment au large de la Crète. Car la découverte ces dernières années de gigantesques gisements gaziers en Méditerranée orientale a aiguisé les appétits. Plusieurs bateaux turcs sont déjà à la recherche de pétrole et de gaz au large de Chypre, sujet de tensions avec l'Union européenne dont Chypre est membre, la Turquie occupant la partie nord de l'île. Juste après la tournée du ministre grec des Affaires étrangères, Athènes a annoncé qu'un accord sur le gazoduc EastMed sera signé entre la Grèce, Chypre et Israël le 2 janvier. Ce gazoduc de 2.000 kilomètres devrait faire des trois pays un maillon important de la chaîne d'approvisionnement énergétique de l'Europe et bloquer les tentatives de la Turquie pour étendre son contrôle sur la Méditerranée orientale. "C'est la première fois en 20 ans que nous observons une telle activité" diplomatique du côté grec, a assuré à la radio municipale d'Athènes Sotiris Serbos, professeur assistant en politique internationale à l'Université Démocrite de Thrace. L'accord turco-libyen a immédiatement hérissé Athènes qui a expulsé le 6 décembre l'ambassadeur libyen. Selon les analystes, le rapprochement de la Turquie avec la Libye a pour but de s'assurer le soutien d'un de ses rares alliés dans la région, le GNA, et de ne pas être évincé de la ruée vers le gaz. Les inquiétudes de Tripoli face à l'homme fort de l'Est libyen, Khalifa Haftar, dont les forces se rapprochent de la capitale libyenne, ont par ailleurs précipité la signature de l'accord. "Les alliances créent des contre-alliances", a déclaré à la télévision publique grecque ERT Antonis Klapsis, professeur assistant en diplomatie à l'Université du Péloponnèse. Se tournant habituellement vers l'Union européenne pour les problèmes majeurs, la Grèce a cette fois pris des initiatives en forgeant des alliances avec l'Egypte et Israël. Athènes accélère actuellement les discussions avec l'Egypte pour constituer une zone économique exclusive. Alexis Papachelas, rédacteur en chef du journal de centre-droit Kathimerini, estime que "les premiers mois de 2020 vont être durs pour les relations gréco-turques". "Le moment de vérité est devant nous puisque le président turc Recep Tayyip Erdogan semble déterminé (...) à faire avancer les revendications territoriales d'Ankara en mer Egée et dans l'est de la Méditerranée", écrit-il lundi dans un éditorial. Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a prévu une visite officielle à la Maison Blanche le 7 janvier prochain. Des diplomates américains ont condamné l'accord entre la Turquie et la Libye, mais la position de Donald Trump, qui s'est opposé à son département d'Etat dans le passé, reste inconnue, le président américain s'étant montré plutôt accommodant avec son homologue turc récemment sur le conflit syrien. "C'est le genre de situation où tu découvres qui sont tes vrais amis et alliés", note Alexis Papachelas. "Il est très important que les pays de cette zone montrent leurs muscles face aux provocations de la Turquie", a commenté dimanche Stelios Petsas, le porte-parole du gouvernement grec. Le président Erdogan, qui a aussi appelé plusieurs fois à revoir des traités territoriaux de plusieurs décennies avec la Grèce, a affirmé dimanche que la Turquie "n'avait plus le luxe" de rester silencieuse sur la question. "La Grèce et les pays qui la soutiennent ont depuis longtemps pris leurs dispositions afin que la Turquie ne puisse pas s'étendre sur la mer", a déclaré M. Erdogan. "Nous sommes le pays avec la plus longue côte en Méditerranée, nous sommes déterminés à nous battre pour protéger nos droits jusqu'au bout et par tous les moyens à notre disposition", a-t-il prévenu.

Libé
Mardi 24 Décembre 2019

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