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La crise syrienne : est-elle résoluble ?




Le conflit syrien présente des spécificités internes et externes qui le rendent vulnérable à tous les scénarii. Ainsi, la structure multiconfessionnelle de la population, les longues années de monopartisme, l’ouverture économique inachevée, sans omettre la faillite du projet de réforme annoncé par le président Bachal Al-Assad immédiatement après la mort de son père, constituent des entraves quasi-irrésolubles à l’opérationnalisation d’une formule négociée de dépassement.  
Outre les antagonismes intrinsèques, l’environnement géopolitique immédiat et mondial dans lequel s’inscrit la Syrie connaît des interventions externes antinomiques. En effet, l’Occident s’attache à son objectif en Syrie consistant en la suppression du régime d’Al-Assad en vue de la création d’une sorte de « guerre froide » entre le bloc sunnite piloté par les monarchies du Golfe d’une part, et le bloc chiîte dirigé par l’Iran d’autre part. Les deux blocs étant, sur plusieurs questions religieuses, historiques et politiques, diamétralement opposés. Parallèlement à la vision occidentale, l’Arabie Saoudite envisage de diffuser dans le territoire syrien un salafisme réfractaire à la démocratie libérale fondée sur le multipartisme. De leur côté, les dirigeants iraniens visent l’instauration d’un bouclier chiîte qui permettrait à leur pays d’influencer les équilibres politiques et militaires au Moyen-Orient.  
Il est loisible de rappeler que la prise du titre, chargé de sens et d’histoire, de « serviteur des Lieux Saints de l’islam » par le roi saoudien, remonte aux moments forts de la guerre irano-irakienne. En portant ledit titre, le roi saoudien se définit en tant que protecteur de l’islam authentique tel qu’il a été révélé au Prophète « arabe » face aux hérésies chiîtes iraniennes d’origine « perse ».  
La rivalité irano-saoudienne s’est profondément répercutée sur l’échiquier conflictuel syrien. Alors que les Saoudiens soutiennent les sunnites considérés comme la base populaire de la révolte contre le régime, les Iraniens, eux, s’attachent de manière fervente au régime d’Al-Assad. L’importance du régime syrien, dans l’optique iranienne, est décisive. C’est au moyen de Damas que Téhéran assure des liaisons organiques avec le Hizbollah au Liban et consolide celles qu’elle a établies avec le pouvoir irakien. En d’autres termes, « le poumon syrien » désenclave l’Iran qui s’inscrit dans un ensemble régional foncièrement sunnite : l’Afghanistan, le Pakistan, la Turquie et l’Irak que déciment les violences inter-confessionnelles. Les responsables iraniens savent que la chute d’Al-Assad entraînera des effets nocifs voire létaux pour leur régime. Il convient de mentionner dans ce sillage que les Iraniens ont menacé de fermer le Détroit d’Horomoz en cas d’action militaire internationale contre le régime syrien. 
Au demeurant, l’intervention des pays sunnites, en particulier les monarchies sunnites du Golfe, dans le conflit syrien, ne constitue pas, contrairement à ce que puisse en faire une lecture hâtive, un bloc homogène, et n’obéit pas à une donnée rectiligne. Pour illustration, l’Arabie Saoudite confère des aides importantes aux salafistes au moment où Qatar et la Turquie soutiennent les entités politiques et armées qui se rattachent aux Frères musulmans. La dichotomie qui façonne le bloc sunnite se ramène au désaccord entre les salafistes et les Frères musulmans quant à l’attitude à prendre vis-à-vis de la démocratie en tant que mode de gouvernance politique et sociétale. Les salafistes se montrent défiants à l’égard du phénomène partisan. Les Frères musulmans, eux, empruntent, ne serait-ce que sur un plan déclaratoire, l’itinéraire des formations politiques de démocratie chrétienne en Occident. De ce fait, les Frères musulmans entérinent le volet procédural de la démocratie. Mais, leur brève expérience en Algérie (durant les années 90) alimente beaucoup de craintes, lesquelles craintes poussent des observateurs à dire que l’acceptation de la procédure démocratique (l’élection) par les formations partisanes affiliées à la doctrine des Frères musulmans n’est qu’une position tactique et conjoncturelle. 
Il importe de mentionner que l’antinomie qui marque la position des salafistes et des Frères musulmans, malgré le fait qu’ils appartiennent au sunnisme, fragilise l’opposition sunnite en Syrie, et inquiète sensiblement les minorités ethniques et religieuses du pays (les chrétiens, les Druzes et les Kurdes).  
A côté des tensions internes, la crise syrienne est exacerbée par des interventions extérieures omnipotentes. L’axe sino-russe se rallie au régime d’Al-Assad, et bloque les processus de recours au Conseil de sécurité de l’ONU. D’ailleurs, la Russie a montré à maintes reprises qu’elle est prête à entreprendre une action militaire afin de protéger le régime d’Al-Assad ; l’annexion de la Crimée, dans un contexte de désaccord houleux avec les USA et l’Union européenne, en était une preuve irréfragable. Les Russes s’opposent à l’élimination de leur dernier allié au Moyen-Orient, et les chinois, bien qu’ils aient demandé au président syrien d’adopter des ouvertures politiques significatives, soutiennent Moscou. Dans ce sillage, il convient de rappeler que la Chine a aidé la Russie à commuer les effets des sanctions économiques (gel de l’importation du gaz par l’Union européenne pour étouffer l’économie russe) mises en œuvre par les Européens en réaction à l’annexion de la Crimée par les Russes.  
C’est dire, en propos conclusifs, que la Syrie est inscrite dans un engrenage géopolitique prolixe. Plusieurs intervenants, appartenant à des idéologies différentes et poursuivant des objectifs opposés, s’y immiscent intensément, et transforment, en conséquence, sa résolution en un processus quasi-indéfini.  
Par Hicham Berjaoui
Chercheur en Droit public, Centre 
d’Etudes Doctorales de la Faculté de 
Droit – Ain Chok, Casablanca.

Libé
Mercredi 2 Novembre 2016

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