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La musique de rue entre mélomanes séduits et riverains dérangés

Jusqu’à quel point la condamnation de deux jeunes musiciens serait-elle justifiée ?




Condamnés à un mois de prison avec sursis pour "refus d'obtempérer" et "violences à l'encontre de fonctionnaires publics" comme cela a été précisé à l'AFP par Me Chehbi, leur avocat, deux jeunes, Badr Mouataz et Mehdi Achataou, symbolisent l’inextricable situation qui oppose les artistes de rue d’un côté, et les riverains de l’autre. Car à l’origine desdites condamnations, on parle d’un accrochage entre les musiciens et des agents d'autorité venus les déloger pour "nuisances sonores". Un motif mû par les doléances des riverains et des commerçants de la place Maréchal où jouaient les musiciens. Plusieurs plaintes auraient été déposées en ce sens, dont une a été adressée à la préfecture de l’arrondissement de Casablanca-Anfa.
En réalité, ce bras de fer ne date pas d’hier. Il remonte bien au-delà de notre époque. Les musiciens de rue ont toujours existé. Du moins depuis l’Antiquité. Et à l’instar d’aujourd’hui, les artistes se produisaient dans la rue pour vivre de leur art. La recrudescence du phénomène a motivé l’apparition d’une législation ancestrale, la Table des douze lois. Elle fait état d’une interdiction de chanter ou de faire des parodies du gouvernement ou des représentants de la loi dans la rue dès 462 avant notre ère. Les sanctions pouvaient aller jusqu’à l’exclusion.
De nos jours, nos tables de loi sont beaucoup moins drastiques en termes de sanction. Elles existent afin de définir les droits et les contraintes imposées aux musiciens et autre artiste de rue. Enfin presque. Car si dans les grandes métropoles mondiales, la législation sur le sujet est claire et nette, au Maroc elle l’est un peu moins.
Dans le Royaume, il n’y a pas une loi exclusivement dédiée aux musiciens de rue, mais il existe la législation sur le bruit. Elle est incluse dans la loi n° 11-03 relative à la protection et à la mise en valeur de l’environnement dans la section IV qui comprend deux articles à ce sujet (47 et 48).
Dans l’article 47, il est stipulé que «les bruits et les vibrations sonores, quelles qu’en soient l’origine et la nature, susceptibles de causer une gêne pour le voisinage, de nuire à la santé de l’homme ou de porter atteinte à l’environnement en général, notamment lors des activités de production, de services, de mise en marche de machines et de matériels et d’utilisation d’alarmes et des haut-parleurs, doivent être supprimés ou réduits conformément aux dispositions législatives et réglementaires prises en application de la présente loi». Ce texte est complété par un barème de décibels à ne pas dépasser selon l’activité. Pour exemple, la musique stéréo ne doit pas dépasser les 100 dB. Mais au fond, ledit article censé réglementer les querelles de voisinages en général fait fi des interprétations artistiques de rues contrairement à d’autres pays.
De l’autre côté de la Méditerranée, en France il n’y a pas de place à l’ambiguïté. Dès qu’on parle d’utilisation d’espaces publics, une demande d’autorisation auprès de l’autorité publique concernée est obligatoire. Plus au Sud, à Madrid, une autorisation spéciale est impérative pour faire de la musique dans les rues. Cette autorisation, valable pendant un an, permet de jouer de 10 heures à 22h en hiver et même 23 h en été dans certaines zones.
Par-delà l’Atlantique, à New York, le temps où il était interdit de jouer de la musique dans les rues (entre les années 30 et 70) est révolu. Depuis, il est désormais possible de le faire dans de nombreux lieux de la ville. Le site officiel de la ville de New York indique qu’il est parfaitement légal de le faire, mais sous conditions : se tenir éloigné à plus de 150 m des écoles, hôpitaux, tribunaux et églises pendant les heures d’ouverture. Et si les musiciens se trouvent près d’un immeuble résidentiel (à moins de 15m), ils ne sont pas autorisés à jouer entre 21h00 et 8h00. De plus, le métro new-yorkais autorise les artistes à s’y produire librement, même en employant des amplificateurs.
En somme, vous l’aurez compris, il est aisé de réglementer le sujet si volonté politique il y a. D’autant plus qu’à la marge du filtrage artistique dont se rendent coupables les supports traditionnels, comme la télévision et la radio, la musique de rue est une forme d’expression et de liberté aussi bien dans la forme que dans le contenu, quand bien même elle répond également à l’objectif de faire passer le chapeau. Mais épilogue heureux : les deux jeunes musiciens garderont un casier judiciaire vierge malgré leur condamnation.

Chady Chaabi
Samedi 24 Novembre 2018

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