La stratégie de Soft Power Culturel selon la Corée du Sud

Le Hallyu “Vague coréenne ” qui déferle sur le monde


Libé
Jeudi 5 Mai 2022

La stratégie de Soft Power Culturel selon la Corée du Sud
Depuis le succès de la chanson « Gangam Style » – première vidéo à atteindre le milliard de vues sur YouTube- jusqu’à « Squid Games », série la plus visionnée, succès sur Netflix, en passant par le film phénomène «Parasite» ou encore le groupe de K-pop «BTS» qui cartonne partout dans le monde, la Corée du Sud est en passe de dominer la scène mondiale, après avoir dominé la scène culturelle sud-asiatique avec le «Hallyu», terme chinois qui veut dire vague – tellement les produits culturels coréens ont envahi la chine.

Ce succès mondial de la culture sud-coréenne n’est pas le fruit du hasard, mais il est dû à une vraie volonté politique d’investir dans le domaine culturel pour en faire une source majeure de revenus assurant le progrès économique du pays, et surtout un outil de Soft Power sur la scène internationale.
Le Soft Power désigne pour un pays, sa capacité à influencer et orienter les relations internationales en sa faveur par des moyens autres que coercitifs
Dans les années 90, et surtout avec la crise financière de 1997, le gouvernement sud-coréen a décidé d’investir dans le secteur de la culture avec deux objectifs distincts mais compatibles. Le premier est économique et le second consiste à créer une nouvelle identité vis-à-vis des autres pays. La culture a été donc pour la Corée du Sud une double solution pour sortir de son cocon isolationniste.

Le Soft Power désigne pour un pays, sa capacité à influencer et orienter les relations internationales en sa faveur par des moyens autres que coercitifs. L’importance qu’un pays occupe dans l’imaginaire collectif se manifeste à travers plusieurs moyens dont la diffusion culturelle.

La culture est donc un véritable outil diplomatique et la Corée du Sud a su comment l’exploiter, en impliquant tous les acteurs financiers publics et privés et en consacrant plus de 500 millions de dollars par an au ministère de la Culture. En 2009, une commission spéciale de « mise en avant de la nation » a été instaurée pour diffuser les valeurs et la culture coréennes à l’étranger.
Le véritable cheval de Troie de la stratégie culturelle coréenne reste la K-pop
La Corée du Sud fait aujourd’hui partie des cinq plus grandes industries du cinéma, et l’apprentissage du coréen en ligne a augmenté de 65% en France par exemple juste après  la diffusion de « Squid Games ». Cependant, le véritable cheval de Troie de la stratégie culturelle coréenne reste la K-pop, qui a été imaginée sciemment pour être exportée comme l’explique Ji KyewongHwa, déléguée ministérielle de la culture dans une interview : « La K-pop est un excellent outil d’exportation car, les idoles sont des produits façonnés par l’industrie du show bizz et les agences de management ».

La K-pop est actuellement une véritable industrie avec le groupe BTS comme chef de fil. On estime que rien que leur chanson «Dynamite» a rapporté 1,4 milliard de dollars à la Corée du Sud grâce à son succès à l’étranger. Le «Hallyu» est en train de mettre fin à l’hégémonie occidentale sur la scène culturelle mondiale.

Pour le cas du Maroc, certes, la culture ne représente que 0,24% du budget de l’Etat, mais même avec 500 millions de dollars par an, cela n’aboutira pas à de véritables résultats sans une vraie stratégie. La culture et les industries créatives et culturelles en général nécessitent un engagement fort de la part du gouvernement sur tous les niveaux.

Le Maroc dispose d’un capital culturel énorme, une gastronomie mondialement reconnue, un savoir-faire artisanal et architectural ancestral, une musique diversifiée de l’arabo-andalous jusqu’au Gnawa, et un patrimoine millénaire. En somme, la culture marocaine a tout pour se faire exporter à l’étranger et devenir un outil de Soft Power. Il suffit de prendre pour exemple des pays comme la France, qui est considérée comme une grande puissance essentiellement grâce à sa culture.

Par Ziad Bensalla
Membre de la JUSFP
Étudiant en Master Évaluation des Politiques Publiques 


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