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Le tourisme miné par l’informel à Essaouira


La sanction prévue par l’article 43 de la loi 80-14 ne semble pas avoir un effet dissuasif sur les fraudeurs qui ne payent que le minimum de l’amande prévue



Avant d’aborder la fameuse problématique de l’informel qui envenime l’environnement du tourisme à Essaouira, il faudrait tout d’abord soulever avec beaucoup de regret et d’indignation la frustrante abstention de toute communication des deux principaux interlocuteurs du secteur. Il s’agit du délégué du ministère du Tourisme et du président du conseil provincial de tourisme. «Libé» a saisi les deux responsables par écrit leur demandant des informations, tel que garanti par l’article 27 de la Constitution et stipulé par le projet de loi organique 31-13 relative au droit d’accès à l’information, se rapportant à leurs constats et positions, et les mesures prises par leur institution en vue de faire face à ce phénomène qui n’arrange guère les intérêts des professionnels, encore moins de Mogador qui a tout misé sur le tourisme afin de booster son économie. Huit jours après l’envoi de nos correspondances, il n’y a pas eu la moindre réaction de la part des deux responsables.
350 établissements non classés raflent toujours la quasi-totalité des acquis du secteur à Essaouira au niveau de la promotion, du transport aérien, de la modernisation de la ville et la mise à niveau de l’environnement du tourisme. 350 établissements très actifs et facilement identifiables de visu et sur le net si volonté d’assainir et de structurer le secteur y  en a.  
Airbnb est une plateforme communautaire payante de location et de réservation de logements de particuliers créée en 2008  par deux Américains. En 2015, le site Internet contient déjà plus de 1,5 million d'annonces dans 34.000  villes y compris Essaouira. Avec quelques clics, vous aurez plusieurs centaines d’annonces de riads, villas, maisons d’hôtes, maisons de campagne, et appartements à Essaouira. Alors que Mogador ne compte que 150 établissements d’hébergement touristique classés.
Alors plus besoin d’avoir des riads non classés ni autorisés avec des plaques pour les identifier. Il suffit juste de faire un petit tour sur Internet pour avoir leur liste, leurs contacts et leurs prix même ceux qui dépassent 3000 DH par nuitée pour certaines demeures. De l’argent, beaucoup d’argent qui circule au-delà des frontières dans les comptes des propriétaires qui gèrent leurs affaires (clandestines) via Internet et téléphone.
D’après la loi 80-14 relative aux établissements touristiques et aux autres formes d’hébergement touristique, il est considéré établissement touristique tout établissement à caractère commercial, qui reçoit une clientèle de passage ou de séjour et lui fournit une offre d’hébergement, et des prestations, en totalité ou en partie, de restauration et d’animation. D’après l’article 5 de ladite loi qui a clairement défini les neuf types d’établissements d’hébergement touristique, l’ouverture d’un établissement de ce type est subordonnée à une autorisation d’exploitation délivrée selon les modalités fixées par voie réglementaire. Par ailleurs, l’autorisation d’exploitation ne peut  être accordée que lorsque l’établissement d’hébergement touristique a fait l’objet d’un classement provisoire dont les modalités sont fixées par voie réglementaire. La loi a été on ne peut plus exigeante  quant au respect  des normes de construction dimensionnelles, fonctionnelles, de sécurité, d’hygiène, et d’efficacité énergétique pour tout projet de construction, de transformation ou d’extension dudit établissement.
Pour Hicham Jbari, maire d’Essaouira, la commune a consenti un effort sur le plan juridique, institutionnel et administratif pour faire face à  ce problème qui nuit aux intérêts des GRIT de la ville. Révision du cahier des charges régissant les conditions d’ouverture des établissements d’hébergement touristique, constitution d’une commission de relations extérieures et de tourisme pour étudier les dossiers des demandeurs de régularisation, et mobilisation de commissions de contrôle pour un meilleur encadrement du secteur. Des mesures entre autres annoncées par le maire qui incite tous les propriétaires œuvrant dans la clandestinité à régulariser leur situation tout en s’engageant à leur apporter l’aide nécessaire. 
Toutefois, il faut noter que la commission des relations extérieures et de tourisme est toujours en stand-by faute de désignation de ses membres plusieurs mois après la nomination de son président.
Dans son article 43, la loi 80-14 sanctionne d’une amande de 50 à 500 mille dirhams quiconque procède à l’ouverture d’un établissement d’hébergement touristique sans l’obtention des autorisations d’exploitation prévues par la loi. Des sanctions qui n’excluent pas les établissements classés passibles à leur tour d’une amande similaire   en cas d’infractions.
 

