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La montagne, un joyau naturel en danger

Une Journée internationale de la montagne pour nous rappeler la fragilité de nos massifs




 Majestueux sont les massifs montagneux du Royaume. Vertigineux est le Toubkal (4.167 m), plus haut sommet africain après le Kilimandjaro (5895 m) et point culminant des cimes marocaines qui occupent plus des deux tiers du territoire, grâce à la chaîne des Atlas et au Rif plus au Nord.
Se promener à ces hauteurs, c’est mettre le pied dans un univers d’une richesse et d’une variété sans égal. Les heures et le temps prennent une autre valeur. Là sur quelques kilomètres carrés, l’amateur de la nature sauvage dispose de tout un monde de plantes, d’animaux, de formes, de couleurs ou de paysages changeant en fonction de l’altitude, de l’exposition ou des conditions météorologiques. Et si   dangereuse est la paroi de la montagne, elle est surtout dotée d’un potentiel culturel particulièrement exceptionnel, ainsi que d’un atout original mu par la conquête de cet espace naturel qui s’est démocratisé depuis que l’homme montagnard l’a domestiqué en un espace touristique support de plusieurs disciplines : rafting, randonnée pédestre, raid VTT, kayak de rivière ou autres canyoning. En somme, un énorme réservoir culturel et de jeu qui propose aussi des paysages fabuleux.
Célébrée cette année sous le thème «La montagne sous pression : climat, faim, migration», la Journée internationale de la montagne nous rappelle que sa beauté n’a d’égal que sa fragilité. Par conséquent, le choix du thème fut motivé par la volonté de sensibiliser l’opinion publique sur l’importance des montagnes et les défis écologiques et socio-économiques qui se dressent devant elles.
Coïncidence ou hasard du calendrier, la réunion globale du partenariat de la montagne se tient en parallèle dans la capitale italienne Rome, au siège de la FAO. Elle met, elle aussi, la lumière sur les défis et les opportunités du développement durable des montagnes. Renforçant ainsi le besoin urgent d’inverser le sens de la décadence des cimes.
Quand on prend le temps d’y réfléchir, il ne fait aucun doute que nous dépendons de la montagne et pas l’inverse. Outre son rôle primordial dans le maintien des équilibres écologiques de la planète et la production d’énergie renouvelable, la fonte des neiges alimente plus de la moitié de l’humanité en eau douce. Au Maroc, les massifs montagneux, sont eux aussi considérés comme le château d’eau du pays en fournissant les principaux bassins hydrauliques du pays, Sebou-Ouergha et Oum Erbia.
Toutefois, cette richesse n’est pas à l’abri des dégradations résultant de facteurs humains et naturels. Notamment par «la combinaison de conditions climatiques de plus en plus dantesques et une pression anthropique démesurée » comme nous l’a appris le chef de la Division de la conservation des eaux et des sols et de la protection des forêts au Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification, Abdelkrim El Majoudi, dans un entretien relayé par la MAP.  Et d’ajouter : «L’aridité structurelle, couplée aux sécheresses aggravées par des pressions sur les ressources naturelles, conduit ou peut conduire aux situations irréversibles, c'est-à-dire à la désertification».
Une situation plus grave qu’elle n’y parait, d’autant plus que les zones enclavées, souvent mal loties en infrastructures socio-économiques, et dans lesquelles le chômage et la pauvreté sont accentués, jouent le rôle d’amplificateur de ce processus. Pis, elles entretiennent les rouages d’un cycle sans fin. D’après Abdelkrim El Majoudi, ce phénomène « aggrave la pauvreté, et la pauvreté accentue la pression sur les ressources naturelles, et s’enclenche de cette manière un cycle autoentretenu, qui, s’il n’est pas rompu, se solderait à terme par la persistance d’une pauvreté aggravée et une disparition des ressources ». En cause aussi, la population des montagnes dont la migration augmente les vulnérabilités. Des hommes et des femmes qui depuis longtemps rêvaient de la ville et de ses secrets, quittent un à un le pays pour s’en aller gagner leur vie loin de la terre où ils sont nés. Un phénomène qui va en s’accélérant et constitue une perte inestimable dans l’optique de  conserver   la diversité culturelle et agrobiologique.
A la lumière de ces éléments, les montagnes marocaines font face à des défis autant écologiques que socio-économiques, et s’apercevoir que ces derniers sont au centre des objectifs de développement durable adoptés par l’Etat, notamment ceux de la gestion durable des ressources en eau, la protection de la faune et de la flore terrestre, mais encore, la lutte contre le changement climatique, la sécurité alimentaire et l’amélioration de la nutrition et l'agriculture durable, entretient l’espoir d’une atténuation des souffrances vécues par les communautés montagnardes au même titre que de conserver les écosystèmes. Car c’est clair comme de l’eau de roche, la montagne est belle, la question qui se pose, c’est comment peut-on s’imaginer vivre sans elle.

Chady Chaabi
Mercredi 13 Décembre 2017

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