Louardi perd la bataille du TPA et Daoudi a gain de cause

Sale temps pour le ministre de la Santé


Narjis Rerhaye
Mercredi 16 Janvier 2013

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Houssein Louardi vient de perdre la bataille du TPA. Retour à la case départ, ou presque. Le temps plein aménagé qui autorise les médecins universitaires à exercer dans le privé sera maintenu dans une forme légèrement modifiée. Enseignants et auxiliaires (infirmiers, kinésithérapeutes…) pourront offrir leurs services aux cliniques du vendredi après-midi au dimanche. A l’évidence, le  ministre de la Santé de gauche a dû revoir ses ambitions à la baisse. Il n’y aura pas de remise en ordre dans les CHU. Dans les coulisses gouvernementales, ce n’est un secret pour personne. Dans sa guerre contre l’exercice illégal du TPA – un principe qui a officiellement pris fin en 2001- Houssein Louardi n’a pas été confronté à la seule résistance des médecins universitaires. Il a dû faire face au désaccord de son collègue de l’Enseignement supérieur le Pjdiste Lahcen Daoudi. Le responsable gouvernemental islamiste du département duquel relèvent les médecins enseignants s’est franchement opposé au projet d’interdiction du TPA annoncé par le ministre de la Santé. L. Daoudi en aurait même parlé au chef du gouvernement qui se devait de trancher entre la fin de l’anarchie et de l’illégalité dans les CHU et le déclenchement de grèves  dans les facultés de médecine. «A Oujda, Lahcen Daoudi a publiquement soutenu les médecins universitaires en n’hésitant pas à affirmer que le Temps plein aménagé était un acquis», rappelle ce médecin de la région de l’Oriental. Le ministre de l’Enseignement public ne voulait pas, dit-on, gérer des grèves dont l’origine serait, au fond, la décision d’interdire le TPA, prise par son pair à la Santé.
Flash-back pour mieux comprendre les enjeux d’un TPA n’ayant fait jusque-là que des heureux dans la communauté des blouses blanches qui mettaient du beurre dans les épinards. Instauré en 1995 pour une durée de 5 ans, le Temps plein aménagé permettait en effet aux professeurs et aux maîtres de conférences agrégés d’exercer dans les cliniques privées à raison de deux demi-journées par semaine et ce en attendant l’ouverture de cliniques universitaires. «Il faut bien le dire, le système du TPA a été mis en place notamment pour améliorer la situation financière des médecins universitaires du public. L’Etat n’avait pas les moyens d’augmenter les salaires. Très vite, cela a été l’anarchie.
Les deux demi-journées hebdomadaires se sont transformées en plusieurs  journées. Les services des hôpitaux étaient déserts, les patients livrés à eux-mêmes alors que les internes et résidents étaient peu ou pas du tout encadrés. Ne parlons pas de la recherche qui a été complètement délaissée. Le TPA a véritablement constitué un problème. Le tout-clinique a cédé la place au service public qu’est l’hôpital devenu désormais le parent pauvre de la médecine marocaine», fait remarquer avec amertume cet ancien professeur de médecine tout en rappelant que conformément à la loi, le principe du TPA a pris fin en 2001. «Ce qui n’a pas empêché son exercice dans la plus grande des illégalités et sous le regard bienveillant et complice de l’Etat».
«Il n’y aura pas de retour en arrière. Le TPA tel qu’il a existé jusque-là est bel et mort et enterré. Pas question de revenir sur la décision prise par le ministre de la Santé», assurait mordicus  un proche collaborateur de M. Houssein Louardi, le 22 décembre dernier sur les colonnes de « Libération ». La fin du TPA ainsi que le contrôle au sein des cliniques devaient entrer en vigueur dès le 1er janvier 2013. Entre-temps une commission ad hoc a été créée  pour mettre en place une nouvelle formule du Temps plein aménagé. A la mi-décembre, le cabinet du ministre de la Santé a annoncé  à «Libération» que «les discussions avec les médecins universitaires se déroulaient  plutôt bien. Et c’est la thèse du Temps plein aménagé intra muros, c’est-à-dire à l’intérieur des hôpitaux universitaires que comptent instaurer les autorités sanitaires, à l’image de ce qui se fait en Tunisie et en France».
Le projet ministériel d’un TPA intra muros devra attendre des jours meilleurs. Les enseignants universitaires vont pouvoir exercer dans les cliniques. Les hôpitaux seront de nouveau déserts. Mieux vaut ne pas tomber malade en fin de semaine alors que ces 16 et 17 janvier une grève nationale de 48 heures aura lieu dans le secteur de la santé

Narjis Rerhaye
Mercredi 16 Janvier 2013
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