La concurrence déloyale du secteur informel a des effets négatifs et profonds à la fois sur les intérêts des professionnels et sur la notoriété de la destination

«  La sanction prévue par l’article 43 de la loi 80-14 ne semble pas avoir un effet dissuasif sur les fraudeurs qui, à chaque PV, ne payent que le minimum de l’amande prévue même si l’article 49 stipule que les dispositions de l’article 149 du Code pénal relatives aux circonstances d’atténuation ne sont pas applicables aux peines d’amande prononcées en vertu de cette loi. Payer 50 mille dirhams tous les deux ou trois ans ne mènera jamais ces gens, qui renflouent leurs comptes dans le noir sans verser le moindre sou à l’Etat ou à la commune, vers la régularisation de leur situation », a regretté un opérateur hôtelier scandalisé par la situation chaotique de l’informel à Essaouira.
Police judiciaire, et agents assermentés et spécialement habilités et commissionnés assument la mission de recherche et de constatation des infractions selon l’article 39 de la loi 80-14. Quel contrôle ? Quel bilan ? Et quelle coordination entre les différents services compétents ? Des questions qui demeurent sans réponse vu le mutisme des représentants du ministère de tutelle et du CPT.
Outre l’énorme  déperdition fiscale qu’enregistrent l’Etat et la commune à cause de cette situation, le risque sécuritaire reste très élevé faute de déclaration des arrivées par les établissements d’hébergement informels.
Le secteur de la restauration touristique n’est pas en reste dans cette situation confuse et ambiguë. Le secteur est tiré vers le bas depuis plusieurs années faute de rigueur et d’organisation.
Pour le maire de la ville, les restaurateurs sont tenus de respecter l’activité objet de l’autorisation qui leur est livrée; dans le cas contraire, la commune procédera à la fermeture immédiate des locaux des fraudeurs.  
D’après la loi 80-14, un établissement de restauration est classé «restaurant touristique» conformément aux procédures et en fonction des normes minimales dimensionnelles, fonctionnelles, d’hygiène, de production de service et d’exploitation fixées par voie réglementaire. De ce fait, tout exploitant d’un restaurant touristique doit contracter une assurance, veiller constamment à la qualification, à la bonne tenue et à la moralité du personnel lors de l’exercice de son travail, assurer la promotion des prix, délivrer à chaque client une facture ou un ticket de caisse, respecter les règles d’usage et de déontologie admises par la profession, entre autres.
«  La concurrence loyale ne nuit jamais; elle nous motive et nous pousse à améliorer nos prestations. Par contre, la concurrence déloyale du secteur informel a des effets négatifs et profonds à la fois sur les intérêts des professionnels et sur la notoriété de la destination. Le différentiel fiscal, social et d’hygiène avec les établissements structurés reste énorme en l’absence d’une rigueur qui pourrait aider Essaouira à sortir de l’ère du souk vers une restauration touristique structurée et mieux organisée», a déploré un restaurateur touristique en pointant du doigt les cafés populaires, les snacks et les grills qui offrent des prestations de restauration touristique sans en avoir les conditions et l’autorisation. 
Certes, la conjoncture a été favorable au secteur touristique en enregistrant une nette amélioration en 2017 par rapport aux deux années précédentes (304080 nuitées de janvier à août 2017 avec un taux d’occupation de 54%), l’Office national marocain du tourisme  investit dans la promotion de la destination, et le conseil de la région a confirmé sa volonté d’accompagner cette envoûtante station balnéaire en injectant 2.3 millions de dirhams dans le cadre de la convention tripartite d’une durée de deux ans et  d’une valeur de huit millions 175  mille dirhams établie entre le Conseil de la région Marrakech – Safi , la direction générale des collectivités locales (2 millions 336 mille dirhams), et le ministère de l’Equipement, du Transport et de la Logistique (3 millions 504 mille dirhams) en déclinaison de la stratégie de développement des services de transport aérien de la région Marrakech- Safi par le renforcement de la ligne Essaouira – Casablanca. Mais ces acquis n’auront jamais un effet durable sur l’économie de la ville tant  que les services compétents n’ont pas encore pris la courageuse, et si sollicitée décision, de faire face à l’informel qui rafle les acquis et exploite les opportunités de développement de toute une ville.

 

Abdelali Khallad
Lundi 30 Octobre 2017

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