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Manifestations en Algérie contre le 5ème mandat de Bouteflika

La presse et les chaînes de télévision passent sous silence le mouvement de contestation




A moins de deux mois de la présidentielle en Algérie, le caractère "massif", pacifique et spontané du mouvement de contestation vendredi contre le 5e mandat que brigue le président Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, "change la donne", notent les observateurs.
Parti des réseaux sociaux, hors de tout cadre politique ou syndical, autour d'un seul mot d'ordre "Non au 5e mandat", le contour et l'avenir du mouvement restent néanmoins flous et la réponse du pouvoir difficile à prévoir.
Depuis les émeutes historiques d'octobre 1988 en Algérie ayant débouché notamment sur le multipartisme, "il y a eu des mobilisations populaires, dont les degrés d'importance et d'organisation étaient variables", rappelle à l'AFP Louisa Dris-Aït Hamadouche, professeure de sciences politiques à l'Université Alger 3.
"Mais au niveau national et de cette ampleur, avec cette simultanéité, avec l'usage tout à fait nouveau des réseaux sociaux, je crois que c'est inédit", souligne l'universitaire algérienne. Selon un diplomate ayant requis l'anonymat, le "caractère massif, national et populaire de la mobilisation" est "inédit et majeur".
Caractéristique des cortèges: ils étaient composés très majoritairement de jeunes --adolescents ou âgés d'une vingtaine d'années--, peu politisés en Algérie.
"D'après les études, les jeunes ne sont ni militants ni partisans, seuls 1% des jeunes Algériens sont membres d'un parti politique", rappelle Louisa Dris-Aït Hamadouche. "Cela ne présage pas de l'émergence d'un discours politique", estime-t-elle.
Par ailleurs, un candidat déclaré à la présidentielle en Algérie, très populaire grâce à son activité sur les réseaux sociaux, a été contraint par la police de quitter Alger samedi, après avoir drainé plusieurs centaines de personnes dans la capitale, a indiqué son directeur de campagne.
La capitale, où toute manifestation est strictement interdite, avait été la veille le théâtre - comme de nombreuses autres villes d'Algérie - d'une importante mobilisation contre le 5e mandat que brigue le président Abdelaziz Bouteflika.
Rachid Nekkaz, homme d'affaires de 47 ans, né en France où il a passé l'essentiel de sa vie, s'est rendu dans le centre d'Alger samedi, après l'avoir annoncé sur sa page Facebook suivie par 1,5 million de personnes, pour y récolter une partie des 60.000 parrainages d'électeurs nécessaires pour présenter sa candidature à la présidentielle du 18 avril.
Aux cris de "Nekkaz président!" et au milieu de slogans hostiles au 5e mandat, il a été accueilli à la mairie d'Alger-Centre par plusieurs centaines de jeunes partisans.
"La police m'a contacté pour m'informer qu'ils emmenaient M. Nekkaz à Chlef", à environ 150 km au sud-ouest d'Alger, région où il est domicilié en Algérie, a expliqué à l'AFP son directeur de campagne Lotfi Derradji.
"Je n'ai pas pu lui parler depuis, son téléphone a été confisqué, on pourra lui parler quand il sera chez lui", a-t-il ajouté.
Une courte vidéo postée samedi sur Internet montre une personne, présentée comme M. Nekkaz, entourée et emmenée précipitamment par des hommes en civil.
D’un autre côté, une rédactrice en chef de la radio nationale algérienne a annoncé samedi qu'elle démissionnait de ses fonctions pour protester contre l'absence de couverture par sa chaîne des manifestations de la veille contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika.
Les antennes et chaînes de la radio et télévision publiques algériennes ont totalement passé sous silence les manifestations qui ont rassemblé vendredi plusieurs milliers de personnes à travers le pays, notamment à Alger, où se trouvent les sièges de ces médias. Dans la capitale, les manifestations, strictement interdites, sont extrêmement rares.
Rédactrice en chef de l'antenne francophone de la radio nationale, la Chaîne 3, Meriem Abdou a confirmé samedi à l'AFP qu'elle démissionnait de ses fonctions, comme elle l'avait annoncé sur son compte Facebook.
"Il n'y a pas eu de couverture" des manifestations et "tout le monde a pu s'en rendre compte", a assuré Mme Abdou par téléphone.
"En tant que journaliste, je n'accepte pas cela et je ne souhaite plus faire partie de l'encadrement de cette chaîne", a-t-elle confié.
Elle a ajouté qu'elle continuerait d'animer son émission "L'Histoire en marche" traitant de l'actualité internationale sur les ondes de la Chaîne 3.
Outre les médias audiovisuels publics, les chaînes privées d'informations, habituellement friandes d'événements en direct et souvent propriétés d'hommes d'affaires proches du pouvoir, ont également largement passé sous silence les manifestations de vendredi.
L'agence de presse officielle APS a de son côté consacré aux manifestations une seule dépêche, diffusée en début de soirée, indiquant que les manifestants avaient "demandé au président de renoncer à un nouveau mandat".
Le quotidien gouvernemental El Moudjahid a traité l'information samedi en reprenant cette dépêche.
La presse écrite privée et les sites d'informations ont eux largement couvert ces événements.

Libé
Lundi 25 Février 2019

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