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Les gisements d’opportunités existant entre le Maroc et les pays de la CEDEAO devraient profiter aux deux parties

Une étude de la DEPF et de l’ADII met en relief les opportunités commerciales qu’offre l’intégration du Royaume au groupement régional




La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a accompli des progrès notables, notamment, en matière d’harmonisation des politiques et de promotion du commerce dans l’espace communautaire, souligne une étude sur les «Echanges commerciaux Maroc - CEDEAO : opportunités par pays et par produit».
Fruit d’un travail collaboratif entre la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), relevant du ministère de l’Economie et des Finances, et l’Administration des douanes et impôts indirects (ADII), cette étude se veut une contribution au débat actuel sur les perspectives d’adhésion du Maroc à la CEDEAO.
Le Maroc ayant affiché sa volonté d’adhésion à ce groupement régional dans le cadre de sa stratégie d’ouverture au commerce international, le ministère de l’Economie et des Finances pense qu’il se trouve éminemment concerné par les développements que connaît l’environnement institutionnel et économique de la Communauté.
En outre, étant donné que l’objectif principal de cet espace est de promouvoir la coopération et l’intégration dans la perspective d’une Union économique de l’Afrique de l’Ouest, le ministère estime donc qu’il est de première importance d’identifier les opportunités qu’offre le grand marché de 15 pays que constitue la CEDEAO et de proposer des créneaux d’échanges susceptibles de donner lieu à de fortes impulsions aux échanges entre les pays de cette région.
Le document, qui tente d’apporter quelques éclairages pertinents sur les enjeux clés y afférents, fait d’emblée un diagnostic du commerce extérieur. Il examine en profondeur la structure des échanges extérieurs de la CEDEAO, sur la base de quelques indicateurs clés du commerce extérieur et tente de dresser un panorama d’ensemble des spécificités de cette communauté économique régionale, en termes de profils de spécialisation de ses membres et des liens de partenariats que cette communauté tisse tant avec les puissances traditionnelles que celles émergentes.
L’analyse notamment de l’évolution des échanges commerciaux de la CEDEAO fait apparaître, ainsi, que ceux-ci ont représenté, en 2016, 1,1% du commerce mondial, avec une part de 0,5% pour les exportations et 0,6% pour les importations.
«La CEDEAO apparaît comme une zone orientée vers le commerce extracommunautaire puisque seulement 10,6% des exportations et 7,8% des importations sont réalisées entre les pays membres de cette zone », souligne la DEPF précisant qu’en valeur, le commerce extérieur de la CEDEAO est passé de 45,3 milliards dollars en 2000 à 144,4 milliards en 2016.
Par ailleurs, «cette région s’est caractérisée par une balance commerciale excédentaire jusqu’en 2014, avant d’enregistrer un déficit à partir de 2015 et qui a atteint 13 milliards dollars en 2016», note-t-elle.
L’analyse du profil des échanges commerciaux de la CEDEAO, par partenaire, révèle que cette zone réalise la moitié de ses exportations de marchandises avec sept partenaires, constatent les auteurs du rapport assurant que cette situation cache, toutefois, la diversité des structures des échanges des différents pays membres.
Des chiffres analysés, il apparaît que la Côte d’Ivoire réalise 51% de ses exportations avec huit partenaires alors que d’autres pays réalisent l’essentiel de leurs exportations avec un seul partenaire. C’est notamment le cas du Burkina Faso (67% avec la Suisse), de la Sierra Leone (71% avec la Chine) et de la Guinée-Bissau (81% avec l’Inde).
A en croire l’équipe qui a mené cette étude, Mohamed Adam El Hani (ADII), Fatima Hamdaoui et Anass Saidi (DEPF), «la prééminence des pays émergents comme source et destination des échanges extérieurs de la CEDEAO reflète un basculement de la grille des partenariats de cette zone au détriment des puissances traditionnelles qui ont accusé des pertes significatives de parts de marché au sein de la CEDEAO».
En effet, l’Inde fait partie des principaux clients de sept pays de la CEDEAO. Il en est de même pour la Chine qui détient une position commerciale dominante dans cinq pays de la zone, explique-t-elle.
Mis à part l’analyse de l’indice de complémentarité de la CEDEAO et des implications douanières de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO en termes, notamment, des règles d’origine, d’harmonisation des politiques commerciales et des procédures douanières, l’étude braque aussi ses projecteurs sur les opportunités commerciales entre le Royaume et ce groupement et la CEDEAO.
