Manifestation devant l’ambassade du Maroc à Paris et «Le Monde» interdit de distribution : Tour de vis ou régulation de la presse ?


Narjis Rerhaye
Samedi 24 Octobre 2009

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C’est hier vendredi 23 octobre que devait reprendre le procès de Taoufik Bouachrine, le directeur d’Akhbar Al Yaoum et le caricaturiste Khalid Gueddar. Poursuivis pour « outrage au drapeau national » et « manquement au respect dû à la famille royale », T. Bouachrine et K. Gueddar risquent gros. On s’en souvient, le quotidien Akhbar Al Yaoum avait publié dans son édition du 26-27 septembre, et au lendemain du mariage de Moulay Ismaïl, une caricature montrant le Prince sur une « amaria ». En arrière-fond du dessin, le drapeau national et une étoile inachevée –est-elle à 5 ou 6 branches ?, c’est toute la question…- qui est aujourd’hui le corps du délit. A la fin de la semaine passée, le directeur du quotidien dont les locaux ont été fermés et les comptes bancaires bloqués avait rendu publiques des excuses au Prince Moulay Ismaïl. « Loin de moi l’idée de vous offenser ou de vous blesser », avait écrit en substance le directeur d’Akhbar Al Yaoum et à qui le cousin du Souverain réclame des dommages d’un montant de 3 millions de dirhams.
Et à la veille de l’ouverture de ce procès ultra-médiatisé et alors que le verdict d’Al Jarida Al Oula sera rendu après le 26 octobre, une manifestation de solidarité avec les journalistes marocains s’est tenue jeudi 22 octobre à Paris, devant le siège de l’ambassade du Maroc. Organisé par « Reporter sans frontières » et le site d’informations « Bakchich », dont Khalid Gueddar est l’un des caricaturistes, ce rassemblement est, selon RSF, « une réaction face aux procès  en série et aux condamnations disproportionnées qui frappent la presse privée ». « On assiste à une véritable crispation sur les lignes rouges qui menace la liberté de la presse au Maroc. Depuis quelques semaines, des bureaux de rédaction sont fermés, des journalistes emprisonnés ou contraints de payer des amendes de plusieurs centaines de milliers d’euros », font valoir ceux et celles de RSF, une ONG dont le Secrétaire général n’a pas hésité hier vendredi à parler sur le plateau de France 24 de « tour de vis au Maroc ». Au terme de ce sit-in devant l’ambassade du Maroc à Paris,  des représentants de RSF ont été reçus par des conseillers et exprimé leurs inquiétudes face à la situation de la presse et des journalistes en terre marocaine.
Selon des informations publiées par le site Bakchich, plusieurs personnalités françaises  politiques, syndicales et médiatiques soutiennent le caricaturiste K. Gueddar. Se côtoient notamment François Hollande, Henri Emmanuelli, Henri Quilès, Olivier Besancenot, la Fédération internationale des droits de l’Homme, la Ligue des droits de l’Homme, Reporter sans frontières…
Et jeudi 22 octobre, le quotidien français « Le Monde » a été interdit de distribution au Maroc. Ce journal avait publié dans l’édition interdite par les pouvoirs publics une caricature mettant en scène le drapeau marocain et un personnage coiffé d’une couronne. A Rabat, une telle caricature a été jugée «irrespectueuse de la famille royale», a appris Le Monde auprès d’une source autorisée. « Le Monde daté du vendredi 23 octobre sera également interdit à la vente au Maroc pour des raisons similaires», pouvait-on lire vendredi matin sur le site du Monde.fr. 

Narjis Rerhaye
Samedi 24 Octobre 2009
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