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Le coronavirus plombe l’économie

Même l’informel bat de l’aile




Comme si la pénurie de produits de contrebande espagnols, conséquence de la fermeture des postes frontaliers entre les présides occupés de Sebta et Mellilia et le reste du Maroc ne suffisait pas à leur malheur, plusieurs commerçants de Casablanca subiront, à court ou moyen terme, selon les stocks encore disponibles, l’arrêt des exportations chinoises causé par le gel des activités portuaires dans l’empire du Milieu, à cause des mesures prises afin d’endiguer l’avancée du Coronavirus.     
Ainsi, dire que l’économie marocaine est impactée par la situation dans laquelle se trouve son quatrième partenaire relève de l’euphémisme. A l’exception des unités de production de masques sanitaires qui tournent à plein régime, nombre de commerçants dont les activités sont basées sur les produits importés de Chine, se trouvent aujourd’hui dans une situation délicate, ne sachant plus sur quel pied danser et encore moins de quoi l’avenir sera fait, avec des stocks de produits qui seront écoulés, selon les prévisions les plus optimistes dans trois mois. Une situation révélatrice d’une vulnérabilité liée à la mondialisation  qui jette un trouble et pose question sur une industrie marocaine incapable d’assurer une continuité et encore moins de colmater les brèches. En outre, cette situation rappelle la place prépondérante acquise au fil du temps, par le secteur informel au Maroc, qui est de toute évidence le premier impacté. La crainte d’une flambée des prix crée de l’empathie pour les commerçants de l’informel qui, rappelons-le, sont hors-la-loi.
La crainte a également gagné le secteur du tourisme avec des indicateurs sans aucun doute revus à la baisse dans les mois à venir. L’afflux des touristes asiatiques en général et chinois en particulier, censé monter en flèche après l’ouverture d’une ligne aérienne reliant Pékin à Casablanca, se trouve quasiment à l’arrêt, ou du moins très loin des prévisions espérées. Et le Maroc n’est pas le seul dans ce cas. A vrai dire, l’économie mondiale dans son ensemble commence, plus que jamais, à avoir des sueurs froides. A tel point que la panique des responsables économiques pousse à croire que l’inquiétude sur les bénéfices est plus intense que les craintes pour la santé.
Clairement, le monde de la finance commence à être gagné par la peur. De l’Asie aux Etats-Unis en passant par l’Europe, les bourses du monde entier sont traversées par un vent d’inquiétude. Pourtant, les conséquences réelles sur l’activité mondiale sont difficiles à prévoir, car, d’une part, l’expansion de l’épidémie l’est tout autant, et d’autre part, jamais le monde n’avait connu une telle situation. Surtout que la Chine, épicentre de l’épidémie, durement touchée sur les plans économique et humain, à cause des mesures de confinement massif prises, est incontournable d’un bout à l’autre de la chaîne de production planétaire.
A dire vrai, les menaces qui pèsent sur l’économie mondiale dépendent aussi de la durée de l’alerte. S’ils ne persistent pas trop longtemps, les retards se rattrapent. Mais faut dire que l’affaire s’annonce mal. Difficile d’afficher un quelconque optimisme quand on sait que la Chine qui représente 12% du commerce mondial, connaît un ralentissement économique majeur. Les ports chinois sont pratiquement à l’arrêt. Le chargement et le déchargement de conteneurs se sont sensiblement ralentis du fait que les dockers restent chez eux. Ce ralentissement pourrait résulter sur une chute des importations chinoises à hauteur de 20%. Dans le sens des exportations, sachant que la Chine est un véritable ogre des matières premières avec près de 50 % de la production mondiale de métaux engloutie, les pays exportateurs de ces matières sont directement touchés par le ralentissement de l’activité du géant asiatique, lequel absorbe également près de 15 % du pétrole mondial.  
Considéré comme l’usine du monde, l’empire du Milieu est incontournable pour la production de portables, d’écrans plats, d’ordinateurs, de pièces détachées pour voitures. D’ailleurs, en parlant de pièces détachées, Fiat Chrysler a par la force des choses, annoncé l’arrêt provisoire de son usine de Kragujevac, en Serbie, par manque de disponibilité de certains composants en provenance de Chine. Une mise à l’arrêt forcée à laquelle se sont également pliés le japonais Toyota et l’allemand Volkswagen ou encore le sud-coréen Hyundai.
Les économistes les plus optimistes refusent de céder au catastrophisme. Pour eux, certes les marchés financiers risquent de piquer du nez, la rentabilité des entreprises sera moins prometteuse, les investissements connaîtront sûrement une chute libre, tout comme les prix mondiaux, mais au bout du compte, ils pensent que les banques centrales viendront à la rescousse des marchés financiers pour éviter une crise économique mondiale. Sauf que voilà, croire en cela, c’est aussi passer à côté d’un détail d’une importance capitale. Depuis 2008 et la crise des subprimes, les banques centrales du monde entier n’ont jamais cessé de baisser les taux d’intérêt pour éviter une rechute. Du coup, avec des taux d’intérêt désormais proches de zéro, leur marge de manœuvre est elle aussi proche de zéro. Autrement dit, l’économie mondiale n’est pas encore sortie d’affaire tout comme les humains dont elle sert l’intérêt.

Chady Chaabi
Vendredi 28 Février 2020

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