A ce propos, le ministère s’est intéressé à la complémentarité et à la concurrence entre le Royaume et cet espace économique, qui, globalement, effectuent des échanges sur 4.349 produits.
«Pour 80,7% d’entre eux, le Maroc et la CEDEAO en sont des importateurs nets, ce qui exclut d’emblée les possibilités de concurrence pour la majeure partie des produits », indique la DEPF qui souligne, en outre, que 11,6% des produits sont des spécialisations du Maroc et pour lesquelles la CEDEAO est un importateur net. Ce qui, explique-t-elle, offre des opportunités de complémentarité non négligeables entre les deux parties.
Par ailleurs, l’étude note qu’«il en est de même pour 5,2% des produits qui sont des spécialisations de la CEDEAO et qui constituent une opportunité de complémentarité pour la Communauté, puisque le Maroc en est importateur net». Pour les auteurs de l’étude, les possibilités de concurrence ne concernent  ainsi que près de 2,5% des produits.
Faisant un état des lieux des échanges commerciaux Maroc - CEDEAO, la DEPF note qu’ils ont connu une tendance haussière au cours des dernières années, atteignant 10,3 milliards dirhams en 2017 contre 1,5 milliard en 2000.
Cette évolution significative reflète particulièrement le dynamisme des exportations marocaines, qui sont passées de 2,8 milliards dirhams en 2008 à 9,4 milliards en 2017, explique la Direction.
En revanche, l’étude fait remarquer que les importations marocaines en provenance de cette région qui ont augmenté jusqu’en 2011 pour s’établir à 2,7 milliards dirhams, se sont inscrites en baisse pour se chiffrer à 0,8 milliard de dirhams en 2017. Et d’ajouter que le solde commercial est globalement excédentaire en faveur du Maroc (+8,5 milliards dirhams en 2017 après 0,2 milliard en 2000).
Poursuivant son analyse des échanges commerciaux, la DEPF note que la CEDEAO représente environ 57% des exportations marocaines vers l’Afrique subsaharienne en moyenne sur la période 2000-2016.
L’étude précise toutefois que «la part de cette zone dans le total des exportations marocaines demeure faible malgré son augmentation de 1,1% en 2000 à 3,8% en 2017» et que la part de marché du Maroc dans les importations de la communauté a progressé, passant de 0,3% en 2000 à 0,8% en 2016.
Par ailleurs, malgré le dynamisme observé au cours des dernières années, la DEPF constate que le positionnement commercial du Maroc au niveau de cette région demeure insuffisant au regard des potentialités existantes.
«La décomposition par pays montre que le Maroc détient une part de marché plus importante au niveau de la Guinée (1,77%), du Mali (1,61%), du Sénégal (1,46%) et de la Guinée-Bissau (1,40%). En revanche, le Maroc affiche une faible présence au niveau du grand marché nigérian, avec une part de marché à peine de 0,17%», souligne-t-elle.
La répartition par produit fait ressortir que les exportations du Maroc vers la zone sont composées principalement des «engrais ; des «poissons, crustacés, mollusques préparés ou conservés» et des «huiles de pétrole ou de minéraux bitumineux».
Les premiers représentent 19,5% des exportations marocaines vers la CEDEAO en moyenne sur la période 2010-2017, tandis que les deux autres représentent respectivement 13,6% et 10,4%.
Dans ce rapport, la DEPF signale que la part des engrais a atteint 30% en 2017. Cette évolution est «en lien avec la mise en place, par le Groupe OCP en 2014, d’une ligne de production dédiée exclusivement au marché africain, en vue d’accompagner les perspectives de développement du secteur agricole du continent», explique-t-elle.
L’étude précise ainsi que les exportations marocaines d’engrais vers la Côte d’Ivoire ont été multipliées par 8 entre 2014 et 2015 alors que celles à destination du Bénin et du Togo ont triplé au cours de la même période.
A noter que le Sénégal est le premier client du Maroc au sein de la CEDEAO. Le pays de la Téranga représente près d’un quart, 21,7%, du total des exportations marocaines vers cette zone. Il arrive en tête devant la Côte d’Ivoire (15,6%), le Nigeria (14,1%), le Ghana (10,9%) et la Guinée (8,7%).
En ce qui concerne les importations, il apparaît que la part de la CEDEAO dans les importations marocaines totales ne dépasse guère 0,8% en moyenne au cours de la période 2010-2017.
«L’analyse de la structure de ces importations par pays montre que le Nigeria est le principal fournisseur du Maroc, représentant près de 61% des importations marocaines en provenance de la zone », relève l’étude. Et de préciser que ces dernières sont constituées à hauteur de 41% de propane et butane liquéfiés, d’aliments pour animaux (13,4%), de café et succédanés de café (12,7%), d’éléments chimiques inorganiques (4,6%) et de coton (4%).

Alain Bouithy
Mercredi 6 Juin 2018

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