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Le taxi social voit le jour dans un douar reculé de la province de Figuig




A Douiret-Sbaa pour combattre l’éloignement, on s’en remet à l’initiative communautaire

Au fin fond de l’Oriental, l’une des régions les plus vastes du Royaume, se situe un petit douar appelé «Douiret-Sbaa», au pied d’une montagne et à quelque 220 km à l’ouest de Bouarfa, chef-lieu de la province de Figuig.
  Pendant plusieurs années, la population de plus en plus vieillissante du douar, un douar fortement enclavé, a été confronté au problème de mobilité. En effet, les habitants ont été forcés, quelles soient les conditions climatiques (fortes chaleurs pendant l’été, la région étant semi-désertique, pluies torrentielles pendant l’hiver) de parcourir une distance aride de 16 km aller-retour et en portant à dos d’animaux ou sur leurs épaules des provisions et achats. Et avant d’arriver à destination, ces voyageurs faisaient de l’auto-stop sur une route nationale peu fréquentée pendant plusieurs heures pour se rendre à Beni Tadjite, le village le plus proche (34 km ); et l’attente peut parfois malheureusement durer toute une journée. Ils s’y rendent souvent pour s’approvisionner au souk hebdomadaire et vendre leurs produits agricoles, aller à la pharmacie ou chez le médecin pour une consultation, accomplir des démarches administratives, participer à des activités de loisirs ou rendre visite à  leurs familles, on encore se rendre au collège ou au lycée pour les élèves.
Face à une telle situation qui n’a que trop duré et qui ne cesse de poser de nouveaux défis, une initiative citoyenne a vu le jour spontanément parmi la population locale début 2013 et qui a progressivement mûri grâce à des réunions périodiques organisées par l’Association Douiret-Sbaa de développement local, pour enfin la mettre en œuvre. Il était question au départ de mobiliser des fonds sous forme de cotisations des membres de la communauté elle-même pour l’acquisition d’un véhicule propre pour le douar et qui permettrait de faciliter la mobilité des habitants. Mais comme la situation économique de la population est très précaire et que le montant collecté est trop insuffisant pour un tel achat, la communauté a décidé à l’unanimité d’opter provisoirement pour la location d‘un véhicule adapté qui assurera le trajet une fois par quinzaine de manière régulière mais qui restera à la disposition des habitants en cas de besoins urgents : accouchement, consultation médicale, impératif familial…
Toutefois, l’association se chargera de garantir le succès et la pérennité du projet en veillant sur sa gestion et son bon fonctionnement. Elle a également pris sous sa responsabilité l’aval de réduire le coût du trajet aux utilisateurs en contribuant au montant global de la location.
Au terme de trois années de fonctionnement selon ces modalités et dans la perspective d’améliorer cette idée, le coordinateur du projet a pris contact via le web avec SwitchMed, une initiative qui soutient et met en relation les parties prenantes afin de renforcer les innovations sociales et écologiques en Méditerranée, ce qui lui a permis de participer à deux ateliers : d’abord à celui afférant aux  Co-innovations sociales des initiatives communautaires (CI) axées sur la consommation et la production durable (SCP), à Casablanca du 21 au 24 avril 2016; ensuite à un second focalisé sur la thématique des entrepreneurs verts et initiatives d’éco-innovation de la société civile: agents de changement vers l’économie verte au Maroc à Rabat le 25 mai 2016; et enfin à une participation à  SwitchMed Connect 2016, un rassemblement annuel des acteurs méditerranéens autonomes visant à créer des synergies, échanger des connaissances et renforcer les innovations écologiques et sociales, tenu à Barcelone en Espagne du 17 au 21 octobre 2016.
  De par sa dimension innovante et citoyenne, cette initiative, largement appréciée et supportée par la population, est l’une des deux meilleures initiatives communautaires sélectionnées au Maroc par SwicthMed pour recevoir le coaching et le support pendant six mois. Toutefois, le plus important, selon Giorgio Mosangini, chef d'équipe SwitchMed - entrepreneuriat vert et société civile, est de profiter au mieux de l’appui de SwitchMed pour renforcer les capacités de l’association et pouvoir faire grandir l’initiative par la suite de façon autonome.
Les populations locales, ayant vu naître et grandir cette initiative, n’ont cessé depuis son lancement de voir grandir l’espoir et se rendre compte que leurs rêves peuvent un jour devenir réalité. L’espoir des habitants du douar est de s’assurer  que leurs enfants peuvent un jour aller à l’école dans de meilleures conditions, et que les malades et les femmes enceintes peuvent se rendre à l’hôpital sans trop prendre de risques, et que les paysans pourront avoir la possibilité de ne pas manquer le souk hebdomadaire, la seule occasion pour eux d’écouler leurs modestes récoltes et de s’approvisionner en produits de première nécessité.
 

Par Abdelkrim Boughoud
Mardi 20 Décembre 2016

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